En Afrique, l’on assiste depuis quelques années déjà à une vague de départs ou reconfiguration de la présence de multinationales françaises dans le secteur bancaire (BNP Paribas, BPCE and Crédit Agricole). L’exemple le plus récent est celui de Société Générale. L’établissement de crédit que dirige Slawomir Krupa s’est séparé de ses filiales du Tchad, du Maroc, du Congo et de la Mauritanie ces derniers mois. L’établissement bancaire qui a justifié sa démarche par « un repositionnement stratégique », ne compte pas s’arrêter là. Ce dans la mesure où la banque vient d’annoncer qu’elle quittera aussi dans les jours avenirs la Tunisie, le Cameroun et le Ghana. Pour se faire, elle a chargé la banque d’affaires Lazard pour trouver des repreneurs. Il faut noter que les trois filiales qui devront être reprises ont représenté 21,5% de son chiffre d’affaires en Afrique en 2023.
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Alors, depuis les différentes cessions engagées par le groupe Société Générale sur le continent, l’un des constats apparents qui se dégage est le repositionnement des acteurs locaux. On a par exemple BGFI Holding qui a repris la filiale de la banque au Congo et Coris Bank international qui a acquis les filiales du Tchad et de la Mauritanie. Cette nouvelle dynamique pourrait augurer d’une nouvelle reconfiguration de la carte bancaire du continent. Cet avis est d’ailleurs partagé par l’agence de notation financière américaine Fitch ratings. Dans sa note d’analyse intitulée « French Banks’ Exit from Africa to Spur Local Banks’ Growth, Competition » rendue publique le 26 avril dernier, l’agence fait savoir que « la sortie des banques françaises d’Afrique donne aux groupes bancaires panafricains émergents un espace important pour se développer, soit de manière organique, soit par le biais de fusions et d’acquisitions ». Ce qui devrait « stimuler la concurrence et profiter aux secteurs bancaires locaux malgré quelques difficultés à court terme », poursuit la note.
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Cette croissance de l’activité bancaire sur le continent découlerait du fait que « les filiales africaines sous contrôle français sont souvent incapables de cibler certains segments de l’économie en raison de l’appétit pour le risque conservateur de leur banque mère, et elles suivent des politiques de classification et de provisionnement des prêts plus strictes que les banques locales. Cela peut freiner la croissance et la rentabilité. Une gestion plus stricte du capital, avec des réserves plus élevées que les exigences réglementaires minimales locales, a également limité les prêts des filiales ».
Avantage pour Société Générale ?
Selon Fitch ratings, le désengagement de Société Générale sur le continent peut cependant constituer une opportunité pour le 3e groupe bancaire en Europe. L’agence qualifie d’ailleurs son désengagement de « positif ». Son départ donnerait alors l’occasion au groupe français de renforcer sa présence sur de nombreux segments : « Ils (les établissements bancaires français opérant en Afrique, Ndlr) se recentrent sur les marchés bancaires de détail plus matures en Europe et sur des activités telles que l'assurance, le crédit-bail et la banque de financement et d'investissement, où ils peuvent réaliser des synergies plus importantes », explique Fitch. L’agence poursuit : « une présence réduite en Afrique correspond également mieux à leur appétit pour le risque conservateur et à leurs efforts pour optimiser les actifs pondérés en fonction des risques sous la supervision bancaire européenne, qui est plus stricte que la supervision locale de leurs pairs africains. Les incertitudes économiques croissantes et les tensions géopolitiques accrues dans certains pays africains influencent également leur réévaluation stratégique ».
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Rappelons tout de même que Société Générale en 2023, a enregistré un bénéfice net de 2,5 milliards d’euros (près de 1 639,7 milliards de Fcfa), soit une augmentation significative de 37% par rapport à l’année précédente. Cependant le groupe a fortement été pénalisé par la hausse des taux en 2023, notamment les activités de banque de détail en France. Conséquence : le PNB des activités françaises de banque de détail, banque privée et assurance a chuté à 8 milliards d’euros (une baisse de 13%), pour un résultat net en recul de 57% à 610 millions d’euros.
En zone Cemac, la banque est présente au Cameroun, en Guinée Equatoriale. Elle a réalisé un produit net bancaire (PNB) de 150 millions d’euros, soit 98,4 milliards de francs CFA en 2023, en hausse d’1,5 milliard de Fcfa par rapport aux 96,9 milliards de Fcfa de l’année 2022. L’encours moyen de dépôts, qui inclut tous les dépôts des entreprises et professionnels, a enregistré sur le même exercice une hausse de 42,4 milliards de Fcfa en glissement annuel.

