Standard & Poor’s a maintenu les notes B- et B du Cameroun pour ses émissions de long terme et de court terme en monnaie locale et en devises étrangères, avec des perspectives stables. Dans un communiqué publié le 21 mars dernier, l’agence britannique de notation explique que cette décision traduit son opinion selon laquelle l’économie camerounaise fait preuve de « résilience » mais reste fragilisée par des défis notamment en matière de gestion des finances publiques.
Parmi les facteurs plaidant en faveur du Cameroun, S&P souligne la robustesse de la croissance du PIB qui devrait s’établir à environ 4,4 % sur la période 2025-2028, contre une moyenne annuelle de 3,6 % enregistrée sur la période 2021-2024. Malgré un repli de l’activité pétrolière, la croissance devrait être tirée vers le haut par un dynamisme du secteur gazier, l’agroalimentaire, l'industrie manufacturière, la construction et les services. Cependant, le PIB par habitant-estimé à 1 940 dollars- reste faible, accentuant les vulnérabilités intérieures. L’économie reste également « vulnérable aux chocs négatifs des termes de l’échange sur les prix des matières premières, notamment le pétrole, qui représente encore plus d’un tiers des exportations de marchandises ».
L’agence projette par ailleurs un repli de l’endettement public -à 31,5 % du PIB en 2028 venant de 45,6 % à fin 2024-, mais signale que de nombreux efforts restent à fournir notamment en matière de remboursements. Yaoundé a enregistré plusieurs retards de paiement sur sa dette commerciale extérieure en 2023 ce qui a fragilisé son profil de crédit. « Nous comprenons que le gouvernement entend poursuivre le renforcement de cette gestion afin d'éviter les retards de paiement. Un plafond de 15 millions de francs CFA par trimestre a été instauré pour les avances du Trésor, grâce à des procédures budgétaires exceptionnelles et à l'intervention directe de la Société nationale des hydrocarbures ». Toujours en matière de gestion budgétaire, S&P prévoit une amélioration du déficit public et des recettes intérieures grâce notamment aux mesures d’élargissement de l’assiette fiscale et de réduction des dépenses de subvention.
Incertitude politique
L’agence britannique ne passe pas sans rappeler que la succession du Président Paul Biya à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, constitue un risque politique majeur. « Le cadre institutionnel du pays est fortement centralisé ; dans le contexte politique actuel, la passation de pouvoir n'a pas encore été testée.(…) ». De fait, ce risque découle de l’absence d’expérience dans la dévolution du pouvoir, de la faiblesse des institutions et du peu de confiance des Camerounais dans le processus électoral. À cela, vient s'ajouter la menace liée à Boko Haram dans le dans le Nord du pays et les troubles sociopolitiques dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. « La situation reste fragile et les dépenses de sécurité augmentent, ce qui évince les investissements productifs ; et le risque d'attaques reste élevé ».
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