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Salon : quand Promote se vide de ses gros sponsors

La 7è édition du salon Promote 2019 a été marquée par l’absence de certains annonceurs de prestige. Le désistement du top sponsor à quelques semaines entraîne la perte d’une centaine de millions de FCFA.

Ils ont brillé par leur absence, ou par une participation au rabais, lors de la 7è édition de Promote qui s’est achevée dimanche 24 février 2019. Certains sponsors majeurs et traditionnels du salon international de l’entreprise, de la PME, et du partenariat de Yaoundé ont joué aux absents. Il s’agit par exemple de Orange, Nexttel, Les Laboratoires Biopharma, la SABC … dont la seule présence faisait la marque de fabrique du salon, tant le déploiement était remarqué des visiteurs. Un « village » installé sur un rayon de 300 m2, qui rappelle les chefferies traditionnelles, un orchestre de sonorités traditionnelles pour animer l’espace, des dermo-conseillers qui reçoivent les visiteurs. C’est par exemple ce à quoi Les Laboratoires Biopharma avaient habitué le public de Promote. Ses hôtesses et stewards ne passaient pas inaperçus, tout comme son concours « miss Biopharma » qui tenait en haleine le public. Un déploiement qui lui a très souvent valu la distinction de « meilleur stand ». Depuis sa première participation au salon Promote en 2002, c’est donc la première fois que Biopharma se déconnecte, emboîtant le pas aux opérateurs de téléphonie mobile (MTN depuis l’édition 2017, Orange et Nexttel). Les Brasseries du Cameroun quant à elles ont réduit leur présence à un stand institutionnel. Pas d’espace de vente, d’animations, et de promotions.

Pourquoi ce désintérêt des gros annonceurs pour Promote ? Interrogé, une source proche du dossier aux Brasseries du Cameroun n’a pas souhaité, « à dessein », s’exprimer sur ce sujet. L’entreprise brassicole avait pourtant souscrit en qualité de partenaire prestige, à hauteur d’une centaine de millions de FCFA, confie Thierry Ndong, le responsable de communication de la Fondation Interprogress, organisateur mandaté de Promote. Selon ce dernier, SABC qui a désisté en décembre estimait que l’année 2019 allait être compliquée pour ses chiffres, compte tenu de la nouvelle loi des finances qui venait d’être votée à l’Assemblée nationale. Cette loi des finances prévoyait un droit d’accises sur les emballages de bières et boissons gazeuses, d’un montant de 15 FCFA par emballage. L’entreprise brassicole estimait la dépense supplémentaire brute à 5 milliards FCFA. Tout compte fait, le retrait de la SABC de son statut de « top sponsor » n’a pas été sans influences sur l’organisation de Promote. « Ça nous a perturbé ; on avait engagé un certain nombre de dépenses en tenant compte de cet acquis », déplore Thierry Ndong.

l’expert en communication Jean Paul Tchomdou estime que « passés les débuts, la notoriété étant acquise, ces entreprises sont toutes orientées vers du business event, et ce n’est pas à Promote qu’on fait du chiffre »

Chez les opérateurs de téléphonie mobile, l’on semble justifier cette absence par une stratégie qui n’intègre pas Promote. « Les affaires se gèrent avec ou sans Promote ; il existe d’autres moyens de rencontrer d’autres entreprises », soutient Edouard Tamba, responsable des relations média chez MTN. La même lecture est faite par l’expert en communication Jean Paul Tchomdou, qui estime que « passés les débuts, la notoriété étant acquise, ces entreprises sont toutes orientées vers du business event, et ce n’est pas à Promote qu’on fait du chiffre ». Mais le responsable de la communication de Promote préfère tempérer. Pour Thierry Ndong, le départ de ces annonceurs est compensé chaque année par l’arrivée d’autres.

Il faut également noter les critiques récurrentes des professionnels de l’événementiel, sur le positionnement flou de Promote qui ressemble en même temps à un salon qu’une à une foire où l’objectif est plus tourné vers les ventes. « Il est possible que surfant sur ce constat, de nombreuses entreprises aient eu envie de ne pas venir, surtout que passés les débuts, la notoriété étant acquise, ces entreprises sont toutes orientées vers du business event, et ce n’est pas à Promote qu’on fait du chiffre », analyse Jean Paul Tchomdou. A ce sujet, la rédactrice en chef du magazine Comnews spécialisé en marketing et communication, Elodie Mbopda, conseille aux organisateurs de retravailler le concept en revoyant le cahier des charges des annonceurs.

Jean-Paul Tchomdou: « Le positionnement mi- foire et mi- salon de Promote pose problème »

L’expert en communication analyse le désintérêt des gros annonceurs pour le salon Promote.

Quel regard d’expert portez-vous sur la 7è édition du salon Promote ?

