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Succession : la malédiction des grandes fortunes

La chronique judiciaire est alimentée depuis quelques mois par les querelles de succession à la tête de certains empires familiaux. Le dernier épisode en date est le cas des héritiers du milliardaire Pascal Monkam, décédé le 27 février 2021 en Afrique du Sud dont l’un des fils demande la « désignation d’un administrateur séquestre des biens » de son feu père, prétextant l’absence de consensus familial. Pourtant, Soppo, Nziko, Sohaing, Kadji, Fotso, etc. ont pris le soin de consigner dans un testament la gestion de leurs biens. De quoi nourrir la rumeur d’une « malédiction » sur l’héritage des grandes fortunes au Cameroun...

Il n’aura fallu que deux semaines après le décès du très célèbre homme d’affaires camerounais Pascal Monkam pour que sa descendance affiche des signes de divisions. Alors que la dépouille de son feu père se trouve encore à Pretoria en Afrique du Sud, Alain-Christian Monkam Nganou, s’est empressé de saisir le juge des requêtes du Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo. Motif : demander la « désignation d’un administrateur séquestre des biens de feu Monkam Pascal». Une mesure « préventive » qui, pour cet avocat de profession, permettrait d’éviter une dilapidation des avoirs de son père par ses frères. «De son vivant, Monsieur Monkam Pascal gérait lui-même ses affaires. Il récupérait ou faisait récupérer le chiffre d’affaires de chacun de ses établissements. A la tête de chacun des établissements, Monsieur Pascal Monkam a placé certains de ses enfants petits-enfants…

Aujourd’hui, il y a lieu de craindre que chacun de ses dirigeants fait sien le chiffre d’affaires de chaque établissement», indique-t-il dans sa saisine. L’audience y afférente s’est d’ailleurs ouverte ce lundi 08 mars et la procédure est encore pendante apprend-on.

Pour préserver le patrimoine et la pérennité du groupe l’administrateur séquestre aura trois missions principales: «sécuriser les comptes bancaires du groupe, vérifier le bon encaissement du chiffre d’affaires de chacun des établissements, vérifier toutes les dépenses en s’assurant qu’elles sont bien effectuées dans l’intérêt du groupe». Une question qui, apprend-on divise déjà au sein de la famille du milliardaire. La preuve s’il en fallait encore que nous assistons aux prémices d’une bataille de succession comme on en compte aujourd’hui à la pelle dans les grandes familles fortunés au Cameroun.

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Mort à l’Age de 91 ans, Pascal Monkam est l’une des success story de la sphère économique du Cameroun. Son empire est en effet composite. Propriétaire de la chaîne des hôtels, appartements et salles de conférences «La Falaise», l’originaire de Bakassa, dans le Département du Haut-Nkam, Ouest Cameroun, l’homme d’affaires était également propriétaire d’un centre commercial à Ndokoti-Bassa (Marché Monkam), de plusieurs biens immobiliers à Douala, Yaoundé et Bakassa. De sources familiales, il disposait par ailleurs de contrats de distribution avec les Brasseries du Cameroun, des comptes bancaires personnels et des comptes de société. Son appétit pour l’immobilier et les affaires l’a conduit en Afrique du Sud, où il a érigé deux gratte-ciels.

Victor Fotso : 25 femmes, 120 enfants, 1 héritier contesté

près le décès le 19 mars 2020 à l’hôpital Américain de Neuilly à Paris de l’homme d’affaires Victor Fotso de profonds désaccords ont immédiatement provoqué la scission de sa famille composée de 25 femmes, veuves du défunt, 120 enfants, et autres proches parents du riche défunt. Dans une correspondance du 28 mai 2020 adressée par «les épouses du feu Fotso Victor» au Gouverneur de la Région de l’Ouest, Awa Fonka Augustine, ces dernières manifestaient leur «surprise de voir débarquer à la résidence Fotso Victor, une délégation formée des autorités de Bandjoun (Préfet, Maire, Commissaire, Commandant, la belle-mère….) pour la préparation des obsèques de notre époux». Débarquement surprise orchestré d’après ces épouses Fotso par « des enfants d’une ou deux épouses…les plus riches et puissants», mentionne la correspondance, qui indiquait par ailleurs que «la date du 20 juin 2020 est retenue par une minorité d’enfants soutenus par le Préfet du Nkoung-khi pour cet événement».

