Alors que Standard Chartered Bank se prépare à quitter définitivement le Cameroun, sa filiale se retrouve au milieu d’un scandale d’emplois illégaux. Il est reproché à la première banque britannique d’user d’emplois illégaux et précaires, liant près de 50% de son personnel camerounais, à une entreprise de placement plutôt qu’à la banque elle-même. Selon des informations parvenues à EcoMatin, près de la moitié des employés de Standard Chartered Bank Cameroon serait en situation de précarité d’emploi exerçant sans contrat direct avec la banque à des postes pourtant bancables, c’est-à-dire ceux qui mettent l'employé sous le lien de subordination direct de la banque – par exemple, la caisse ou le guichet dans une agence bancaire est un poste bancable, alors que la sécurité (vigile) ou le nettoyage ne l’est pas-. Ce qui constitue de l’avis d’experts, une fraude dans le domaine de l’emploi dans ce pays d’Afrique centrale.
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De bonnes sources, Ecomatin apprend que ces entraves sont propres aux multinationales particulièrement dans le secteur bancaire. Les banques étrangères emploieraient du personnel n’ayant aucun contrat de travail avec elles, mais avec des entreprises privées de placement pour un certain nombre de postes, une pratique contraire aux dispositions de la convention nationale des établissements financiers du Cameroun qui régit les rapports professionnels entre les employeurs et les travailleurs dans les établissements de crédits tels que définis dans le Code du travail au Cameroun. « Si l'on s'en tient aux dispositions de l’article 17 de la convention collective nationale des banques et autres établissements financiers du Cameroun : la banque doit obligatoirement signer le contrat de travail ou d'engagement à l'essai avec son employé quand il s’agit des emplois bancables », a expliqué un juriste, spécialiste du droit bancaire contacté par EcoMatin.
Relation de travail déguisée
Au Cameroun, Standard Chartered Bank a fait appel à plusieurs entreprises privées de placement pour recruter l’essentiel de son personnel, sauf que l’établissement bancaire a décidé de les contractualiser par ce même canal alors que l’article sus-évoqué stipule que « les travailleurs sont engagés individuellement conformément à la législation et à la réglementation en vigueur ». Parmi les entreprises supposément impliquées, une société a accepté d’échanger avec nous. Il s’agit d’Emploi Service S.A. L’entreprise n’a pas réfuté l’information autour du processus de recrutement et a confirmé être en contrat avec la banque britannique pour le placement de certains membres du personnel. Celle-ci, dont le siège est à Douala ferait partie d’un ensemble d’autres entreprises du même genre qui s’associent avec la direction des ressources humaines des sociétés multinationales afin de perpétuer la pratique de « relation de travail déguisée ». « Ces employés qu’on envoie et qui devraient être des employés de Standard Chartered Bank, occupant des postes bancables et non de sous-traitance sont sous contrat avec des entreprises de placement. Ce qui est illégal, une infraction au Code du travail camerounais et une violation des droits des travailleurs », a réagi Isaac Bissala, président du Syndicat National des Employés, Gradés et Cadres de Banques et Etablissements Financiers du Cameroun (Snefgcbef-Cam) contacté par le journal.
Toutefois, la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac) tente de réprimer au mieux cette pratique qui hypothèque la vie de bon nombre de travailleurs dans le secteur bancaire. Ayant intervenu dans des cas similaires impliquant le groupe nigérian UBA, la Cobac avait, à l’époque, imposé à la banque de faire une étude sur ses capacités financières à supporter une éventuelle intégration de ce personnel en situation d’emploi illégal. Une opération dont la conclusion a été favorable pour le personnel camerounais de UBA contrairement à celui d’EcoBank. En effet, EcoMatin a appris que la banque togolaise aurait congédié près de 200 employés, quand elle s’est lancée dans la digitalisation de ses services en 2020.
Des employés lésés
Notons que l’affaire Standard Chartered Bank Cameroon a été progressivement mise sous les feux des projecteurs en juillet dernier, quand un collectif d’employés de cette banque s’est rendu dans les locaux du Snefgcbef-Cam assurant n’avoir pas de visibilité sur son avenir professionnel après près de 20 ans de service. Ces derniers disent n’avoir aucune assurance de conserver leurs emplois ni d’être protégés sur le plan de la sécurité sociale après le départ de la banque britannique alors que l’établissement a déjà entamé les procédures pour régulariser la situation de ses employés contractualisés, en prévoyant des droits (primes et modalités de départ). Le président du Snefgcbef-Cam et co-signataire du protocole d’accord y référent renseigne que les droits à reverser aux employés légalement contracturés qui décideront de poursuivre ou d’arrêter toute activité avec le nouvel employeur se chiffre à plusieurs millions de Fcfa au grand dam de près d’une centaine d’employés en situation de précarité.
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De plus, les plaignants déplorent une situation d’irrégularité salariale, relevant une différence moyenne de 15% entre la rémunération qu’ils perçoivent et celle des autres membres du personnel employés à des postes bancables et détenteurs d’un contrat de travail avec Standard. Aussi, ils n’auraient bénéficié ni d’avancement, ni d’augmentation en deux décennies d’activité au sein de la banque, n’étant pas reconnus pas l’établissement bancaire. EcoMatin a tenté d’avoir le point de vue de la banque sur ces accusations en vain.
Pour rappel, en mai 2023, le personnel de Standard Chartered Bank Cameroon avait montrer les couleurs de cette situation avec une grève de deux jours (du 23 au 24 mai) pour des raisons qui reposaient globalement sur le mystère autour du repreneur, des baisses annoncées des salaires en cas de rachat, l'incertitude sur la préservation de leurs emplois et avantages sociaux etc. C'est en juillet 2023 que le groupe européen a annoncé avoir conclu le rachat de cinq de ses filiales en Afrique subsaharienne (Angola, de la Gambie, de la Sierra Leone, de la Tanzanie et du Cameroun) avec son homologue nigérian Access Bank. La finalisation des différentes opérations, dont le montant n’a pas été révélé alors que les actifs sont estimés à 191,3 milliards de Fcfa, reste assujettie aux approbations des régulateurs de chaque partie. Dans le cas précis du Cameroun, apprend-on, la transaction devrait aboutir avant la fin de l’année en cours.

