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Succession Fotso Victor : Laure Njitap Fotso dessaisie de l’administration des biens de son père

Laure Njitap Toukam Fotso, fille du milliardaire Fotso Victor, est écartée de la gestion des biens de son défunt père. A la demande de Yves Michel Fotso qui conteste le testament du patriarche, le tribunal de première instance de Bandjoun a décidé, le 8 août 2021, de désigner une administration séquestre. Décision confirmée le 8 septembre par la Cour d’appel de l’Ouest. L’appel introduit le 23 août dernier par l’épouse de l’ancien Lion Indomptable Jérémie Njitap est donc rejeté. Depuis le décès du « milliardaire Bandjoun », le 19 mars 2020 en France, ses héritiers et usufruitiers ont formé trois « camps » qui se livrent une bataille féroce pour le contrôle du patrimoine familial. L’affaire de la succession Fotso Victor est devenue un feuilleton judiciaire à rebondissements.

L’administration séquestre est désormais en vigueur dans la succession de feu Victor Fotso. La Cour d’appel de l’Ouest à Bafoussam a décidé le mercredi 08 septembre 2021 de désigner un Administrateur séquestre à la demande de Yves Michel Fotso, qui conteste le testament de ce « milliard Bandjoun », qui attribue à Laure Njitag Toukam Fotso, la responsabilité d’administrateur principal des biens de la succession de ce patriarche. Cette décision de justice a été prise en dernier ressort à l’issue de l’audience de la Cour d’appel de l’Ouest à Bafoussam. Elle siégeait ainsi à la demande de cette dernière qui a décidé d’interjeter appel le 23 août 2021 par requête afin de s’opposer à la désignation d’un administrateur séquestre, par l’ordonnance N°10/CIV/RDEF du 10 août 2021, dans l’affaire qui oppose Yves Michel Fotso et autres contre Dame Laure Njitap désignée par le testament comme administratrice principale de la succession de Fotso Victor. La requête intervenait ainsi après que le tribunal de Première instance de Bandjoun, dans le département du Koung-Khi, région de l’Ouest, ait désigné le 08 août dernier, en référé, un administrateur séquestre à la demande de Yves Michel Fotso, qui dit représenter une partie des enfants et les veuves du défunt.

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La Cour d’appel de l’Ouest à Bafoussam a décidé de désigner un administrateur séquestre à la suite d’une demande de l’un des camps en conflit, depuis le décès de Victor Fotso, le 19 mars 2020, conduit par l’ex-directeur général de la Camair. A cet effet, le Greffier en chef de la Cour d’Appel de l’Ouest a donc été désigné pour accomplir cette mission. L’administrateur séquestre jouera le même rôle que les administrateurs désignés par le défunt dans un testament dûment reçu par Me Gueguang, notaire à Bafoussam, le chef-lieu de la région de l’Ouest. Cette désignation d’un administrateur séquestre est cependant limitée aux seuls biens laissés par le défunt. Elle ne concerne pas les entreprises du groupe Fotso qui sont des Sociétés anonymes avec conseils d’administration et dans lesquelles Laure Fotso est la présidente directrice générale.

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Le juge a également désigné trois experts consentis pour la reconstitution de la masse des biens meubles et immeubles, corporels et incorporels de la succession Fotso Victor, consigné dans un rapport dans un délai de six mois. Cette mission sera placée sur la supervision de l’administrateur séquestre. L’entretien des enfants et des veuves du « milliard Bandjoun » devant être réglé sur la supervision du juge commissaire.

Audience à rebondissement

Selon les réquisitions de la défense du « camp » conduit par Laure Njitap Toukam Fotso, le juge des référés n’était pas compétent pour désigner un administrateur séquestre dans une succession où il existe un testament authentique. Un testament non contesté ni annulé par les autorités compétences. Ce camp s’est appuyé sur la définition du testament authentique pour étayer ses déclarations. Il a ainsi présenté le testament authentique comme un acte dressé par un notaire en présence soit d’un autre notaire, soit de deux témoins dans lequel, il recueille les dernières volontés du testataire. Pour les avocats de Laure Fotso, le testament contesté par le camp Yves Michel Fotso est authentique parce qu’il a dûment été rédigé dans le respect de toutes les formalités exigées par la loi. Ils ont par ailleurs précisé que ce testament confère à cette dernière les pleins droits d’administrer l’ensemble des biens de la succession Fotso.

Des déclarations rejetées par le camp conduit par Yves Michel Fotso. Selon sa défense, après des investigations, le testament présenté s’est avéré « falsifié » par le « camp » de Laure Fotso qui « s’est accaparé de tous les biens ». À l’équipe désormais dessaisis de l’administration des biens de la succession Fotso, il est également reproché, l’exfiltration des biens de leur père vers une fondation Lambda en Europe. A ce propos, l’un des avocats de Laure Njitap, évoque plutôt un fonds de dotation mis en place par Victor Fotso de son vivant.

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L’homme de droit justifie que ce fonds est une modalité classique d’affectation de ses biens par tout individu. Par ailleurs, précise-t-il, ce fonds de dotation en droit français est une sorte de fondation qui finance les œuvres caritatives et peut aider les entreprises en difficulté.