2 milliards de FCFA

Pour mieux appréhender les contours de cette division au sein du clan Fotso, il est important de scinder les parties en affrontement larvé. D’une part, Laure Fotso épouse Njitap, Michèle Blanche Fotso épouse Fongang, Nicky Love Fotso, Maire de Bandjoun, Franck Fotso et Mathieu Fenkam, tous enfants du défunt, et d’autre part Roger Fotso, fils aîné de Victor Fotso, John Fotso, une vingtaine de veuves, et une cinquantaine d’enfants. Une majorité qui reprochait ainsi à la «minorité», le bris de scellés sur les portes de la résidence de l’homme d’affaires décédé, et la distraction des objets sans le mandat de la famille. Acte que les plaignantes qualifiaient «d’infraction à la loi». «Personne à ce jour parmi la centaine ne peut prétendre agir seul au nom de la famille. Personne sans avoir reçu l’aval d’au moins la moitié de la famille ne peut prétendre organiser les obsèques», concluait finalement le clan conduit par Roger et John Fotso.

La bataille pour l’organisation des obsèques de Victor Fotso cachait pourtant un profond malaise qui couvait déjà au sein de cette famille hétéroclite : conflits interpersonnels, positionnements de charme autour de Victor Fotso, mésentente entre épouses, mésententes entre enfants de mère différente, malversations financières imputées aux gestionnaires du patrimoine industriel de Victor Fotso etc. Les divisions sur l’organisation des funérailles de riche homme d’affaires ont malheureusement fait éclater ces désaccords majeurs intestins sur la place publique. Alors que la faction Nicky Love Fotso militait en faveur d’une organisation rapide des obsèques de Victor Fotso, l’autre optait pour un délai intervant après le confinement provoqué par le Covid-19. De sources proches de ce chassé-croisé, on apprendra que les deux camps disputaient en réalité un pactole de 2 milliards de FCFA approvisionné par le défunt pour l’organisation de des funérailles. Pis, ces divisions mèneront vers une requête d’ouverture d’enquête sur les conditions du décès du milliardaire, formulée par Nadia Fotso, une de ses filles, à l’endroit du Procureur de Paris. Dénonçant le rôle joué par ses frères et sœurs consanguins (Lucia Fotso et Laure Fotso) au cours des dernières semaines de vie du riche homme d’affaires.

En 2017, cette dernière était déjà l’auteur d’une plainte pour «abus de faiblesse» contre certains de ses frères et sœurs. Requête classée sans suite par le Tribunal de grande instance de Nanterre.

André Sohaing: le jeu trouble de la justice éternise les dissensions familiales

La famille d’André Sohaing n’a pas échappé aux démons de la division qui hantent souvent les grandes familles fortunées du pays dès la disparition de leur géniteur. Grand bâtisseur et parmi les mastodontes de l’économie camerounaise, l’ancien maire de Bayangam, dans la région de l’Ouest, a laissé derrière lui d’importants investissements, notamment dans le secteur de l’immobilier, qui devraient pouvoir lui survivre des années durant, si sa descendance perpétue à souhait la vision qu’il avait du monde des affaires. Malheureusement, à peine le promoteur du luxurieux hôtel Akwa Palace de Douala a fermé les yeux que ses ayant-droits ont pris la direction des tribunaux où ils se livrent une guerre des tranchées pour le contrôle du patrimoine familial.

De son vivant, André Sohaing croyait pourtant avoir anticipé sur d’éventuelles bisbilles entre ses ayant-droits au sujet de la gestion de son patrimoine successoral en désignant Olivier Sohaing Tayou comme gérant de ses sociétés en 2005. Que nenni ! Son adoubement dans un premier temps par ses frères ne sera pas sans contestations. Il y en a qui sont favorables à la désignation d’un administrateur provisoire, et d’autres qui plaident pour un collège d’administrateurs. Saisi de plusieurs requêtes, le Tribunal de grande instance (TGI) du Wouri va entreprendre le 12 décembre 2016 « une enquête à l’effet d’entendre tous les ayants droits présomptifs de la succession et éventuellement tous les sachant, puis de déterminer la mesure de la succession ». Et le 26 mars 2018, un jugement intermédiaire sera rendu en faveur d’Olivier Sohaing Tayou, en attendant de connaitre du fond du litige.

