Le ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération de la République centrafricaine, Richard Filakota, a présidé le 17 juillet dernier à Bangui, une réunion des parties prenantes aux projets financés sur fonds Banque mondiale. Il s’agissait de faire un état de la mise en œuvre des projets par secteurs ainsi que les difficultés majeures rencontrées dans le cadre de la mise en œuvre de desdits projets ; identifier les contraintes en prenant les mesures anticipatives pour l’amélioration de la performance du portefeuille de la Banque mondiale. Il a par ailleurs été question, lors de cette rencontre, d’adresser les problèmes de gouvernance qui plombent l’exécution de la vingtaine de projets du portefeuille de cette institution financière (environ 500 milliards Fcfa). En d’autres termes, comment inverser la tendance de la sous-consommation chronique des crédits et réduire considérablement la proportion des projets contre-performants, cause du niveau élevé des soldes engagés non décaissés (Send’s) ?
La situation est d’autant plus préoccupante que plusieurs financements obtenus parfois de haute lutte par la Centrafrique auprès de divers bailleurs de fonds sont tombés à forclusion, faute d’avoir pu être décaissés à temps. Pas plus tard que le 22 janvier 2024, le Premier ministre Félix Moloua a servi une cinglante demande d’explications au ministre chargé du Développement de l’Energie et des ressources hydrauliques, Arthur Bertrand Piri, suite à la clôture par la Banque mondiale du projet d’amélioration des services d’eau et d’électricité financé par l’Association internationale de développement (IDA) et l’annulation par cette dernière d’un solde non décaissé à hauteur de 1,2 milliards Fcfa. Cette décision remonte en effet au 30 juin 2023, mais le chef du gouvernement n’en a été informé que 6 mois après, par correspondance du représentant résident de la Banque mondiale en République centrafricaine.
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Pour le chef du gouvernement, cette forclusion a causé une « grosse perte incompréhensible » pour la Centrafrique, « dont les besoins de la population en eau potable demeurent sans cesse croissants ». Le moins que l’on puisse dire c’est que ces contreperformances ne concernent pas que la Banque mondiale. Un passage en revue des programmes et projets de la Banque africaine de développement (BAD) début juillet dans la capitale centrafricaine, des centaines de milliards Fcfa injectés ces dernières années par cette institution pour financer des projets porteurs, notamment dans l’agriculture, le transport et l’énergie, restent non-décaissés.
La faible capacité d’absorption des fonds atteint plus de 60% des montants globaux alloués, selon les responsables locaux de l’institution financière panafricaine. Deux projets majeurs pour illustrer cette situation : les financements débloqués depuis environ trois ans par la BAD pour financer la réhabilitation de l’aéroport international de Bangui-M’poko et le barrage hydroélectrique de Boali 2. Le gouvernement fonde pourtant beaucoup d’espoirs sur ce dernier projet pour résorber le déficit énergétique à Bangui. Au rang des goulots d'étranglement, le ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération charge les responsables de projets. « Il y a des coordonnateurs qui se comportent comme des gouverneurs de la Banque mondiale, comme des représentants pays de la banque et ils n’ont de comptes à rendre à personne. La notion de redevabilité doit retrouver toute sa place non seulement à l’endroit du ministre de l’Economie et du représentant de la BAD, mais à l’égard de tous les ministres. Ils doivent rendre compte de toutes les activités des projets pour le bien-être de nos populations. Nous aussi, nous avons à rendre compte au chef de l’Etat, aux partenaires et aux populations », assène Richard Filakota.
Train en retard
Et de poursuivre : « je le dis avec un pincement de cœur : on met tellement de confiance aux coordonnateurs pour que les financements atteignent les populations, mais, quelques fois quand on voit comment les coordonnateurs agissent, comment ils gèrent, on se pose des questions. Et le train du développement est toujours en arrière. Je demande aux coordonnateurs de respecter scrupuleusement la programmation faite au niveau des projets, à savoir, le plan de travail et budget annuel (PTBA) ». Le membre du gouvernement instruit dans la foulée toutes les cellules ou unités de gestion de tous les projets de mettre tout en œuvre pour qu’il n’y ait plus aucun projet contreperformant dans le portefeuille Banque mondiale. « J’invite les coordonnateurs à observer strictement la transparence, l’équité, la bonne gestion, le professionnalisme dans la préparation des dossiers et à rendre compte aux ministres sectoriels en commençant par le ministre de l’Economie, du Plan et de la coopération internationale », poursuit-il.
Il appelle, enfin, à responsabiliser davantage les différents experts des cellules de gestion, non sans instruire les coordonnateurs de finaliser les contrats de performance de ces derniers. Dans le même temps, ajouté le ministre, « il faut que tous les coordonnateurs soient assujettis aux contrats de performances. Chaque année on doit les évaluer. Si un coordonnateur ne répond pas aux exigences de performance, on le destitue. C’est l’avenir du pays qui est en jeu. On n’est pas là pour les beaux yeux des coordonnateurs, mais pour exécuter un programme de développement ».
Richard Filakota recommande le strict respect du plan de travail et budget annuel (PTBA), ainsi que le suivi des partenariats tel que conclu dans le cadre de la mise en œuvre des projets pour l’atteinte des résultats escomptés.

