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Report de la dette publique : le G20 essaye de neutraliser la Chine en Afrique

En décidant de la suspension momentanée du service de la dette des pays les plus pauvres, les pays membres du G20 essayent en réalité de réduire la position d’influence de la Chine, notamment en Afrique.

Publiée samedi 25 avril 2020 à 20:01:22Modifiée jeudi 2 mai 2024 à 17:29:23Temps de lecture 6 minPar EcoMatin

Le Président chinois et quelques uns de ses homologues africains
Le Président chinois et quelques uns de ses homologues africains

A l’issue d’une réunion virtuelle organisée à partir de l’Arabie Saoudite, les ministres des Finances du G20 se sont accordés, le mercredi 15 avril 2020, à suspendre temporairement le service de la dette des pays les plus pauvres. Cette mesure concerne 77 pays. Il s’agit de «tous les pays IDA, qui sont à jour sur tout service de la dette du FMI et de la Banque mondiale, et; (de) tous les pays les moins avancés tels que définis par les Nations Unies, qui sont à jour sur tout service de la dette du FMI et de la Banque mondiale», ainsi que le précise la fiche descriptive de l’initiative.

 L’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou l’assurait le 16 avril dernier, le Cameroun, qui fait partie des pays bénéficiaires, devrait bénéficier d’un allègement de dette de 230 milliards Fcfa. Même si à l’analyse précise du mécanisme de mise en œuvre de cette initiative, le Cameroun ne devrait bénéficier que d’une suspension de dette de l’ordre de moins de 200 milliards Fcfa, il s’agit, pour lui comme pour la plupart des pays subsahariens bénéficiaires de cette initiative, d’un précieux soutien. Confrontés aux conséquences sanitaires et économiques de la propagation fulgurante de la pandémie à Coronavirus sur leurs territoires, ces pays pourront profiter de ces report de dettes, pour réallouer les ressources ainsi économisées à la lutte contre le virus et au maintien de l’activité et donc des emplois.

 Mais au fonds, et en dépit des éléments de langage mis en avant par la vaste campagne de communication planétaire dont elle fait l’objet, cette initiative est loin d’être une œuvre de philanthropie au bénéfice des pays africains. Car un examen attentif de la fiche descriptive de cette initiative laisse entrevoir entre les lignes, les véritables motivations du G20, largement dominé par les pays occidentaux, notamment ceux de l’Europe de l’Ouest et de l’Amérique du Nord. Dénonciations En fait, l’Occident et les institutions internationales qu’il contrôle (ONU, FMI, Banque mondiale…) a manifestement décidé d’instrumentaliser la lutte contre la pandémie à Coronavirus en Afrique, pour réduire l’influence de la Chine sur le continent. Concrètement, pour bénéficier de ce report de dette, chacun des 77 pays bénéficiaires devra «divulguer tous les engagements financiers (dette) du secteur public, en respectant les informations commercialement sensibles», précise la fiche descriptive de l’engagement du G20 qui ajoute qu’une «assistance technique devrait être fournie par les IFI (Institutions financières internationales, ndlr), le cas échéant, pour y parvenir».

En clair, il s’agit pour les membres du G20, dont la Chine est membre, d’exiger de la part des pays candidats, de la transparence au sujet de la dette bilatérale. Depuis des années, les pays européens, la banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), entre autres, dénoncent la progression jugée «anormale» de la dette souveraine des pays africains vis-à-vis de la Chine qui confère à Pekin une position politique dominante sur le continent. Mais ce qui est surtout dénoncé dans ce dossier, c’est l’opacité qui entoure la conclusion des concours financiers de la Chine aux Etats africains. Jusqu’ici, seules des estimations du reste non confirmées par Pékin, sont disponibles.

 Le ministre ghanéen des Finances, désigné par ses pairs africains pour porter leur parole face au FMI dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, a récemment estimé la dette africaine envers la Chine à environ 145 milliards de dollars, soit 40% de la dette africaine. Prêts projets Traditionnellement, lorsque certains organismes créanciers (comme le Club de Paris en l’occurrence) essayent de négocier des restructurations ou des reports de dette, ils recourent à un «appel de données» auprès de leurs membres qui détiennent des créances sur les pays candidats auxdits allègements de dette. La Chine, qui s’interdit de publier les chiffres de ses prêts aux pays étrangers, et qui, en tant membre du G20 est signataire de cette initiative, parviendra-t-elle à se soustraire à cette exigence ?

>>Lire aussi- Coronavirus : le FMI accorde 110 milliards FCFA de prêts non concessionnels au Cameroun

 La fiche descriptive de la même initiative enjoint en outre les pays-candidats, «de ne contracter aucune nouvelle dette non concessionnelle au cours de la période de suspension, autre que les accords dans le cadre de cette initiative ou conformément aux limites convenues dans le cadre de la politique de limitation de la dette (DLP) du FMI ou de la politique du GBM sur les emprunts non concessionnels». A titre d’exemple, l’Etat du Cameroun devra, pour respecter cette conditionnalité, renoncer aux 350 milliards Fcfa de prêts concessionnels autorisés par la Loi de Finances 2020. Mais si l’on se souvient que la Chine est le principal pourvoyeur bilatéral de prêts non concessionnels à travers notamment le véhicule des prêts projets pour ce pays (EcoMatin publie la liste des créanciers du Cameroun en page 4) comme beaucoup d’autres pays de l’Afrique subsaharienne, l’on se rend à l’évidence que cette conditionnalité vise simplement à interdire à ces pays, de contracter de nouveaux emprunts auprès de la Chine.

Marges de manœuvre On le voit donc, le but de la manœuvre est de réduire l’influence de la Chine sur le continent africain, en la privant de sa principale arme de bataille: la dette publique. Mais pourquoi Pékin, qui doit bien être conscient de ces enjeux, a-til souscrit à cette initiative ? Il faut, pour avoir un début de réponse à cette question, en revenir à la fiche descriptive de cette initiative. «Les créanciers mettront en œuvre, conformément à leur législation nationale et à leurs procédures internes, l’initiative de suspension du service de la dette, comme convenu dans le présent cahier des charges, à tous les pays éligibles qui en font la demande», écrit-elle en effet, avant d’ajouter que ces créanciers «continueront de coordonner étroitement la phase de mise en œuvre de cette initiative.

Si nécessaire, les créanciers complèteront les éléments de cette feuille de conditions, le cas échéant». En clair, l’engagement du 15 avril dernier ne lie pas étroitement ses signataires qui se sont aménagés, à travers ces dernières dispositions relatives à la mise en œuvre de l’initiative, de grandes marges de manœuvres. Chaque pays membre du G20, la Chine en premier, peut donc invoquer des législations nationales pour assortir cet engagement commun de dispositifs additionnels et même dérogatoires dans ses négociations bilatérales avec les pays bénéficiaires.

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