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Les incidences du retrait de la CAN sur la loi des finances 2019

La loi de finances 2019 arrêtée à 4 850,5 milliards de FCFA devrait connaître des modifications à cause du retrait de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019 par la CAF.

En ouvrant la dernière session parlementaire de l’année, le 2 novembre à Yaoundé, le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril, a indiqué clairement que l’élaboration de la loi de finances 2019 était particulièrement orientée vers l’organisation de cette CAN avortée.

« Si le budget 2018 a tenu son rôle en soutenant l’effort de guerre contre l’instabilité, en appuyant fortement l’organisation des élections sénatoriale et présidentielle, en permettant enfin, une préparation optimale de la CAN [Coupe d’Afrique des nations], la représentation nationale souhaite que le budget 2019 s’inscrive dans la même veine. La sécurité reste et demeure un défi majeur et d’autres consultations électorales sont attendues.», a déclaré Cavaye Yeguie Djibril.

Aussitôt dit, aussi fait. Le parlement a finalement adoptée la loi de finances 2019 à 4 850,5 milliards FCFA. Comparativement au budget de l’exercice 2018 qui était de 4 689,5 milliards FCFA, l’on note une augmentation des charges de l’Etat à hauteur de 161 milliards FCFA. Les charges se répartissent ainsi qu’il suit : dépenses courantes évaluées à 2 465,5 milliards FCFA ; dépenses en capital prévues pour 1 327,6 milliards FCFA et le service de la dette publique est évaluée à 1 057,4 milliards FCFA.

En matière de recettes, l’Etat s’attend à des recettes non pétrolières de 3 079,5 milliards FCFA. Les recettes pétrolières et de gaz sont à hauteur de 450 milliards FCFA. Les prêts projets sont estimés à 588 milliards FCFA. Les émissions de titres publics sont d’un montant de 260 milliards FCFA. Les financements bancaires sont à hauteur de 65 milliards FCFA. Les appuis budgétaires de partenaires au développement pour un montant de 329 milliards FCFA et les dons, d’un montant de 79 milliards FCFA.

L’un des ministères qui pourrait être impacté par le retrait de la CAN est le ministère en charge de l’Habitat (Minhdu), le maître d’ouvrage des chantiers d’aménagement et de construction de voies d’accès aux stades, aux équipements hospitaliers et hôteliers de la CAN.

En effet, ce ministère a défendu à l’Assemblée le programme 498 intitulé « Développement des infrastructures de transport urbain » budgétisé à hauteur de 72 597 325 000 FCFA, avec une attention particulière qui  sera accordée aux opérations relatives à l’accélération des préparatifs de la CAN 2019 et des grands projets structurants.

Ces projets structurants inclus l’achèvement des travaux de construction de l’autoroute Yaoundé-Nsimalen section rase campagne ;  l’achèvement des travaux de réhabilitation et/ou construction des voies d’accès aux stades et aux équipements hospitaliers et hôteliers à Douala, Limbé, Buéa, Bafoussam, Garoua, Mbouda et Bandjoun dans la perspective de l’organisation de la CAN 2019 ; – l’achèvement des travaux de réhabilitation d’urgence des routes urbaines sur l’étendue du territoire ; l’achèvement des travaux de construction des voies d’accès et des parkings autour du nouveau stade d’Olembé à Yaoundé ; – le démarrage des travaux de construction de la voie intersection section urbaine autoroute Yaoundé-Nsimalen-carrefour Palais des Sports-échangeur simplifié derrière combattant, etc.

L’autre ministère qui pourrait voir son budget impacté est celui des Sports. L’enveloppe allouée au ministère des Sports et de l’Éducation physique se chiffre à un peu plus de 57 milliards de FCFA.

Possible réorientation de l’emprunt obligataire de 150 milliards de 2018

L’effet boule de neige n’est pas à ignorer. Après le retrait de la CAN, il n’est pas exclu que le gouvernement réoriente même l’emprunt obligataire de 150 milliards lancé en octobre dernier. Cela s’est déjà vu par le passé. D’autant plus que dans le contexte actuel, les urgences peuvent changer avec le report possible de la CAN camerounaise en 2021. Et pourtant, les infrastructures de la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN), que le Cameroun devait organisera en juin 2019, vont engloutir 107 milliards de francs CFA sur les 150 milliards de francs CFA que le gouvernement a mobilisé sur la bourse des valeurs mobilières de Douala ; ce qui représente 70% de l’enveloppe de financements sollicitée auprès des investisseurs.

En effet, selon la note d’information qui accompagne cette opération de levée de fonds du gouvernement camerounais, une enveloppe globale de 62 milliards de francs CFA sera affectée au financement des travaux finaux du complexe sportif d’Olembe (banlieue de Yaoundé), de ses stades annexes et ses voies d’accès (36 milliards FCFA) ; ainsi que le complexe de Japoma (banlieue de Douala), ses annexes et ses voies d’accès (26 milliards FCFA). En plus du complexe de Japoma, dans la capitale économique du pays, le stade de la Réunification recevra une dotation de 8 milliards de francs CFA pour des travaux de réhabilitation.

A Garoua, seule ville de la partie septentrionale du Cameroun qui accueillera la grand-messe du foot africain en 2019, une somme de 20 milliards de francs CFA sera investie, dont 8 milliards de francs CFA pour la réhabilitation du stade Roumde-Adja et ses voies d’accès, contre 12 milliards de francs CFA pour la réhabilitation de quatre stades d’entraînement. Cette dernière dotation budgétaire devrait faire beaucoup de bien à la société Prime Potomac qui conduit les travaux sur ces quatre stades, et qui a récemment essuyé des mouvements d’humeur de ses employés et autres sous-traitants, l’accusant de ne pas honorer ses engagements contractuels et salariaux, à cause des tensions de trésorerie.

A Bafoussam, dans la région de l’Ouest, où un stade flambant neuf est déjà sorti de terre dans la localité de Kouékong, 17 milliards de francs CFA seront investis dans la construction d’un stade annexe et la réhabilitation de quatre autres stades d’entraînement dans les villes de Mbouda, Bafoussam et Bandjoun.

C’est le 19 octobre 2018 que la Commission des marchés financiers (CMF), le régulateur de la Bourse des valeurs mobilières de Douala (DSX), a donné quitus au gouvernement camerounais, pour lancer un nouvel emprunt obligataire d’un montant de 150 milliards de francs CFA. Baptisé « ECMR 5,6% net 2018-2023 », cet emprunt obligataire sera souscrit sur la période allant du 29 octobre 2018 au 9 novembre 2018, et sera arrangé par un consortium bancaire formé par la filiale camerounaise de la Société Générale, du camerounais Afriland First Bank et d’EDC Investment Corporation, la branche du groupe panafricain Ecobank dédiée à l’investissement.

La Rédaction EcoMatin

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