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Région de l’Est : 35% d’enfants atteints de malnutrition chronique

La révélation est faite par plusieurs enquêtes qui font également état de 43,5% de femmes frappées par l’anémie. En réponse à cette problématique de santé publique, la Fondation Helen Keller International (HKI) avec l’appui technique de Scaling Up Nutrition (SUN), a facilité la mise sur pied du Réseau des communes du Cameroun pour la nutrition (RECCNUT). A date, 29 communes de la région de l’Est sur 33 ont adhéré à cette initiative et consacrent 1% de leur budget annuel dans la lutte contre la malnutrition.

Jacques Mbamp, jardinier à Nguélémendouka dans le département du Haut-Nyong, région de l’Est, a des difficultés à produire. « Il y a carence d’eau en saison sèche pour cultiver et ceci impacte négativement sur la production. Je n’ai rien récolté à cause de la longue saison sèche cette année», explique-t-il. Par ailleurs, les vendeuses des produits maraichères et des vivres au marché de cette localité confirment la rareté de plusieurs spéculations. Une situation qui affecte les besoins nutritionnels des populations de cette localité. De son côté, Jean Marie Nguélé, ex-maire de la commune de Nguélémendouka, explique que « les jeunes filles n’allaitent pas leurs enfants comme il le faut tandis que les populations consomment des aliments pauvres en protéines ».

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En effet, selon les statistiques présentées par le point focal nutrition à la délégation régionale de la Santé publique, la malnutrition chronique affecte 35,4% des enfants de la région de l’Est. D’après l’enquête SMART (Standardized Monitoring and Assessment for Relief and Transition), réalisée en 2018, l’Est est la deuxième région la plus frappée par cette carence juste derrière l’Extrême-nord avec un taux de prévalence de 35,9% et devant le Nord, 30,6% et l’Adamaoua, 28,7%. Par ailleurs, l’enquête démographique et santé (EDS) de 2018 indique que 43,5% des femmes à l’Est souffrent d’anémie et chez les enfants cette pathologie touche 50%. Toujours en termes des statistiques, l’enquête FRAT, relative à la prévalence en micronutriments chez les enfants indique que 28,6% des enfants âgés de 1 à 5 ans souffrent de la carence en vitamine A, 67, 6% des enfants de 1 à 5 ans souffrent de la carence en zinc et 28,1% des enfants de la même tranche d’âge souffrent de la carence en vitamine B12.

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Sur les causes de  la malnutrition, les experts évoquent les mauvaises pratiques culturales et nutritionnelles, l’arrivée massive des réfugiés centrafricains dans les zones frontalières et même les changements climatiques qui impactent négativement sur la production agricole ayant un impact négatif sur les besoins nutritionnels des populations. S’agissant toujours des causes, le document « Plaidoyer pour les femmes et les enfants du Cameroun 2013-2017) » publié par l’UNICEF renseigne que « les causes de la malnutrition sont multiples à savoir, l’apport alimentaire inadéquate, l’incidence de certaines maladies telles que les maladies diarrhéiques, infections respiratoires aigües et le paludisme, la pauvreté, le faible accès à l’eau potable et aux services d’assainissement et pratiques d’hygiène et l’alimentation inappropriés ».

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Comme conséquences de la malnutrition chronique, les experts évoquent l’altération architecture du cerveau et l’impact sur le potentiel cognitif. Egalement, selon le profil nutritionnel de l’Est, le taux de mortalité chez les moins de 5 ans est de 127 pour 1000 naissances alors que la moyenne nationale est de 103 pour 1000 naissances soit 24 points au-dessus de la moyenne nationale. Autres constat, moins de 60% des enfants de moins de 5 ans dorment sous la moustiquaire imprégnée à longue durée d’action (Milda) et 40% des accouchements se font hors formation sanitaire.