Jean Paul Tchomdou (Expert en Communication)

Le regard que je porte sur le salon Promote, c’est de féliciter que cette édition prévue se tienne. C’est déjà une réussite que Promote se soit tenue ; c’est quand même un événement important qui rassemble des opérateurs économiques, des entreprises, des entrepreneurs, des chercheurs, des spécialistes sur un certain nombre de questions, donc il faut déjà se féliciter que ça se tienne. Le regard que je porte, c’est qu’on a l’impression que Promote est moins fréquenté que les années antérieures ; l’espace est un peu clairsemé cette année quand même. Et on remarque de façon très facile l’absence des grands contributeurs de Promote, de grands animateurs de Promote qui sont des entreprises comme MTN, Orange, Biopharma, SABC. Les organisateurs nous diront au bout du compte ce qu’il en a été, mais moi j’ai l’impression que la fréquentation a diminué. De toutes les manières, les entreprises qui portaient Promote ne sont plus là, donc c’est un peu un regard contrasté.

Vous avez justement souligné l’absence de ces sponsors majeurs. Qu’est-ce qui peut expliquer cela ?

Je ne sais pas ce qui peut expliquer l’absence des sponsors majeurs, ce que je sais, c’est qu’ayant travaillé en entreprise, les responsables marketing, les managers se sont plaints maintes fois du caractère, ou du format pas simple, un espèce mi- foire et mi- salon, on ne sait pas trop. Est-ce que c’est un salon ? Si c’est un salon, à quoi servent les tickets d’entrée qu’on paye à l’entrée, à quoi servent tous ces enfants, tous ces chômeurs qu’on rencontre. Si c’est une foire, qu’est-ce que les professionnels viennent y chercher avec des équipements de salon. Donc ce positionnement qui ne s’est pas encore précisé pose un problème. Et ça pose un problème au niveau de la prise de décision. Il est possible que surfant sur ce constat, de nombreuses entreprises aient eu envie de ne pas venir, surtout que passés les débuts, la notoriété étant acquise, ces entreprises sont toutes orientées vers du Business Event, et ce n’est pas à Promote qu’on fait du chiffre.

Est-ce que cette absence des sponsors habituels (majeurs) a un lien avec la conjoncture économique actuelle ?

On peut dire oui, parce que vous savez qu’en temps de conjoncture économique difficile, les premiers budgets qu’on resserre un peu, c’est les budgets marketing. Comme parfois les entreprises ont du mal à établir le lien direct entre le marketing et les chiffres d’affaires, et surtout entre la communication et les chiffres d’affaires, parce que les promotions vont se multiplier, les actions de terrains vont se multiplier dans les lieux de vente, Promote est plus orienté comme une activité de communication, et les budgets communication sont les  budgets qui malheureusement les premiers subissent les grandes coupes quand la conjoncture économique est difficile. Et peut-être que les entreprises se disent que dans une conjoncture difficile, le pouvoir d’achat baissant, les visiteurs de Promote n’étant plus nombreux, donc c’est difficile de venir à Promote faire des chiffres, donc il faut mieux préserver ces budgets là parce que vous le savez, pour certaines entreprises, c’est très important, Promote comme budget. On parle de 200 à 400 millions. La conjoncture économique ne peut pas laisser une entreprise indemne. Toute entreprise a le devoir, l’obligation de comprendre son environnement ; et l’environnement économique aujourd’hui n’est pas favorable pour un certain nombre d’actions. Et malheureusement dans ce genre de contexte c’est la communication qui paie le prix le plus fort.

Quel peut-être l’impact de l’absence de ces gros sponsors sur la grandeur et le prestige d’un tel événement d’envergure sous régionale ?

Le premier impact est d’abord financier, parce que c’est un manque à gagner pour les organisateurs, le deuxième impact est en terme d’image parce que les visiteurs vont bien se rendre compte de ce que ces annonceurs ne sont pas là, et ça va quand même poser un problème, ils vont se questionner. Les petits participants, les PME, ou petits annonceurs vont se demander pourquoi les gros ne viennent pas à Promote, est-ce qu’ils n’y croient plus, est ce que c’est vraiment l’endroit où il faut être. L’impact également peut être au niveau de l’attrait de Promote, parce que ces gros annonceurs offraient souvent des activités, des attractions qui rassemblaient un certain nombre de personnes qui parfois venaient juste pour se balader et gagner de petits cadeaux chez Orange ou MTN, faire un tour dans le stand des Brasseries boire la bière ou assister au concert que les Brasseries offraient.

Que perdent en retour les grandes marques à ne pas être présent à Promote ?

Ce serait prétentieux de dire ce que perdent les grandes marques. Elles sont mieux placées pour dire ce qu’elles perdent. La participation à un salon ou une foire comme Promote doit être inscrite dans la stratégie de l’entreprise. Et la stratégie de l’entreprise, ce sont les objectifs, les cibles, le positionnement, le message qu’on veut faire passer. Donc toutes ces entreprises citées sont des monstres, sont des multinationales qui ont des directions marketing très compétentes. Donc loin de moi la prétention d’analyser de l’extérieur. Ce que je peux dire, c’est que Promote est une opportunité de visibilité, de création de notoriété, mais moins une opportunité d’affaires quand même. Peut-être pour les participants étrangers qui rencontrent quelques Camerounais intéressés.

La Rédaction EcoMatin

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