L’on croyait le deal aux oubliettes après la fin de non-recevoir opposée par le régulateur bancaire de l’Uemoa. Que nenni ! Dans un communiqué publié le 1er octobre dernier, Oragroup, annonce avoir signé un nouvel accord avec Vista Group du burkinabé Simon Tiemtoré, portant sur la cession de la participation majoritaire (50,01%) détenue par le fonds Emerging Capital Partners (ECP). La holding bancaire du réseau Orabank, présent dans douze pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, a préalablement dénoncé et annulé le précédent accord de cession signé avec Vista le 02 août 2023. Les entités fusionnées devaient représenter plus de 270 agences et totaliser un portefeuille d'actifs de plus de 10 milliards de dollars.
« Oragroup tient à souligner que cette annulation résulte d’ajustements rendus nécessaires entre autres par les contraintes de calendrier des différentes parties prenantes au processus », justifie le groupe bancaire qui a enregistré une perte de plus de 18 milliards de F CFA en 2023, après des bénéfices de 19 milliards l’année précédente. Mais officieusement, on sait que la transaction n’a pas été autorisée par le régulateur régional (la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine) qui a exigé des garanties supplémentaires tant de l’acquéreur que du cessionnaire au vue des difficultés financières de la banque.
Recapitalisation en vue
Le nouveau contrat de cession, dont les modalités n’ont évidemment pas été dévoilées, a-t-il été bien ficelé pour convaincre le régulateur ? Seul l’avenir nous dira. En attendant, Oragroup a convoqué ses actionnaires le 15 octobre prochain en assemblée générale extraordinaire avec comme principal point à l’ordre du jour, un projet d’augmentation de capital. Il est prévu que l’augmentation se fasse par émission d’actions nouvelles. Ceux-ci seront d’abord proposés aux actionnaires existants et si la totalité du montant n’est pas obtenue, le conseil d’administration se réserve le droit de proposer tout ou partie des actions non souscrites au public.
L’injection de capitaux supplémentaire est nécessaire pour assainir les finances d’Oragroup avant d’envisager une cession. "Il est peu probable qu'une vente soit approuvée par le régulateur avant que le groupe ne rétablisse ses ratios de capital", indiquait déjà Fitch l’agence Fitch dans une évaluation publiée le 25 septembre dernier. 8e groupe bancaire de l’Uemoa, Oragroup qui traverse une période d’incertitudes a terminé le premier semestre 2024 avec une perte nette de 13,86 milliards de Fcfa. Sa situation financière est telle que Fitch a abaissé sa note de crédit à CC, évoquant une crise ambiante de liquidités et une dégradation prolongée de ses fonds propres.
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L’agence déplore également la qualité du portefeuille de crédit de certaines filiales bancaires et leur forte exposition à des États considérés comme « hautement risqués » notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Autant de choses qui accentuent le risque d’un défaut de paiement. La situation est d’autant plus préoccupante que le groupe est attendu ce mois pour un remboursement sur ses emprunts. L’augmentation de capital apparaît donc comme l’une des dernières cartes d’Oragroup pour retrouver la viabilité et éventuellement tomber dans l’escarcelle de Vista Group.
Vista Group
Pour Simon Tiemtoré, patron de Vista, l’objectif reste le même bâtir un grand groupe bancaire qui trône sur le continent. Mais en a-t-il seulement les moyens. Selon Jeune Afrique, le financier Burkinabé, dans le cadre de la première opération, n'avait pas été en mesure de fournir dans les délais l'ensemble des documents relatifs à la transaction au rachat. Pourtant, ce dernier avait annoncé avoir mobilisé d'importants financements auprès d’institutions de premier plan telles que Afreximbank (253 millions d'euros) et la BOAD (25 milliards de Fcfa) pour boucler le deal.
Vista Group, qui s’est également lancé à l’assaut des filiales de Société Générale, a vu la filiale congolaise lui échapper de justesse, l’État ayant exercé son droit de préemption pour ensuite choisir BGFIBank, jugée plus solide. Vista s’est également approché pour la franchise camerounaise de Société générale, mais ne figure pas parmi les favoris. L’assainissement d’Oragroup et éventuellement son rachat par l’homme d’affaires burkinabé permettra à ce dernier d’imposer sa marque dans 12 pays africains.

