La République centrafricaine détient un atout économique majeur : l’or. Dans son 8ᵉ Cahier économique consacré au pays, présenté le 26 septembre à Bangui, la Banque mondiale dresse un constat sans équivoque : le métal précieux est devenu le principal produit d’exportation centrafricain, représentant jusqu’à 65% des recettes extérieures et jouant un rôle clé dans l’équilibre macroéconomique. Entre 2021 et 2024, souligne le rapport, la valeur des exportations officielles d’or a progressé de plus de 40%, portée à la fois par la flambée des cours mondiaux et par la montée en puissance de l’exploitation artisanale. En 2024, ces exportations ont rapporté près de 180 millions de dollars (108 milliards Fcfa), soit environ 9% du PIB, apportant des devises essentielles à une économie fragilisée par les chocs sécuritaires et politiques. Ce tableau prometteur cache toutefois un revers préoccupant et cette richesse s’évapore encore en très grande hors des radars fiscaux. Selon la Banque mondiale, près de 70% de la production échappe aux circuits officiels. L’exploitation artisanale, très majoritaire, reste largement informelle et alimente une contrebande intense vers les pays voisins, notamment le Soudan, le Cameroun ou encore le Tchad.
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Résultat : l’État perd chaque année 1,5 à 2% du PIB en recettes fiscales potentielles. Cette évasion fiscale est aggravée par la faible intégration industrielle du secteur. En effet, faute de raffineries locales, de mécanismes de traçabilité ou de chaînes de valeur développées, la Centrafrique continue d’exporter un produit brut, sans capter la valeur ajoutée que représentent la transformation, la joaillerie ou les services miniers. Les conditions sécuritaires dans les zones aurifères compliquent par ailleurs toute tentative de régulation effective.
Pour l’institution de Bretton Woods, l’heure est venue de transformer ce secteur stratégique. Le rapport recommande une série de réformes structurantes : créer un cadre réglementaire attractif pour formaliser l’exploitation artisanale et attirer les investisseurs vers des projets semi-industriels ; mettre en place un système de certification et de traçabilité conforme aux standards internationaux, afin d’améliorer la transparence et d’élargir l’accès aux marchés ; renforcer les capacités de l’administration fiscale pour sécuriser les recettes minières ; et intégrer l’or dans une stratégie nationale de diversification économique, en stimulant l’implantation d’infrastructures de raffinage et de transformation.
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À moyen terme, l’enjeu est de taille. Selon la Banque mondiale, la contribution de l’or aux recettes publiques pourrait doubler d’ici 2030 si ces réformes sont mises en œuvre. Plus qu’un simple produit d’exportation, le métal jaune pourrait devenir un véritable levier de financement du développement, capable de soutenir les investissements dans les infrastructures, l’éducation ou la santé. Mais pour cela, les autorités de Bangui devront réussir là où elles ont longtemps échoué : formaliser, fiscaliser et valoriser une ressource stratégique, aujourd’hui exploitée en dessous de son potentiel. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, l’or centrafricain restera un trésor paradoxal : vital pour l’économie, mais encore loin de livrer toute sa richesse.
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