29 communes en ordre de bataille

En réponse à cette problématique  de santé publique, la Fondation Helen Keller International (HKI) avec l’appui technique de Scaling Up Nutrition (SUN) et en partenariat avec le Minsanté mène depuis 2018 les activités de renforcement des capacités des élus locaux et les organisations de la société civile (OSC) de la région de l’Est sur « la mobilisation sociale, le plaidoyer et communication pour la nutrition ». Suite à cette mobilisation, le Réseau des Communes du Cameroun pour la nutrition (Reccnut) a été créé avec pour objectifs de « réunir toutes les communes autour d’un idéal commun, mettre en commun les actions des municipalités dans la promotion de la question de la nutrition et faire un plaidoyer auprès de l’Etat, des partenaires pour solliciter les moyens, pour la mise en œuvre des actions à mener sur le terrain ». Les membres de ce réseau ont décidé d’harmoniser les outils et les stratégies pour combattre ce fléau au sein de leurs populations. « Il faut que 1% de nos budgets annuels soit alloué à la lutte contre la malnutrition », indique Jean Marie Nguélé, aujourd’hui, ambassadeur de la nutrition.

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L’ancien maire de  Nguélémendouka affirme que  « malgré les efforts consentis par la plupart des communes à travers la construction des latrines, les points d’eau et l’appui aux groupes des producteurs agropastoraux, le besoin nutritionnel se fait toujours ressentir au sein des populations ». En 2019 dans la commune de Nguélémendouka précisément, le budget avait été modifié afin d’identifier des lignes budgétaires à effectuer aux activités de promotion de la nutrition. Au total, une somme d’environ 10 millions de FCA avait été affectée pour la promotion de la nutrition. « Cette somme avait été investie dans la production du soja et du poisson et la formation des filles mères», indique Jean Marie Nguélé. Cette action venait s’ajouter à d’autres en faveur de la lutte contre la malnutrition à savoir, la création d’une cellule communale et les points focaux de nutrition dans les 56 villages.

«Plaider auprès du Feicom pour l’ouverture d’un guichet de financement»

Francis Herman Kambang, Coordonnateur national du REC-CNUT présente les actions menées sur le terrain en faveur de la nutrition et la sécurité alimentaire

Qu’est ce qui a motivé la mobilisation des communes autour de la malnutrition ?

La malnutrition a beaucoup de conséquences négatives sur le développement physique  et cognitif des enfants avec une perte de productivité à l’âge adulte dans la région de l’Est. Malheureusement, jusqu’à une période récente, les activités de lutte contre la malnutrition étaient menées de façon éparse par plusieurs administrations, rendant difficile l’atteinte des résultats. Face à cette situation, le gouvernement a fait de la lutte contre la malnutrition une priorité avec l’adoption d’une approche multisectorielle dans la mise en œuvre des interventions. C’est dans le cadre de l’implémentation de cette approche multisectorielle au niveau décentralisé que le Réseau des communes de l’Est pour la promotion de la nutrition a été créé. Aujourd’hui, nous avons engagé une vaste action de mobilisation des élus locaux à prendre en compte cette problématique dans leur plan communal de développement (PCD).

Quels sont les résultats que vous avez déjà obtenus ?

La plateforme civile SUN appuie les communes de la région de l’Est depuis sa création. Cet appui s’est matérialisé par le renforcement des capacités des maires en nutrition et communication en faveur de la nutrition, et l’identification des lignes budgétaires, ainsi que des activités communautaires pouvant être appuyées par les communes. Aujourd’hui nous avons des nouvelles adhésions au Réseau. Celui-ci compte actuellement 70 Communes dont 29 sur 33 de la région de l’Est. Ces dernières ont déjà signé les engagements d’inscrire cette problématique dans leurs plans d’action. En termes des chantiers en cours, il y a le plaidoyer auprès du FEICOM pour l’ouverture d’un guichet de financement pour la nutrition et la sécurité alimentaire. Ce guichet permettra aux communes de monter les projets pour lever les financements en faveur de la nutrition et la sécurité alimentaire.

Quelle est la garantie que les actions engagées par les communes seront pérennes ?

Nous avons amené les communes à prendre des engagements pour promouvoir la nutrition et la santé communautaire à travers des délibérations votées par leurs conseillers municipaux. Une fois votées et adoptées, ces délibérations deviennent d’office loi. Donc même si un maire est remplacé lors des élections municipales, son successeur est obligé des respecter les délibérations signées qui adhérent leur communes au Réseau des communes pour la nutrition et qui octroient 1% du budget communal de chaque année aux activités de la nutrition et la santé communautaire.

Martin Foula

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