Deux administrateurs séquestres

Cette décision rencontrera dans un premier temps l’assentiment de l’une des épouses Sohaing, Mme Maliedje Geneviève et de ses deux enfants, Sohaing Wandji Thérèse et Sohaing Chetung Madelaine, lesquelles sont à l’origine des procès en vue de la liquidation du patrimoine familial. Mais contre toute attente, elles vont opérer un virage à 90 degrés pour saisir le président du Tribunal de première instance (TPI) de Douala d’une requête en référé dans laquelle elles indiquent que « les loyers générés par les différents immeubles appartenant au défunt Sohaing ainsi que les autres revenus et actions de ses sociétés sont âprement discutés par les cohéritiers et ayants droit présomptifs de ce dernier, outre la mésintelligence avérée entre ceux-ci sur la gestion du patrimoine successoral par le sieur Sohaing Tayou Olivier ».

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Le président du TPI de Douala se servant de cet argument, et ignorant le verdict du TGI qui avait déjà tranché sur cette question, va convoquer une disposition du code civil camerounais qui dispose que « la justice peut ordonner le séquestre d’un immeuble ou d’une chose mobilière dont la propriété ou la possession est litigieuse entre deux ou plusieurs personnes », pour désigner le 3 juin 2019 des administrateurs séquestres étrangers à la famille. Le choix sera porté sur « le greffier en chef du Tpi de céans et Mme Peggy Tazanou, expert financier agréé auprès de la Cour d’appel du Littoral […] co-séquestres desdits loyers détenus par les locataires et autres actions de ces sociétés jusqu’à la nomination d’un organe de gestion provisoire unanimement accepté par les parties litigantes et en attendant l’issue définitive de la procédure en règlement de cette succession », renseigne le journal Kalara, spécialisé sur les questions judiciaires. Une posture somme toute suspicieuse de la justice dans une affaire où le défunt avait pris le soin de baliser le champ de la gestion de son patrimoine, croyant devoir tuer les germes d’une guerre de succession au sein de sa famille. Hélas!

Kadji Defosso : le contrôle d’une société au cœur de la discorde

Il est des Kadji, comme des Fotso, des Sohaing ou encore des Soppo. La richesse est leur dénominateur commun. L’argent les a révélés au monde entier, et en a fait des familles parmi les plus influentes du Cameroun. Mais c’est également cet argent qui est le nerf de la guerre et objet de division dans ces dynasties. Les Kadji n’échappent pas au syndrome de la guerre successorale. A peu près un an après la disparition de leur père, le 23 août 2018, les enfants ont enfourché le cheval de la division et ont pris le chemin des tribunaux où ils se battent pour le contrôle d’une partie du patrimoine familiale.

La pomme de discorde ? La gestion querellée d’une structure familiale dénommée Société Civile Immobilière (SCI-Chimede). Celle-ci est contrôlée par une des filles Kadji, Nicole Doudou Kadji Defosso, désignée gérante statutaire au cours d’une assemblée générale de la société le 26 juin 2019, avec la complicité de deux autres, Josette Kadji et Gilbert Kadji. Elle accédait ainsi à un fauteuil qu’a occupé son géniteur jusqu’à sa mort. Mais elle est vivement contestée par un autre front qui s’est constitué au sein de la famille, et est composé de Pierre Kadji, Odette Kadji et Jean-Patrice Kadji Djeugoue. Ceux-ci ont assigné en justice les premiers, qu’ils accusent de « suppression et fabrication des preuves, tromperie envers les associés, faux en écritures privées ou de commerce, extorsion d’un acte, d’une signature, d’un blanc-seing », rapportait le journal Kalara dans son édition du 5 mai 2020.

Depuis début avril 2020, ces trois derniers répondent en effet devant le Tribunal de première instance (TPI) de Douala-Bonanjo des griefs qui leur sont reprochés. Les plaignants reprochent aux prévenus d’avoir « expressément et à dessein » omis d’associer l’Union camerounaise des Brasseries (UCB) à la rencontre du 26 juin 2019, pourtant celle-ci est également actionnaire de la SCI Chimede. Un acte à travers lequel ils ont consacré la SCI en entreprise familiale, et pourtant elle ne l’est pas d’après eux. « La succession Kadji n’a pas encore de représentants légaux » précisent les plaignants dans leur citation directe, qui croient savoir que « les prévenus, en signant pour le compte de la succession Kadji Defosso, savaient pertinemment qu’ils n’avaient pas qualités, car les 33.602 actions que détient la succession Kadji Defosso ne leur appartiennent pas ».

