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Sotcogog, Sner, Encobat… : la saga des entreprises tchadiennes dans le BTP au Cameroun

Depuis bientôt 10 ans, ces sociétés s’affirment comme les principaux challengers africains des locaux sur les contrats d’entretien, d’aménagement et de construction des routes et des ouvrages. Avec des fortunes diverses, cependant.

Au début du mois de février 2024, le ministre des Travaux publics du Cameroun, Emmanuel Nganou Djoumessi, a annoncé l’attribution à la société tchadienne Sotcogog, d’un contrat de 14,6 milliards de FCfa pour la réhabilitation de 22 Km de route entre Mora et Tchakamari, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Les travaux à exécuter en 15 mois couvrent une section de la route Mora-Dabanga-Kousseri, longue de 205 Km et ouvrant sur Ndjamena, la capitale tchadienne. Financé par la Banque mondiale, le nouveau contrat décroché par Sotcogog renforce le positionnement de cette entreprise tchadienne sur le marché du BTP au Cameroun, sur lequel elle a débarqué vers la fin des années 2010.

En effet, c’est au cours de l’année 2016 que la société tchadienne de BTP Sotocogog fera parler d’elle. Cette année-là, elle s’adjuge, en groupement avec sa compatriote Geyser SA, un contrat d’un montant de 62,1 milliards de FCFA, en partage avec un autre groupement tchadien formé cette fois-ci par les sociétés SRGM et Etra.  Les travaux à réaliser consistaient en la réhabilitation des périmètres irrigués et des digues de Maga & Logone et du Mayo Vrick, dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Ces travaux exécutés dans le cadre d’un programme financé par la Banque mondiale (Pulci) avaient pour but de protéger des inondations plus de 10 000 hectares de rizières, dans lesquels s’activent environ 78 000 riziculteurs camerounais encadrés par la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (Semry).

Quelques mois plus tard, Sotcogog reviendra à la charge, en décrochant cette fois-ci trois contrats en groupement avec sa compatriote Encobat. D’un montant total de 35,3 milliards de FCfa, dont 27 milliards de FCfa pour Sotcogog, ce dernier marché visait à réaliser les travaux d’aménagement des périmètres hydro-agricoles dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. En août et décembre 2022 respectivement, Sotocogog sera une fois de plus sollicité par le gouvernement camerounais pour des travaux d’urgence sur une section très dégradée de la route Mora-Kousseri, puis sur un contrat de réhabilitation de 77 km de routes en terre dans l’Extrême-Nord du Cameroun, pour un montant de 6,6 milliards de FCfa financé par la Banque mondiale.

lire aussi : Mora-Dabanga-Kousseri : l’entreprise tchadienne Sotcocog décroche un marché de 14 milliards de Fcfa  au Cameroun 

Soupçons de favoritisme

Dans cette véritable déferlante des entreprises tchadiennes dans le BTP au Cameroun, Sotcogog est talonné par la Société nouvelle d’études et des réalisations (Sner). Née du désengagement de l’Etat tchadien de la Société nationale d’entretien routier, la Sner débarque sur le marché camerounais en 2015. C’était grâce à un contrat de 19,4 milliards de FCfa pour la construction de la route Maroua-Bogo, dans l’Extrême-Nord du Cameroun. « Pour inscrire cet ouvrage dans la pérennité, il a fallu gérer l’eau. Je voudrais à cet égard féliciter l’entreprise Sner et la mission de contrôle Cadek, qui ont su anticiper sur les dégradations précoces de cette belle infrastructure, si la question des inondations n’avait pas été convenablement adressée », se félicitera le ministre des Travaux publics du Cameroun pour la qualité des travaux, lors de l’inauguration de ce tronçon routier.

A travers sa filiale Africa Corporation (Afcorp), la Sner a également décroché, en 2019, pour des travaux en cours, le contrat de construction de l’agence de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) d’Ebolowa, dans la région du Sud du Cameroun. Ceci, en dépit des accusations de favoritisme émanant d’une entreprise camerounaise concurrente sur le contrat. Celle-ci, par diverses correspondances, a ouvertement accusé le gouverneur de la Beac de l’époque, le Tchadien Abbas Mahamat Tolli, d’avoir privilégié une entreprise de son pays. Des accusations rejetées en bloc par l’ancien gouverneur de la banque centrale des six pays de la Cemac.

Last but not least sur la liste des sociétés tchadiennes réussissant à tenir la dragée haute aux locaux sur les chantiers du BTP au Cameroun, se trouve l’entreprise Encobat. Moins performante que les deux premières citées, cette entreprise a vu son contrat résilié en novembre 2023 par le gouvernement camerounais, à cause d’importants retards accusés dans les travaux de construction de la route Douala-Bonepoupa, dans la région du Littoral. Selon le ministre des Travaux public, qui a été amené à prendre cette décision, les travaux démarrés en février 2017 n’affichaient qu’un taux de réalisation de 39,5% six ans plus tard, alors que Encobat avait déjà encaissé près de 11 milliards de FCfa sur le marché de 26,5 milliards de FCfa attribué à cette société tchadienne en 2016. Cette contreperformance ne met cependant pas sous l’éteignoir les travaux d’aménagement des périmètres irrigués dans l’Extrême-Nord du Cameroun dans le cadre du Projet de lutte contre les inondations (Pulci), et sur bien d’autres chantiers du BTP au Cameroun.

lire aussi : Extrême-nord : le gouvernement lance les travaux de construction de la route Bogo-pouss

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