Monsieur le Directeur adjoint, au 31 décembre 2023, l'AFD revendique un portefeuille projets de 721,55 milliards de Fcfa au Cameroun, soit le premier bénéficiaire des financements de ce bailleur de fonds en Afrique centrale. Qu'est-ce qui justifie cette position? Que représente le Cameroun pour l'AFD ?
Le Cameroun est historiquement l’un de nos pays d’intervention majeur. Après presque 70 ans de présence, la relation que nous avons bâtie avec le Cameroun ne cesse de se consolider, et s’appuie aujourd’hui sur une confiance commune qui facilite cette relation partenariale. Cette confiance acquise s’appuie sur des critères tels que le remboursement de prêts antérieurs, la crédibilité financière, les aspects de gouvernance et aussi l’adéquation des requêtes soumises par nos partenaires avec la politique de la France en matière de développement et de solidarité internationale. Cette part importante des engagements octroyés par l’AFD est aussi liée à la dynamique économique du pays au sein de la sous-région et au fait que le Cameroun est le moteur économique de l’Afrique centrale.
D'après votre récent rapport d'activité, 55% des fonds de l'AFD sont alloués à la gouvernance au Cameroun et 45% dans la réalisation des projets structurants. Pourquoi faire de la gouvernance votre priorité au lieu des infrastructures ?
Effectivement, en 2023 la gouvernance a représenté la part principale de notre activité au Cameroun à travers le Prêt de Soutien Budgétaire de 80 millions d’euros et le Programme d'Appui à la Gouvernance Financière du Cameroun (PAGFI) pour 6,1 millions d’euros. La gouvernance est un sujet transversal pour l'AFD et celle-ci intervient dans le cadre de l'accompagnement de l'Etat et de ses démembrements sur les projets structurants que sont l'amélioration de la gestion des comptes publiques, la maitrise des risques budgétaires des organismes publics et le renforcement de la gouvernance des entreprises publiques.
Les infrastructures représentent 57% de notre portefeuille de projets en cours en montant d’engagement, la gouvernance représente 17%
Pour autant, le financement des infrastructures demeure un axe prioritaire de notre action et nous avons récemment financé la réhabilitation de la voie ferré Belabo - Ngaoundéré pour 126 millions d’euros, le barrage hydro-électrique de Nachtigal pour 150 millions d’euros (Groupe AFD - Proparco) ou encore le second pont sur le Wouri pour 178 millions d’euros. Ainsi, les infrastructures représentent 57% de notre portefeuille de projets en cours, en montant d’engagement. La gouvernance représente 17% ; l’agriculture, la sécurité alimentaire, le climat et l’environnement 13% ; et enfin la santé, l’éducation, la formation, l’insertion et le secteur productif 13%.
Le projet "Yaoundé Cœur de Ville", estimé à 75 millions d'euros et financé depuis 2021 par l'AFD peine toujours à démarrer sur le terrain. L'une des raisons évoquées par les pouvoirs publics est le manque de financement. Qu'est-ce qui bloque ?
A ce jour, le projet ne fait pas l’objet d’un quelconque blocage. Nous sommes conscients de l'enthousiasme légitime des populations à voir le projet sortir de terre, et nous tenons à vous rassurer que certains aspects non tangibles du projet sont en cours et nécessitent une attention particulière. On peut citer notamment l’inventaire et la compensation des personnes impactées sur les différents sites du projet. Une fois ce préalable effectué, nous prévoyons débuter les travaux à la fin de cette année 2024. L’entreprise pour la maîtrise d’œuvre technique (MOET) est en cours de sélection et les réponses aux Appel d’Offres pour la réalisation des travaux seront analysées au courant de l’été. De plus, le lien avec les projets de Transport rapide par bus (BRT) et de Mobilité Verte (MoVe) est assuré tout au long de cette phase de design du projet.
L'AFD est également impliquée dans le financement du projet de construction de la voie de contournement de Yaoundé (92 km) qui s'élève à 794 milliards de Fcfa en collaboration avec la Banque Européenne d'Investissement et l'Union Européenne. Où en est-on avec ce projet ?
Nous n'intervenons pas directement sur ce projet. Cependant l’AFD accompagne certains projets au Cameroun en format Team Europe. C'est dans ce cadre que l'AFD a priorisé le Projet de mobilité urbaine BRT aux côtés de l'Union Européenne et de la GIZ pour le projet complémentaire de Mobilité Verte. Le projet de voie de contournement quant à lui est porté par la Banque Européenne d’Investissement (BEI), l’Union Européenne et d'autres institutions financières régionales.
Dans l'espace Cemac, comment comptez-vous booster l'accès aux financements des pays qui captent moins les fonds de l'AFD comme la Guinée Equatoriale avec seulement 0,5 millions d'euros, la République centrafricaine avec 95 millions d'euros ou encore le Gabon avec 347,3 millions d'euros au 31 décembre 2023 ?
N’étant pas de mes compétences directes, la réponse à cette question jouit de l’appui du directeur Afrique centrale de l'AFD, François Jacquier. Il est important de rappeler au préalable que les financements octroyés par l’AFD naissent d’un croisement entre la politique de la France en matière de développement et de solidarité internationale et les requêtes formulées par les Etats dans nos pays d’intervention. Vous comprendrez donc qu’il s’agit d’un processus minutieux ayant pour but de créer une relation partenariale avec les Etats et de répondre au mieux aux enjeux des différentes parties. Néanmoins, pour le cas de la République centrafricaine, je peux d’ores et déjà vous annoncer que nos engagements reprendront au courant de l’année 2024 afin de permettre aux populations vulnérables de bénéficier de solutions d’accompagnement dans cette période difficile pour eux.
Pour le projet “Yaoundé Cœur de Ville", nous sommes conscients de l'enthousiasme légitime des populations à voir le projet sortir de terre, et nous tenons à vous rassurer que certains aspects non tangibles du projet sont en cours.
En outre, nous traversons actuellement une période où la mobilisation des ressources publiques françaises pour financer nos actions est de plus en plus contrainte, notamment en raison de la nécessité de réduire notre déficit budgétaire. Cette période nous amène à devoir nous réinventer, à explorer et à développer de nouvelles voies pour accéder à d’autres ressources financières et en faire bénéficier nos partenaires. Je pense naturellement, en premier lieu, aux fonds européens dont le groupe AFD est déjà délégataire d’importants volumes, mais dont il faudrait encore accroître la mobilisation, je pense aussi à d’autres fonds internationaux comme le CAFI (Central Africa Forest Initative), les fondations philanthropiques internationales ou le Fonds vert. Si nous pouvons booster nos financements à travers ces fonds délégués nous pouvons aussi les dynamiser à travers l’innovation financière et la création de nouveaux instruments de financements.

