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République centrafricaine : le ciment désormais hors de prix

Le sac de ciment atteint jusqu’à 14 500 Fcfa à Bangui et se rapproche de 20 000 Fcfa dans l’arrière-pays, du fait d’une spéculation sauvage. Comment cette situation hypothèque la relance du secteur immobilier et accentue la crise du logement.

Publiée mercredi 26 juin 2024 à 12:28:44Modifiée mercredi 26 juin 2024 à 13:46:17Temps de lecture 5 minPar Jean Omer Eyango

Le ciment est cher en RCA

En République centrafricaine, le prix du ciment a connu une hausse vertigineuse au cours des trois dernières années. Cette situation est liée à deux facteurs clés : l’inexistence de cimenteries sur le territoire centrafricain et la faible capacité d’importation du pays, principalement à partir du Cameroun qui est en situation de surproduction, ou encore du Congo. La rareté du produit inhérente à cette faible capacité d’importation a pour conséquence d’alimenter une spéculation sauvage qui est telle qu’en plein Bangui, la capitale, il faut débourser jusqu’à 14 500 Fcfa actuellement dans certains points de vente pour un sac de ciment, soit près du triple des prix pratiqués au Cameroun et au Congo. Dans les zones reculées et enclavées, le même sac coûte 18 000 voire 20 000 Fcfa. Les tentatives du gouvernement de réguler les prix sont vaines, face à des fournisseurs qui excipent des surcoûts liés non seulement au transport et aux tracasseries policières depuis les deux pays voisins susmentionnés, mais aussi aux nombreuses taxes mises en place par l’État centrafricain, notamment au port sec de Pk 26. Mi-mai, le directeur du commerce intérieur, Jean Roger Baky, annonçait une opération de contrôle de grande envergure en vue de faire respecter la règlementation. Dans cette déclaration assortie de menaces, il soulignait qu’« il y a des mesures coercitives qui sont prévues. Si on constate que vous ne respectez pas la grille tarifaire prévue par la règlementation, on va exploiter le code de commerce qui prévoit des sanctions en la matière ».

Pour les commerçants, en effet, le prix de 9500 Fcfa le sac fixé par les autorités est sans commune mesure avec les charges d’importation et d’entreposage du produit. En revanche, il est tout simplement inapplicable. Les autorités n’osent pas franchir le cap des sanctions, par peur de provoquer éventuellement l’effet inverse : décourager les importations et créer pénurie. Dans ce pays qui ne dispose pas de cimenterie sur son sol, la cherté du ciment et des autres matériaux de construction en général n’est pas sans conséquences sur le secteur de l’immobilier et même du BTP. A Bangui, par exemple, où le déficit en logements est chronique, une kyrielle de chantiers de particuliers sont à l’arrêt, depuis des années pour certains, du fait de cette mauvaise conjoncture des matériaux de construction. Cette situation rend impossible toute relance du secteur immobilier, pour ne pas dire qu’elle aggrave simplement la crise du logement principalement dans la capitale où, depuis le coup d’Etat de 2013 contre François Bozizé et le cycle de violences qui s’en est suivi, il y a une forte concentration de la population pour des raison sécuritaires.

Besoins en logement

Officiellement, ce sont plus de 1000 maisons au total qui ont été endommagées ou détruites dans le 5e et le 8e arrondissements de Bangui au plus fort des violences, et qui n’ont jamais été reconstruites. Or, avant la crise, les besoins en logement étaient estimés par l’Onu à quelques 500.000 unités. Dans son dernier rapport pays publié en décembre 2023, le Center for Affordable Housing Finance in Africa (CAHF), un groupe de réflexion sur l'investissement dans le logement abordable et le financement du logement en Afrique, indique que le secteur du logement de la RCA est le moins développé de la région Cemac. Il est marqué, notamment, par une quasi-inexistence de projets du gouvernement et du privé. Il faut néanmoins souligner que ces dernières années, le président de la République, Faustin Archange Touadera, a fait construire 6000 logements dans les villes de Bria, Bambari et Kaga-Bandoro, grâce à l’appui financier du Fonds humanitaire, afin de permettre à une partie de ses compatriotes revenus dans le pays après des années comme réfugiés, de s’installer dans leurs quartiers d’origine ou les nouveaux quartiers de leur choix. En 2018, le rapport mentionné supra, « 95,8 % des résidents urbains vivaient dans des bidonvilles en raison de la pauvreté, des conflits armés et de l’accès limité à un logement abordable ». Pour ce pays qui compte un peu plus de 6 millions d’habitants, le nombre total de propriétés résidentielles avec titre de propriété s’élevait à seulement 9000 unités en 2012, selon cette même source, qui comptabilise à 250 le nombre de logements formels achevés annuellement en RCA.

Consortium Medcem-Quiferou

Le CAHF note en guise de perspective, que la RCA offre malgré des multitudes de perspectives d’investissements dans le logement, qui sont fortement conditionnées par l’existence préalable de stabilité politique, sociale et militaire. « Aussi, avec le faible niveau de commande publique dans le secteur de la construction et des infrastructures, il faudra patienter quelques temps avant de voir un regain au niveau des activités immobilières ». L’une des solutions durables pour résoudre la crise structurelle du ciment passera aussi sans doute par la concrétisation des différents projets de construction des cimenteries annoncés depuis plusieurs années. Outre le vieux projet de Nzila (sud de Bangui) pour lequel l’Etat centrafricain s’était endetté à hauteur de 32 milliards Fcfa sous l’ancien président Bozizé, en 2018, le consortium Medcem-Quiferou et le gouvernement centrafricain avaient signé une convention minière pour la recherche par le consortium du calcaire dans le village Mbaïki (préfecture de la Lobaye). La convention prévoyait également la construction d’une unité de broyage d’une capacité de 350.000 tonnes par an. Coup de l’investissement : 23 milliards Fcfa.

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