Sept mois après que le président français, Emmanuel Macron, a promis que son pays s’engagerait à nouveau en République centrafricaine dans les domaines budgétaire et financier, des politiques publiques et l'appui au développement économique, la France a annoncé avoir débloqué le 13 novembre dernier, 10 millions d’euros, soit 6,5 milliards Fcfa au titre de l'aide budgétaire globale au profit de la Centrafrique de Faustin Archange Touadera. Sur le plan bilatéral, ce geste vise à apporter à la RCA un soutien budgétaire de stabilisation macroéconomique et financière, un appui aux stratégies nationales de développement, afin de créer les conditions favorables de croissance et de réduction de la pauvreté. Le gouvernement centrafricain voit en cet appui « signe du réengagement progressif et de la normalisation des relations bilatérales entre les deux pays ». « Cet appui financier français finance ainsi directement, sans conditionnalité, ni aucune réserve, des opérations relevant de la souveraineté et de la gouvernance démocratique de l'État centrafricain », a commenté l’ambassade de France en RCA.
Dans un communiqué rendu public à la suite de la signature de la convention financière liée à cette aide budgétaire globale, la représentation diplomatique explique que le gouvernement centrafricain a sollicité l'appui de la France pour accompagner ses efforts pour atteindre les objectifs de réforme en matière de gestion des finances publiques, associés au programme économique et financier soutenu par la facilité élargie de crédit (FEC) avec le Fonds monétaire international (FMI). « L'aide budgétaire global n'est donc ni un prêt souverain ni un emprunt contracté par l'Etat centrafricain auprès de l'Etat français ». Il s’agit plutôt d’une subvention, un don, financé par l'Agence française de développement (AFD). Cet établissement public français qui contribue à la mise en œuvre de la politique d'aide au développement de l'Etat français « a été missionnée par l'Etat français pour instruire et mettre en œuvre ce financement budgétaire », qui a été décidé en concertation avec le ministère centrafricain des Finances et du Budget.
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Dans le même document, l’ambassade souligne que le ministère centrafricain des Finances et du Budget a souhaité, en particulier, allouer les fonds à l’appui à la gouvernance économique et financière (3,28 milliards Fcfa). Cette affectation permettra, notamment, de rationaliser et de moderniser les procédures de collecte des recettes fiscales et d'augmenter les revenus de l'Etat centrafricain. Ce financement a également vocation à accélérera le déploiement de la numérisation des administrations publiques, au travers des logiciels SIM Ba dans le domaine de la comptabilité publique, SYDIONIA World dans le domaine des douanes, ainsi que la numérisation des procédures fiscales et l'interopérabilité des systèmes numériques pour plusieurs administrations, à l’instar du trésor, du budget, des impôts et des douanes). Cet argent aidera également à la résorption des arriérés intérieurs pour un montant de 1,97 milliard Fcfa. « L'objectif sera de concourir à l'apurement de certaines créances de l'Etat centrafricain en matière d'éducation, dans le but de distribuer, sans attendre, les nouveaux manuels scolaires dans les écoles publiques centrafricaines ».
Bruno Foucher
Enfin, cette enveloppe aidera au renforcement de la contribution de la RCA à l'organisation des élections, à hauteur de 1,3 milliard Fcfa. Cette aide traduit un réchauffement des relations entre la France et la République centrafricaine, après trois années de rupture sur fond de guerre de puissances entre l’Hexagone et la Russie en terre centrafricaine. Dépitée par le choix des autorités centrafricaines actuelles à densifier leur coopération avec la Russie de Vladimir Poutine, la France avait pris la décision, en représailles, de sevrer la Centrafrique de son aide au développement. Le président Faustin Archange Touadera qui a toujours défendu sa politique de diversification des partenariats économiques a continué d’afficher une certaine sérénité, en soutenant que sa relation avec Moscou était insusceptible de retirer à la France son influence dans ce pays où elle a longtemps dominé la vie politique. L’Hexagone semble, à travers son retour, vouloir redorer son empreinte stratégique dans ce pays où elle commençait à perdre du terrain. Dans le domaine économique, l’on a assisté en 2023 au retrait du pays du champion français des hydrocarbures TotalEnergies, après avoir été accusé de financer des groupes rebelles. Son remplaçant TAMOIL, une entre entreprise française, n’a pas pu hériter de tous les actifs sa consœur. Au contraire, elle a été déclarée défaillante et en incapacité de distribuer efficacement les produits pétroliers dans le pays. Une dizaine de ses stations-services ont été saisis au cours des derniers et confiées à des particuliers centrafricains.

Autre entreprise en difficulté en RCA, c’est la Brasserie Mocaf du Groupe Castel, qui ne jouit plus de sa position monopolistique d’antan depuis la construction dans le pays d’Africa Ti l’Or par les paramilitaires russes de Wagner. La normalisation qui se met en place est à mettre à l’actif de l’actuel ambassadeur de France en Centrafrique, Bruno Foucher qui, en juillet dernier, avait annoncé la reprise de l’aide française en RCA et promis de travailler au renforcement des liens commerciaux entre son pays et celui de Touadera. Objectif, inverser la tendance relativement aux échanges commerciaux qui sont en chute libre – ils ne représentaient que 1% des échanges avec la Cemac en 2022. Bruno Foucher a par ailleurs promis que l’ambassade de France démultiplierait le spectre de ses activités en Centrafrique et annoncé que dans le domaine de la défense, la coopération allait reprendre progressivement.