La défense de Yves Michel Fotso a émis des réserves sur les conditions réelles du décès de Victor Fotso et sur l’organisation contestée par une fraction de sa famille de ses obsèques. Pour cette fraction, cette décision du juge vient ainsi permettre de mettre en sécurité l’ensemble des biens de l’ancien maire de Pète-Bandjoun, en attendant des éclairages sur le testament du défunt et surtout afin de stopper la gabegie observée depuis le décès de de l’homme d’affaires camerounais. Cette ordonnance est la conséquence d’une bataille de succession entre les 146 héritiers et usufruitiers (121 enfants et 25 épouses) du « milliard Bandjoun ». Cette décision de justice est d’ailleurs le résultat des dossiers pendant dans les tribunaux camerounais dans le cadre des batailles de succession pour le contrôle de la fortune de cet industriel décédé le 19 mars 2020 à Paris.

Batailles rangées entre trois camps dans la famille Fotso Victor

Les 25 épouses et 121 enfants de Fotso Victor se regardent désormais en chien de faïence. Les batailles successorales se sont déportées devant les tribunaux camerounais et français. Les 146 héritiers s’affrontent autour de cette succession après son décès à l’âge de 94 ans, le 19 mars 2020 à l’hôpital américain de Paris. La famille semble aujourd’hui divisée en trois « camps ». Celui conduit par Yves Michel Fotso est à l’offensive. L’homme, qui purge actuellement une condamnation à vie et qui n’a pas pu participer aux obsèques de son défunt père, a, selon son collège d’avocats, obtenu mandat d’une centaine d’ayants-droits afin de saisir les tribunaux de Yaoundé et Douala. Cette action vise à hypothéquer les biens du défunt acquis par l’ancien footballeur international Jérémie Sorel Njitap, par l’entremise de son épouse Laure Njitap Fotso Toukam. Cette dernière devenue administratrice du groupe depuis 2011 à la suite de l’emprisonnement de son frère ainé Yves Michel Fotso et surtout administratrice de la masse des biens de la succession de la famille Fotso Victor après le décès de l’ancien maire de Pète-Bandjoun, chef-lieu du département du Koung-Khi, région de l’Ouest.

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L’action menée par Yves Michel Fotso devant les tribunaux de Yaoundé et de Douala vise à faire la lumière sur plusieurs propriétés immobilières de ce patriarche acquis dans ces villes du Cameroun par le footballeur. Il s’agit notamment de l’immeuble Abbia et du bâtiment adjacent dans la ville de Yaoundé, acquis en 2012. Des immeubles abritant le cinéma le Wouri et de l’« ancien Monoprix » à Douala, acquis en 2013 par le footballeur. Yves Michel Fotso, a également saisi la justice française sur l’affaire de 30 millions d’euros, issus de la vente d’un immeuble situé à Porte de la Chapelle à Paris en 2019. Cet immeuble ayant appartenu à la Sci Fov, majoritairement détenu par le défunt Fotso Victor.

Yves Michel Fotso et son équipe arguent que les opérations de vente de cet immeuble se sont faites au moment où le défunt était « sous soins intensifs dans la période du 29 février au 23 mars 2019 en France ». Par conséquent, ils émettent des réserves sur ses capacités à conduire cette opération de vente en toute âme et conscience. Yves Michel Fotso et ses soutiens doutent ainsi que le milliardaire ait pu vendre de son plein gré ce qu’il « considérait comme son bien le plus précieux ».

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Pour le « camp » de Laure Njitap Toukam Fotso, c’est sur la base des suggestions faites par les enquêteurs que Fotso Victor a signé le transfert du solde de ses actions dans la SCI FOV Paris à un fond de dotation créé quelques mois plus tôt. Cette opération empêche à la fois ses héritiers d’avoir qualité d’exiger en justice des comptes à FOV Paris après sa mort mais aussi elle confère le fruit de la vente de cet immeuble à ce Fonds dont le but est le financement des associations socio-culturelles et sportives et des actions caritatives.

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Entre les « camps » Yves Michel Fotso et Laure Njitap Toukam Fotso, il y a celui conduit Christelle Nadia Fotso. Cette avocate basée aux Etats-Unis dit être peu intéressée par les questions liées à l’avenir du patrimoine de son père et par conséquent à sa succession. « Ses combats » visent à faire jaillir la lumière sur les circonstances « douteuses » du décès de Fotso Victor. Sur sa page Facebook, elle ne cesse de faire des révélations sur le traitement réservé au défunt pendant ses derniers jours sur terre. Elle avait d’ailleurs boycotté ses obsèques. Dans la guerre contre ceux qu’elle accuse d’ « abus de faiblesse » à l’égard de son père, Christelle Nadia Fotso demande à la justice française d’ouvrir une enquête sur les circonstances de la mort de l’homme d’affaires camerounais, le 19 mars 2020, à l’hôpital Américain de Neuilly-sur-Seine. « La fin de vie de Fotso n’est pas une affaire de famille mais un scandale… Le 19 mars 2020, un homme d’Etat africain, grand notable camerounais est mort seul à Neuilly, ruiné puis abandonné par son sang, exploité par son parti, oublié par son village et lâché par son pays. Dieu ait son âme, mes mots, mon combat sont pour son corps », a-t-elle déclaré dans l’une de ses sorties.

Armel Djiogue

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