Selon les informations d’EcoMatin, le géant minier français Eramet a décidé de dissoudre sa filiale camerounaise dénommée « Eramet Cameroun » (Eracam), dotée d’un capital de 10 millions de FCFA. « Le public est informé que l’assemblée générale extraordinaire de la société suscitée, tenue à Yaoundé le 06/01/2026, a décidé de dissoudre par anticipation la société », lit-on dans une note parvenue à notre rédaction. Le même document précise que Lynda Amadagana, avocate aux barreaux de Paris et du Cameroun, a été nommée « liquidateur » de la société.
Pour justifier cette décision, Eramet se fonde sur les dispositions des articles 200 et suivants de l’Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique (GIE). Ces textes disposent que la société prend fin notamment par l’expiration du temps pour lequel elle a été constituée, par la réalisation ou l’extinction de son objet, par l’annulation du contrat de société ou encore par décision des associés aux conditions prévues pour modifier les statuts.
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L’alinéa 5 prévoit également la dissolution anticipée à la demande d’un associé pour « justes motifs », notamment en cas d’inexécution de ses obligations ou de mésentente entre associés empêchant le fonctionnement normal de la société.
Dans le cas d’espèce, il convient de rappeler que le groupe Eramet a connu des déconvenues au Cameroun. Dans un communiqué publié le 26 octobre 2023, le groupe indiquait : « À la suite de quatre années de recherche au Cameroun sur le bloc rutilifère d’Akonolinga (région du Centre), Eramet a décidé de ne pas poursuivre le projet. Les études de faisabilité ont révélé que les paramètres économiques n’étaient pas réunis pour soutenir un projet industriel responsable et rentable ».
Le groupe, qui détenait plusieurs permis sur le site d’Akonolinga, avait expliqué que, compte tenu de l’étendue du gisement, de la faible teneur en rutile et de sa faible épaisseur, son exploitation nécessiterait des investissements « très élevés », aggravés par les coûts liés à la gestion des eaux et des ultrafines, susceptibles d’impacter l’environnement. « Aucun investisseur n’est prêt à injecter 180 millions d’euros (plus de 118 milliards de FCFA) dans un projet pour n’en tirer que 30 millions (moins de 20 milliards de FCFA) en cinq ou six ans », avait déclaré Loïse Tamalgo, administrateur général d’Eramet Cameroun et délégué général du groupe en Afrique.
Toujours selon ce responsable, les près de 2 000 sondages réalisés sur le site ont permis de conclure que seulement « un quart » des ressources identifiées présente une teneur suffisante pour une exploitation économiquement rentable. Le groupe envisageait initialement une production annuelle de 100 000 tonnes de rutile sur une période de 20 ans. Mais, au final, il s’est avéré que le potentiel exploitable ne dépasserait pas 35 000 tonnes par an.
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Eramet avait également souligné que l’exploitation du gisement d’Akonolinga présentait un « risque trop élevé » pour les écosystèmes et le cadre de vie des populations locales, rendant impossible la mise en œuvre d’un « projet industriel responsable ».
Le gisement de rutile identifié dans la localité d’Akonolinga devait entrer en exploitation à partir de 2025. Mais, dans la foulée du retrait d’Eramet, l’État du Cameroun a repris la main sur ce projet stratégique en transférant l’actif à la Société nationale des mines (Sonamines). Cette dernière a lancé, en janvier 2026, un appel international à manifestation d’intérêt en vue de sélectionner des partenaires technico-financiers, avec l’objectif de relancer les études et d’évaluer les conditions d’une exploitation viable du gisement.

