Malgré une interdiction formelle de la justice, une assemblée générale mixte de la Société civile immobilière FOV (SCI FOV), holding immobilière fondée par le défunt homme d’affaires et ancien maire de Bandjoun Victor Fotso, s’est tenue le 24 février dernier à Douala, selon plusieurs sources proches du dossier. Pourtant, quatre jours plus tôt, le tribunal de première instance de Douala-Bonanjo avait ordonné la suspension de cette réunion. Dans son ordonnance rendue le 20 février 2026, la juridiction estimait que « le mode de convocation de cette assemblée est contraire tant à l’Acte uniforme OHADA qu’aux statuts de la société ».
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Convocation fantôme
L’ordre du jour de cette assemblée générale prévoyait notamment le remplacement du co-gérant principal, le quitus de la gérance pour l’exécution de son mandat, la constatation officielle du décès de Victor Fotso, ainsi que des modifications statutaires et un changement de direction. Selon l’ordonnance, ces questions avaient déjà été tranchées lors des assemblées générales des 5 avril 2024 et 25 avril 2025. Celles-ci avaient notamment acté la révocation de Toukam Fotso Laura, Fotso Laeticia et Fotso Michelle de leurs fonctions de gérantes de la SCI FOV. Cinq nouveaux cogérants avaient alors été désignés : Fotso Nicolas, Fotso Myriam, Fenkam Fotso Mathieu, Fotso Bertrand et Fotso Linda.
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À ce stade, ni les résolutions éventuellement adoptées lors de la réunion du 24 février ni l’identité de son initiateur n’ont été officiellement confirmées. Contacté par EcoMatin, Fenkam Fotso Mathieu accuse les anciennes gérantes de la société, par ailleurs ses sœurs, d’être à l’origine de la convocation. Sollicitées, ces dernières n’avaient pas répondu à nos questions au moment de la mise sous publication. Les gérants actuels, qui avaient saisi la justice en urgence pour faire interdire cette réunion prévue à 10h30 à l’hôtel Krystal Palace de Douala, ont également déposé une plainte pour usurpation de fonction auprès du parquet de Douala-Bonanjo.
Une succession parmi les plus complexes
Cette nouvelle controverse ravive les tensions au sein de la famille du défunt milliardaire autour du contrôle de la SCI FOV, dont les actifs immobiliers sont estimés à près de 10 milliards de FCFA. Victor Fotso, décédé le 19 mars 2020 à l’Hôpital américain de Paris à l’âge de 94 ans, laisse derrière lui une succession parmi les plus complexes. Le patriarche aurait en effet laissé 146 héritiers dont 25 épouses et 121 enfants. La SCI FOV constitue l’un des principaux véhicules patrimoniaux de cet empire immobilier. Dotée d’un capital de 1,33 milliard de FCFA, la société compte 25 actionnaires, dont la succession Fotso détient environ 97 %. Depuis la disparition du patriarche, les rivalités familiales autour du contrôle des actifs se sont régulièrement transportées devant les tribunaux camerounais et étrangers.
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En 2021, l’ancien dirigeant du groupe, Yves-Michel Fotso, avait notamment mandaté une large partie des ayants droit pour réclamer l’inscription d’hypothèques judiciaires sur certains biens immobiliers du défunt. Les contestations visaient notamment l’acquisition de plusieurs immeubles emblématiques à Yaoundé et Douala, dont l’immeuble Abbia dans le centre-ville de la capitale, les bâtiments du cinéma Wouri ou encore l’ancien immeuble Monoprix dans le quartier Akwa. Dans le même temps, une autre procédure engagée en France cherchait à retracer le produit de la vente, en 2019, d’un immeuble situé Porte de la Chapelle à Paris, cédé pour près de 30 millions d’euros (environ 19,5 milliards de FCFA) par la SCI FOV Paris. Ces épisodes ont progressivement cristallisé plusieurs camps au sein de la famille.
Gouvernance contestée
Les gérants actuellement en fonction accusent l’ancienne équipe dirigeante de ne pas avoir convoqué d’assemblée générale pendant près de trois ans après le décès du fondateur, en dépit de l’obligation légale annuelle. Ils évoquent également plusieurs opérations financières jugées préoccupantes : « des prêts bancaires dépassant 3 milliards de FCFA contractés au nom de la société, des projets de cession de terrains ainsi que l’absence d’entretien de certains immeubles », explique l’un d’eux. Face à cette situation, certains associés avaient saisi la justice afin d’obtenir la désignation d’un mandataire chargé de convoquer une assemblée générale. Celle tenue le 5 avril 2024 avait finalement acté la révocation de l’ancienne gérance et la nomination de cinq nouveaux cogérants. Les anciennes dirigeantes avaient contesté ces décisions devant le tribunal de grande instance du Nkoung-Khi avant de se désister de leur recours en août 2025.
Administration séquestre
Le 27 février 2026, les gérants de la société ont publié un avis au public destiné notamment aux banques, notaires, agences immobilières et auxiliaires de justice. Le document précise que toute transaction portant sur les actifs de la SCI FOV ou de la succession Fotso Victor, réalisée sans autorisation écrite conjointe des cogérants et de l’administrateur séquestre, pourra faire l’objet d’une contestation judiciaire.
Depuis octobre 2024, les biens de la SCI FOV sont en effet placés sous administration séquestre par le tribunal de première instance de Bandjoun. Un conseil de famille réunissant 110 des 122 ayants droit a récemment proposé la mise en place d’une gestion collégiale confiée à une douzaine d’enfants du défunt. Le tribunal doit encore se prononcer sur cette organisation afin de permettre à la société de sortir du régime de séquestre et stabiliser la gouvernance de ce patrimoine immobilier stratégique.

