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Charles Menye
Charles MenyeCharles MenyePrésident du Comité Citoyen de Vigilance Financière – CEMAC (CVFC)

Sommet de Brazzaville : la CEMAC, famille dysfonctionnelle au bord du choc monétaire

Publiée dimanche 18 janvier 2026 à 12:17:40Modifiée mardi 20 janvier 2026 à 08:56:32Temps de lecture 9 minPar EcoMatin

La CEMAC ressemble de plus en plus à une famille enfermée dans le déni, réunie en urgence parce que le compte commun se vide dangereusement.

Tous partagent la même monnaie, mais aucun n’assume vraiment le coût collectif de ses choix individuels.

Et au centre de la table, deux figures censées incarner l’autorité — la Banque centrale (BEAC) et le régulateur bancaire (COBAC) — qui, au lieu de corriger les dérives, ont longtemps aidé à les rendre supportables… donc durables.

Si le sommet de Brazzaville est convoqué, c’est parce que le risque monétaire est redevenu systémique : réserves sous pression, critères de convergence ignorés, dépendance extérieure persistante, et politique monétaire arrivée aux limites de son efficacité.

Le Cameroun – le grand frère indispensable… mais structurellement à découvert

C’est le pilier de la famille.

Économie la plus diversifiée, premier marché, principal moteur des échanges intra-zone, contributeur implicite majeur aux réserves de change.

Mais c’est aussi le grand frère qui vit à crédit.

Budgets de plus en plus volumineux, déficits chroniques, dette en hausse continue, et surtout une économie qui consomme plus de devises qu’elle n’en génère durablement.

La dépendance aux importations (énergie, biens intermédiaires, équipements) transforme chaque relance budgétaire en pression directe sur les réserves communes.

Indispensable à la stabilité… mais aussi l’un des principaux vecteurs de fragilisation du compte collectif.

La Guinée équatoriale – le cadet flamboyant qui n’a pas préparé la chute

Pendant longtemps, c’était l’enfant prodige :

pétrole abondant, recettes rapides, État riche sans effort productif.

Mais la rente décline.

Et au lieu de transformer cette richesse en base productive, le pays a surtout institutionnalisé un train de vie élevé, adossé à des exportations en baisse.

Résultat : contribution décroissante aux réserves, budgets toujours calibrés comme si le pétrole était éternel, et aucune véritable stratégie d’après-rente.

Un cadet qui refuse d’adapter son mode de vie… alors que la famille entière en paie le prix.

Le Gabon – l’aîné fatigué qui paie aujourd’hui les années faciles

Longtemps perçu comme le plus stable, porté par le pétrole, le manganèse et le bois, le Gabon découvre aujourd’hui le coût réel des années de gouvernance molle et de diversification inachevée.

La transition politique rend les arbitrages plus visibles, plus douloureux.

Or, ajuster au moment même où la politique monétaire se durcit et où les réserves sont sous tension, c’est payer deux fois la facture du passé :

- moins de marges budgétaires,

- plus de contraintes financières,

- et une pression sociale croissante.

Le Tchad – le frère résilient condamné à gérer l’urgence permanente

C’est celui qui encaisse sans bruit.

Insécurité régionale, chocs climatiques, pression militaire, besoins sociaux massifs.

La résilience a un coût : endettement de survie, arbitrages budgétaires permanents, investissements productifs repoussés.

Et quand la Banque centrale relève ses taux, chaque franc emprunté devient plus cher, chaque projet non urgent est différé, chaque espoir de transformation productive s’éloigne.

Le Tchad ne fragilise pas volontairement la famille ;

il est simplement piégé dans un régime d’urgence incompatible avec une union monétaire rigide.

Le Congo – le cousin instable qui promet toujours de changer

Riche en pétrole, régulièrement soutenu par les bailleurs, le Congo est le cousin qui annonce sans cesse des réformes, signe des accords, promet la transparence… puis replonge.

Cycles d’endettement, restructurations, nouveaux engagements, et retour aux mêmes pratiques.

Pour la famille, il incarne le risque moral parfait :

la certitude que le cadre monétaire commun absorbera les chocs, au moins temporairement.

Tant que la monnaie tient, le comportement ne change pas.

La Centrafrique – la benjamine sous perfusion

La petite dernière vit presque en dehors de la maison.

Insécurité chronique, administration affaiblie, économie informelle dominante.

Elle pèse peu dans les décisions, mais reste soumise aux mêmes règles monétaires qu’économies incomparablement plus structurées.

Elle ne menace pas les réserves par excès de consommation…

mais révèle l’absurdité d’une union monétaire uniforme sur des réalités économiques radicalement divergentes.

Une BEAC qui fait du business et protège les erreurs des États

Officiellement, la BEAC est le gardien de la stabilité.

Hausse des taux, contrôle de la liquidité, défense du franc CFA, obsession des réserves.

Mais dans les faits, la BEAC s’est progressivement comportée comme une grande banque commerciale régionale :

- gestion prudente de son propre bilan,

- rémunération de la liquidité bancaire,

- profits renforcés par la hausse des taux,

Le tout en socialisant les conséquences des politiques budgétaires défaillantes.

Au lieu d’imposer une discipline symétrique  (monétaire et budgétaire)  elle a souvent joué le rôle d’assureur silencieux des mauvais choix politiques :

resserrer quand les réserves baissent,

mais sans conditionner réellement la stabilité monétaire à la qualité de la dépense publique, à la structure de la dette ou à la transformation productive.

La monnaie est protégée.

Le modèle économique, lui, est figé.

La COBAC – le régulateur aveugle pour les grands, bruyant pour les petits

La COBAC devait être le médecin de famille du système bancaire :

diagnostiquer les fragilités, prévenir les dérives, protéger l’économie réelle et les déposants.

Dans les faits, elle s’est progressivement transformée en technicien des bilans, obsédé par la conformité formelle et les ratios prudentiels, sélectivement aveugle face aux risques systémiques portés par les grands acteurs, mais particulièrement audible et inflexible lorsqu’il s’agit des plus petits.

Aveugle en haut, intraitable en bas

Lorsqu’il s’agit de groupes bancaires dominants, puissants, interconnectés, parfois au cœur même des équilibres politiques et financiers régionaux, la COBAC se montre prudente, silencieuse, procédurale.

Les signaux de gouvernance contestable, de concentration excessive du pouvoir, de conflits d’intérêts ou de risques réputationnels majeurs sont traités avec une discrétion extrême, au nom de la stabilité du système.

Mais dès qu’il s’agit des petites banques, des IMF, des acteurs de proximité qui financent les PME, les commerçants, les agriculteurs et l’économie informelle structurante, le ton change radicalement.

Là, le régulateur devient audible, rapide et coercitif.

Une famille au bord du choc monétaire

Si les chefs d’État sont convoqués à Brazzaville, ce n’est pas pour célébrer l’intégration régionale.

C’est parce que :

- les réserves de change ont été larhement entamées,

- les critères de convergence ont été traités comme décoratifs,

- et la politique monétaire a atteint son plafond d’efficacité.

Dans une famille dysfonctionnelle, chacun parie sur le fait que quelqu’un d’autre paiera la facture :

- la Banque centrale,

- les autres États,

- ou les bailleurs.

Jusqu’au jour où la monnaie cesse d’être un bouclier… et où la stagnation devient un mirage coûteux.

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