En discussion depuis bientôt 2 ans, la Contribution carbone se concrétise au Gabon après validation, lors du Conseil des ministres du 5 janvier dernier, du projet de décret portant « création d’un mécanisme de contrôle et de compensation des émissions de gaz à effet de serre (GES) pour les acteurs des transports aériens et maritimes transitant ou opérant en République Gabonaise ». Cette mesure vise à accélérer les plans de réduction de l’empreinte carbone du Gabon et dans le même temps augmenter les recettes budgétaires de l’Etat avec des entrées potentielles chiffrées en plusieurs dizaine de milliards de Fcfa à l’horizon 2050.
La somme prévisionnelle attendue n’a pas encore été dévoilée mais sur la base du volume de GES émis et du taux minimal de taxation (7 USD/t) institué par l’Assemblée Générale des Nations Unies depuis 2015, le pays pourrait collecter jusqu’à 87,5 milliards de Fcfa dès la mise en application de la taxe. En effet, les opérations énergétiques (énergie électrique, gaz, combustion de produits pétroliers dans les mouvements de transport maritime et aérien) au Gabon émettent en moyenne 19,6 millions de tonnes (MT) de GES depuis 2021 selon l'agence internationale de l'énergie la base de données Edgar (Emissions Database for Global Atmospheric Research). Le calcul permet de ressortir des recettes d’au moins 137,2 millions de dollars sur les cinq prochaines années.
Vers une hausse des coûts de transport et de fret
Le mécanisme de compensation ainsi instauré suivant le principe du pollueur-payeur sera effectif après la mise en place d’un Registre carbone national pour les transports aériens et maritimes pour le versement des contributions. Si la mise en application de cette nouvelle mesure annoncée pour 2025 permettra d’augmenter les recettes du pays, d'aucun pense qu'elle risque néanmoins d’avoir un impact non négligeable sur le socioéconomique dans la mesure où elle va favoriser la hausse des coûts d’exploitation chez les transporteurs. « Si on impose aux transporteurs une nouvelle taxe à payer, de façon prévisible, ceux-ci répercuteraient ces frais supplémentaires sur les tarifs des billets pour les compagnies aériennes et les prix des biens importés pour les armateurs », a exprimé un opérateur économique local contacté par EcoMatin.
Lire aussi : La société Carbon Solutions South Africa lorgne sur le marché du crédit carbone au Gabon
De son côté, le gouvernement gabonais rassure sur le risque 0 en ce qui concerne cette contribution. « La mise en place de cette contribution n'impactera ni les populations ni les acteurs économiques du pays ! Ça n'est pas un coût supplémentaire pour les opérateurs aériens et maritimes. Ces industries payent déjà cet effort environnemental, dans les pays qui ont des mécanismes similaires (Europe, Amérique et Djibouti en Afrique) », précise le Conseiller du gouvernement gabonais sur la mise en place de la Contribution Carbone au sein du Africa Sovereign Carbon Registry.
En effet, lorsqu'il n'y a pas de mécanisme en place dans un pays, ces industries compensent leurs émissions via les marchés carbone volontaires comme par exemple sur des projets de reforestation en Amazonie. Il s'agirait donc pour le Gabon de rediriger l'effort environnemental dans le pays où ces entreprises opèrent et non plus sur les marchés internationaux. « Ce mécanisme permet de rendre à l'Afrique, l'effort de ces acteurs internationaux qui sont y déjà engagés conformément aux standards sectoriels (Organisation Maritime Internationale, Organisation de l'Aviation Civile Internationale) et des accords internationaux (Accords de Paris) », ajoute t-il.
Au Gabon, l’objectif principal de la contribution carbone est d’accélérer les plans de réduction de l’empreinte carbone du pays dont les politiques en la matière sont actuellement concentrées dans le secteur forestier. « Le présent projet de décret sur la contribution carbone dans le secteur des transports aériens et maritimes vise à l’application des engagements internationaux du Gabon à « maintenir la neutralité carbone du Gabon à l’horizon 2050 et au-delà », conformément à I ‘Accord de Paris », peut-on lire dans le compte rendu du Conseil des ministres. Les recettes ainsi collectées permettront de financer des programmes environnementaux et énergétiques répondant aux enjeux et défis de l’urgence climatique et qui s’inscrivent dans la réalisation des objectifs de développement durable adoptés par l’Assemblée Générale des Nations Unies dans sa Résolution A/70/1 du 25 septembre 2015.
A noter que le Gabon contribue à 0,7% à la pollution mondiale avec des émissions en GES dépassant en moyenne 30 MT, portées par le secteur forestier. L’instauration de la Taxe carbone fait du pays d’Oligui Nguema, le 2e pays africain à appliquer ce concept occidental après l’Afrique du Sud. Ce pays d’Afrique australe a déjà collecté plus de 900 millions de dollars depuis la mise en application de la mesure en 2022, selon les médias locaux.