La deuxième faction reproche donc à la première d’avoir désigné de manière frauduleuse un successeur à Kadji père. Et cette affaire ne serait pas la seule devant les tribunaux car il y en existerait une autre qui met également à mal la cohésion familiale. Celle-là, si elle n’est pas encore vraiment connue, a été enrôlée au Tribunal de grande instance (TGI) du Wouri. A terme, ces procédures judiciaires à répétition tendent à fragiliser le patrimoine familial et ne sont pas sans conséquences sur l’économie locale.

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Le groupe Kadji comprend, outre la SCI Chimede, UCB et la Kadji Sports Academy (KSA), Polyplast, une usine de production de matières plastiques (bassines, seaux, casiers, etc.) ; la Société des Céréales du Cameroun (SCC), une minoterie basée dans la zone portuaire de Douala ; une compagnie d’assurance dénommée Assurances Générales du Cameroun (AGC). Et dans l’immobilier, le Kadji Square et les immeubles Cauris, Hibiscus et Baobab.

Affaires Soppo et autres: la mauvaise solution de l’administration séquestre

Après avoir bâti des fortunes par la seule force de ses mains et de son ingéniosité, le « père fondateur » se trouve face à ce qui apparait, selon les analystes, à un ultime défi : passer la main et confier les rênes de l’empire à un successeur soucieux de la préservation des intérêts de la famille. Mais à qui confié le « troupeau » lorsqu’une mort « subite » n’a pas permis d’identifier et « introniser » l’héritier ? L’absence de testament est ainsi à l’origine de plusieurs procès sur la gestion de l’héritage. Tantôt, c’est l’existence de ce document, rédigé avec le plus grand soin, qui met le feu aux poudres. La polygamie et la présence d’enfants naturels reconnus constituent aussi une source de conflits successoraux.

Les allées judiciaires du Cameroun sont coutumières de ce type de procès où les protagonistes se livrent un combat sans merci. Batailles physiques, administratives et juridiques, violences, empoisonnements, et autres assassinats, sont autant de drames familiaux qui divisent et déchirent frères et sœurs légitimes. Avec pour principal enjeu, le contrôle du patrimoine laissé par un bâtisseur, qui conduit aux dérives les insoupçonnées. Ce qui amène très souvent le juge à désigner un administrateur séquestre. Mais cette issue est loin d’être une panacée.

Agissant comme juge de référé (de l’urgence), le président du Tribunal de première instance (TPI) de Douala-Bonanjo a décidé en juin 2019 de désigner le greffier en chef de sa juridiction et un expert-financier comme « séquestres des loyers et des revenus des actions de feu Sohaing André dans les sociétés de la place, ainsi que les loyers de la SCI Sigs Sarl et de la société des établissements Sohaing S.A ». Une décision qui sera attaquée devant la Cour d’appel du Littoral.

Convoitise et pillage

La toute première épouse du défunt et ses deux filles se trouvent opposées au reste de la famille. Elles estiment que l’administrateur provisoire de la succession désigné en 2018 par le TGI du Wouri ne remplit pas sa mission à leur satisfaction. Ces trois dames ont de ce fait ouvert la brèche à la désignation des séquestres judiciaires étrangers à la famille par le juge Elanga. Une décision qui fait planer le spectre du pillage des biens de la succession au regard de certaines grandes successions à travers le même procédé, selon bon nombre d’observateurs.

Désigné par l’ordonnance d’un juge commissaire, l’administrateur séquestre selon les explications des experts judiciaires, vient assurer la gestion d’une succession lorsqu’il y a des discussions sur les immeubles, les loyers, les fruits de la succession ou lorsqu’il y a des procédures. Une idée qui ne plaît pas toujours aux ayants droits, car, si l’administrateur séquestre est le remède à la pathologie des disputes successorales, cette thérapie s’avère souvent plus dangereuse que le médicament lui-même.

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Ainsi par exemple, les fils Soppo Priso, après avoir accepté la désignation de l’expert financier Théodore Koum, et des notaires Jacqueline Moussinga et Régine Dooh Collins, tous deux à Douala pour assurer la co-liquidation de la succession de leur père, ont, le 16 juin 2009, adressé au juge commissaire une requête pour demander le changement des co-liquidateurs. Et pour cause : «manquements graves et dérives de gestion de certains administrateurs». Une requête à laquelle le juge n’a pas accédé au motif qu’il y a absence de lisibilité sur la gestion des sociétés.

