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Révision du contrat d’exploitation de l’autoroute Kribi-Lolabé : Kribi Highway  Management réclame un retour sur investissement

Les négociations entamées en juin dernier entre le gouvernement camerounais et l’exploitant de l’infrastructure en vue de la relecture du contrat de partenariat public-privé(PPP), n’ont pas encore trouvé une issue favorable.

L’autoroute Kribi-Lolabé (38,5 km) a été mise en service le 29 juillet 2022 après sept années de travaux. Sauf que, à peine 10 mois d’exploitation par le chinois Kribi Highway Management (KHM); société créée par China Harbour Engineering Company (Chec), l’Etat camerounais a signalé l’urgence de revoir les clauses du contrat signé en 2020 compte tenu de la faible mobilisation des recettes, en déséquilibre avec les dépenses effectuées. Enclenché en juin 2023, le processus de relecture du contrat entre les deux parties se poursuit. Les travaux présidés par le ministre des Travaux publics Emmanuel Nganou Djoumessi le 27 novembre dernier n’augurent certes pas une révision imminente des termes du contrat de partenariat public-privé(PPP) qui lie les deux parties, mais l’on a davantage une idée des exigences du partenaire chinois pour aboutir à de bonnes conclusions.

Ainsi, il ressort que KHM tient au paiement des loyers en rapport avec les investissements mobilisés dans la réalisation de cette infrastructure qui dessert le Port en eau profonde de Kribi (PAK). Il s’agit notamment du loyer 1 concernant le remboursement de l’investissement et le loyer 2 qui prend en charge l’exploitation de l’autoroute. Sans évoquer de chiffre, le maître d’ouvrage rassure tout de même de la crédibilité des pouvoirs publics à répondre à ses engagements. Toutefois, « il est envisagé la possibilité d’explorer la proposition de renverser le loyer (L1) dans la dette pour le sortir du contrat », a-t-il prévenu.

Lire aussi : Autoroute Kribi-Lolabé : le Mintp veut reviser le contrat de partenariat public-privé avec le Chinois Chec

A ce sujet, dans l’une de ses publications en juin dernier, EcoMatin faisait remarquer qu’il a été observé que le montant total des loyers facturés par l’opérateur au 31 mai 2023 s’élevait à 3,18 milliards de Fcfa pour une exploitation et maintenance courante et de 1, 91 milliard de Fcfa pour la gestion. Les recettes de péage, dont le montant total collecté par l’opérateur et reversé dans le « control account » depuis la mise en service, s’élevaient alors à  705, 8 millions de Fcfa à la même période soit un écart  3,53 milliards de Fcfa entre les recettes et les dépenses. Un déséquilibre dû au fait que le trafic réel de l’autorité Kribi-Lolabé varie entre 20% et 27%, loin des 40% prévus dans le modèle financier du prestataire privé supra indiqué.

Autre suggestion, la partie camerounaise devra aussi solder le loyer 2 relatif aux charges l’exploitation de l’autoroute. A ce sujet, le Mintp reste constant depuis le mois de juin à savoir que « la rémunération dudit loyer se fasse sur la base des recettes actuelles pour rester réaliste, car aller vers un partenariat public-privé vise essentiellement à soulager les caisses du Trésor public et non pas solliciter ses ressources ».

Quant au loyer L3 portant sur les réparations des dégradations qui pourraient être observées au cours de la durée d’exploitation, il a été proposé « une prise  en charge dans les années à venir ». Par contre, lors du Comité de suivi tenu en septembre 2023, le gouvernement a suggéré « l’annulation des intérêts moratoires et la négociation des loyers, tenant compte de l’environnement économique et surtout du trafic » tandis que KHM insistait sur la nécessité pour l’Etat de procéder au loyer L1 avant la fin de l’année 2023.

Lire aussi : Autoroute Kribi-Lolabe : les entreprises dénoncent les tarifs élevés du péage

Vers un long processus de négociations ?

Les négociations ont certes commencé il y a bientôt 6 mois mais de l’aveu des services du Mintp, elles ne présagent pas encore un dénouement imminent. « Les discussions semblent ne pas trouver des issues rapides du fait de la qualité des représentants de la partie privée qui n’ont pas la compétence de décision à l’effet de trouver des accords consensuels », indique-t-on avant d’ajouter : « le Ministre a instruit à ses collaborateurs de le signaler formellement à Chec…de consigner les propositions du gouvernement de manière formelle et de saisir formellement le partenaire privé qui doit à son tour faire parvenir ses propositions par les mêmes canaux dans le but de convenir à un accord consensuel ».

Cette observation du maître d’ouvrage cacherait-elle la réticence du partenaire à céder (facilement) à la révision du contrat ? Difficile de trancher pour le moment mais il importe de rappeler que la construction de l’autoroute Kribi-Lolabé débutée a coûté 250 milliards de Fcfa dont 85% de prêt d’Eximbank et 15% par Chec. Pour apurer la dette, le Cameroun est appelé à prendre en charge des loyers dont le coût global est de 408 milliards de Fcfa pendant 30 ans d’exploitation par le chinois KHM. Pourtant, d’après le « Rapport sur les coûts des risques budgétaires générés par les projets exécutés en partenariat public-privé », l’Etat doit verser à Chec, 16,4 11 milliards de Fcfa de loyers par an de 2023à 2025. Ce qui suppose que le contrat n’est pas susceptible d’être modifié avant cette date-là.

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