Conjoncture

Rectification du Budget : des divergences au sein du gouvernement sur la baisse des revenus pétroliers

Le ministre en charge des Finances a fourni des indi­cations qui sont différentes des données contenues dans l’ordonnance de rectification du budget signé par le président de la Ré­publique, et les deux positions divergent de celle du ministre en charge de l’Ener­gie.

Dans son interview accordée au quoti­dien national gou­vernemental Cameroon Tribune, le ministre Louis Paul Motaze en charge des Finances, a indiqué parlant de la modification de la loi des finances de l’exercice 2020, que l’une des raisons pour lesquelles il fallait pas­ser par cette étape de modi­fication, c’est le fait déjà que les prévisions des recettes pétrolières ont été revues largement à la baisse. «Les recettes pétrolières, en par­ticulier, baissent de presque 70%, car nous avons fait une hypothèse dans la loi de Finances 2020, d’un baril à 54,54 $ mais aujourd’hui nous sommes à pratique­ment 35 $, et il y a trois mois nous étions à pratique­ment zéro $ le baril », a fait savoir le membre du gouver­nement. Ce dernier semble avoir repris à son compte la notification que lui a faite la Société Nationale des Hydrocarbures, qui est en charge de commercialiser la part de production de pétrole et gaz revenant à l’Etat, et lui en rétrocéder les reve­nus, après avoir soustrait les charges dites dépenses asso­ciatives.

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Deux choses importantes at­tirent l’attention. Lorsqu’on fait le différentiel entre les prévisions du gouvernement sur le prix du baril de pétrole et son prix de référence ac­tuel, la baisse n’est que de 35%. Par ailleurs, le pétrole camerounais est de la caté­gorie du Brent qui lui, à son plus bas niveau, a baissé à seulement 19,6 $ le baril, et c’était au premier avril 2020. Depuis cette date, il a repris sa course vers le haut, et atteignait les 42 $ au 05 juin 2020. Aussi, selon la loi pétrolière, le prix du baril camerounais est fixé sur la base de celui de la moyenne du Brent tel qu’indexé sur les marchés, avec une dé­cote pour deux variantes, et une surcote pour une des variantes.

Prévisions du marché

Si on fait la moyenne des cours entre le prix du baril à l’ouverture le premier janvier 2020 (67,16 $) et le dernier cours en date à la fin du mois de mars 2020 équivalent à un trimestre, on obtient une moyenne de baril pour le pétrole came­rounais au deuxième tri­mestre qui sera situé entre 40 et 42 $ le baril, ce qui ne fait qu’une baisse de 26% et non de 70%. Dans le même temps, les revenus pétro­liers incluent aussi ceux du gaz naturel liquéfié dont les contrats de vente sont conclus sur une base future avec le trader retenu, notam­ment la filiale du groupe Russe Gazprom.

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Même en tenant compte des décotes des produits pétro­liers camerounais et de la hausse de compensation en barils de pétrole pour rembourser les dépenses associatives, l’ordonnance signée par le président de la République constate une perte de 181 milliards de FCFA des recettes pétro­lières pour le compte de l’année 2020. Cela repré­sente une baisse de seu­lement 46% comparé aux prévisions de 531 milliards de Francs CFA initialement prévues dans la loi de Fi­nances de 2020.

Rappelons que par recette pétrolière, la loi de Finances intègre aussi bien les taxes pétro­lières, que les revenus du Gaz et ceux du pétrole brut. Il semble donc que le docu­ment signé par le président de la République soit plus conforme aux prévisions du marché, si aucune autre crise ne vient le perturber. Aussi, l’ordonnance prési­dentielle est en harmonie avec des déclarations faites par le ministre en charge de l’Energie sur les antennes de la radio officielle. Ce dernier expliquant les raisons pour lesquelles la baisse des prix du pétrole n’avait pas im­pacté celle des prix de l’es­sence au Cameroun, a révélé que la baisse n’était pas si importante et que d’ailleurs les prix remontaient, ce que semble confirmer les ten­dances sur le marché inter­national.

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Free of Board

La gestion des revenus pé­troliers demeure difficile à décrypter, malgré les efforts de transparence effectués par la SNH. Sur de nom­breux rapports pourtant offi­ciels, les données présentées montrent souvent certaines disparités, même après avoir écarté des éléments comme le coût de transport et des assurances. En plus de cela et selon des documents internes de l’entreprise, le pétrole camerounais est vendu Free of Board, c’est-à-dire, sans inclure les coûts de transport, même s’ils sont pris en compte, dans la dé­termination du prix.

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