«Avant d’arriver devant le juge, on déconseille toujours cette issue aux ayants droits parce qu’après leur nomination par le juge, ils se rendent très souvent coupables de nombreuses dérives comme la plupart des gestionnaires ; et plusieurs administrateurs séquestres se font beaucoup d’argent sur le dos des ayants droit», souligne un avocat. Et l’homme de loi ajoute que certains biens tombent en ruine ou sont abandonnés du fait de la longueur des procédures et du séjour d’un administrateur séquestre.

Empires économiques: comment briser le signe indien du passage du témoin

Une étude menée par le cabinet Ersnt et Young en 2012 montre que 70% des entreprises ne survivent pas à la succession entre la première et la seconde génération et 96 à 99% pour les générations suivantes. En 1983 déjà, le psychologue Ivan S. Lansberg relevait que « les entreprises familiales ont une durée de vie moyenne qui coïncide avec le nombre d’années de gestion de la plupart des fondateurs. » Au Cameroun, les données croisées de l’institut national de la Statistique et de la Chambre de commerce, de l’industrie, des mines et de l’artisanat indiquent que les entreprises familiales constituent 90% à 95% de la population des entreprises (PME familiales) et emploie 47,5% des actifs. Seulement, « une observation du paysage entrepreneurial nous présente un tableau sombre, celui de la disparition des entreprises familiales après le décès du fondateur », conclue dans un article publié en 2018, Dr Jeanine Solange Tsachoua Djossie alors doctorante en Sciences de gestion à la Faculté des Sciences Economiques et de gestion de l’Université de Yaoundé II. Ce qui en dit long sur le défi à relever.

Les spécialistes en gestion sont d’avis que la question de la transmission est assurément le problème fondamental auquel sont confrontées les entreprises familiales. « La volonté de pérenniser la ’’dynastie familiale’’, d’intégrer le meilleur repreneur possible tout en acceptant pour le prédécesseur de faire le deuil de son statut et de son entreprise, constituent les principales difficultés et obstacles à la réussite de cette succession », expliquent José Allouche de l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Bruno Amann de Paul Sabatier university-Toulouse 3. Pour les deux chercheurs, la planification de la transmission et la relation prédécesseur-successeur, l’intégration de nouvelles parties prenantes lors de la transmission et enfin la transmission du réseau et du capital social sont parmi les aspects les plus importants qui peuvent aider à la réussite de la transmission.

Qu’il s’agisse de Dr Jeanine Solange Tsachoua Djossie, J. Allouche ou de B. Amann, il apparait que la préparation du successeur rentre dans les « bonnes pratiques » des PME familiales. Si la qualité de la relation entre le dirigeant et son successeur est primordiale, le succès de la succession ne dépend pas seulement de la capacité du fondateur à lâcher prise mais aussi de la capacité d’apprentissage du successeur. Ils identifient alors des causes possibles d’échec de ces successions : le passage d’une génération à une autre, la personnalité et le style de gestion du dirigeant, le contexte organisationnel et enfin le contexte du marché.

Attention aux femmes

S’agissant de la transmission et l’intégration de nouvelles parties prenantes, les analystes suggèrent de s’intéresser à un membre de la famille peu pris en considération jusqu’alors dans les études sur la transmission : les femmes de la famille. « S’intéresser aux regards des femmes permet d’enrichir notre compréhension de la transmission à partir de trois nouveaux prismes de lecture: celui des veuves, celui des mères dirigeantes et enfin celui des filles », expliquent J. Allouche ou de B. Amann. Dans le cas d’une succession par un membre de la famille du dirigeant, la reprise par les salariés ou encore la reprise par un tiers, les études montrent un processus de transmutation des successeurs en entrepreneur, suivant trois étapes : l’incubation, la mise à l’épreuve et enfin, le choix des futurs héritiers repreneurs.

Pour ce qui est de la transmission du réseau et du capital social, les chercheurs partent, dans un premier temps, de l’idée que dans l’entreprise familiale, la coexistence entre les deux sous-systèmes famille et entreprise est harmonieuse. Ils estiment, d’un point de vue théorique, que dans ce type d’entreprise familiale, le capital social permet de réduire deux formes de besoins de contrôle interne : le besoin de contrôle de la productivité des agents et le besoin de contrôle des comportements d’influence. Leur démonstration théorique montre aussi que la succession tend à diluer le capital social familial et à augmenter le besoin de contrôle interne au sein de l’entreprise.

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