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Sécurité sociale : les réserves des syndicats sur le projet de la couverture santé universelle au Cameroun

Absence des textes réglementaires, rejet du niveau de contribution proposé pour les travailleurs, opacité dans la conduite du projet par l’organe de gestion, etc. les représentants des travailleurs fustigent le projet et jugent qu’ils ne sont pas suffisamment impliqués dans sa mise en œuvre.

Nouvelle salve de critiques sur le projet de couverture santé universelle (CSU) que le gouvernement veut mettre en place au Cameroun. Après les employeurs à travers le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), ce sont les représentants des travailleurs qui montent au créneau. Réunies le 27 avril 2021 à Yaoundé, dans le cadre de l’atelier de renforcement des capacités syndicales en vue d’influencer le projet de CSU, les représentants des travailleurs ont exprimé leurs inquiétudes au sujet de ce projet. “Pour le moment nous ne connaissons ni les tenants ni les aboutissants de la CSU. C’est le flou total. Nous n’avons reçu aucune documentation appropriée. Aucun projet de texte”, explique le président de l’Union générale des travailleurs du Cameroun, Isaac Bissala. 

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Le leader syndical énumère une série de textes réglementaires qui doivent être promulgués en prélude à l’implémentation de la CSU mais qui sont toujours attendus. Concrètement, les syndicats se demandent où est-ce que le gouvernement en est avec Loi sur la Couverture Santé Universelle, Le dossier d’investissement pour la mise à niveau des infrastructures et du plateau technique des Centres de Santé Intégrés (CSI), Centres Médicaux d’Arrondissement (CMA), Hôpitaux de District (HD), le ciblage de personnes pauvres extrêmes et indigentes ou encore le plan de communication. 

De même, les représentants des travailleurs s’interrogent sur le niveau d’exécution du cahier des charges de la société Santé universelle Cameroun SA (Sucam), l’organe de gestion de la CSU. Sucam a la responsabilité de l’immatriculation des assujettis, l’élaboration de Conventions-Cadres avec les acteurs partenaires (ordres professionnels, société civile, Collectivités territoriales décentralisées, etc.), la signature des contrats d’accréditation avec les prestataires de soins et de services, la mise en place d’un Système de Gestion et d’Information, etc.

Navigation à vue

Autre pomme de discorde, c’est la contribution des assujettis. “On nous parle d’un prélèvement de 2,5% du salaire”, indique la présidente de la Confédération camerounaise du travail (CCT), Antoinette Ekoan. Une proposition contre laquelle les syndicats sont vent debout. “J’aime autant vous dire qu’il n’est absolument pas question que les travailleurs voient encore leur maigre salaire ponctionné à nouveau. nous avons fait une simulation et nous avons vu que le salarié camerounais supporte déjà trop de prélèvements”, tranche, net, la syndicaliste.  

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D’une manière générale, la position des représentants des travailleurs est proche de celle des employeurs. Dans le cadre du plaidoyer pour la couverture santé universelle auprès des décideurs stratégiques, le ministre de la Santé publique (Minsanté), Malachie Manaouda, a rencontré le secteur privé le 26 février dernier à Douala. Il semble que la “plaidoirie” du Minsanté n’a pas vraiment convaincu les chefs d’entreprises. Le Gicam juge le coût de la CSU élevé, évalué à 1300 milliards FCFA, pour une population d’environ 25 millions d’habitants.

Le projet aurait été mis en route en 2020 sans études économique et financière préalables, mais sur la seule base de l’étude financière réalisée par la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), l’organisme public en charge de la sécurité sociale, explique un membre du groupe technique national. Bien plus, « Il persiste un flou sur le partenariat signé avec cette structure inconnue et ne revendiquant pas d’expérience en la matière », tacle un membre du Gicam. En effet, un partenariat public-privé a été signé le 27 août 2020 entre le gouvernement et la société Santé universelle Cameroun SA (Sucam), accompagnée de trois partenaires camerounais et coréens : High Tech Telesoft Cameroun SA, GK Engineering et Developpment et de New Tech Management Cameroon. Au moment de la signature de ce partenariat, aucune information n’était disponible  sur ces entités.

Lire aussi : Couverture santé universelle : les femmes enceintes et les enfants d’abord

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