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Téléphonie : le coup d’éclat de MTN face au groupe Orange

L’ancien PDG du groupe Orange débarque à MTN. Le Français Stéphane Richard rejoint le Conseil d’administration du groupe sud-africain avec un triple avantage stratégique qui pourrait peser dans la concurrence entre les deux géants des télécoms en Afrique. Décryptage.

Publiée lundi 30 mars 2026 à 17:41:33Modifiée lundi 30 mars 2026 à 19:12:11Temps de lecture 6 minPar Arthur WANDJI

Stéphane Richard, ex PDG d’Orange, à Paris, le 7 septembre 2020 (c) AFP

L’annonce a la portée d’un signal faible… mais aux conséquences potentiellement majeures. À compter du 31 mars 2026, Stéphane Richard rejoint le conseil d’administration de MTN Group, aux côtés de quatre autres administrateurs indépendants, dans le cadre d’un renforcement de la gouvernance destiné à soutenir l’« Ambition 2030 » du groupe sud-africain des télécommunications. Derrière cette nomination, se dessine la montée de la concurrence entre les deux groupes de télécommunications, particulièrement en Afrique.

Agé de 63 ans, fils d’ingénieur des mines, diplômé de HEC et ancien élève de l’ENA, Stéphane Richard a dirigé le groupe Orange pendant plus d’une décennie, de 2009 à 2022, où il a exercé successivement les fonctions de Directeur Général adjoint chargé des Opérations France, Directeur Général délégué et enfin Président Directeur Général. Contraint à la démission après sa condamnation dans l’affaire Tapie où il écope d’un an de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour complicité de détournement de fonds publics, il laisse derrière lui un bilan contrasté. Peu disruptif sur certains segments, il aura néanmoins consolidé un opérateur fragilisé par l’héritage de France Télécom et surtout renforcé ses positions face à des concurrents agressifs, en France comme à l’international.

Concurrence

C’est précisément cette capacité à construire un avantage concurrentiel durable qui intéresse aujourd’hui MTN. Sous sa direction, Orange a mené un pari industriel décisif en misant très tôt sur la fibre, à un moment où ses concurrents hésitaient encore. Résultat : 5,6 millions de clients FttH, 58 % des lignes déployées en France et une domination quasi structurelle sur le très haut débit. « Le déploiement de la fibre optique en France a été la grande aventure de la décennie », revendiquait-il. Derrière cette réussite, une logique claire : investir massivement pour verrouiller le marché sur le long terme. Une approche que MTN espère répliquer à l’échelle africaine.

Car la nomination de Stéphane Richard intervient dans un contexte stratégique particulier. Le sud-africain MTN est en passe de finaliser le rachat total de IHS Holding, valorisé à 6,2 milliards de dollars, afin de renforcer son contrôle sur les infrastructures télécoms. Présente dans plusieurs marchés africains clés, IHS opère des tours et accompagne le déploiement des technologies 2G à 5G. Cette opération d’intégration verticale vise à réduire les coûts, améliorer la qualité de service et capter davantage de valeur dans la chaîne. Dans cette perspective, l’expérience de Richard dans le déploiement massif de réseaux pourrait constituer un levier déterminant.

Une connaissance fine du continent africain

Mais l’atout le plus sensible est ailleurs : dans sa connaissance intime du terrain africain… et de la stratégie d’Orange sur ce même terrain. Sous son mandat, l’Afrique est devenue un pilier de croissance pour le groupe français, avec des revenus passés de 8% à près de 14% du chiffre d’affaires, et jusqu’à 50% de sa croissance. Il y a structuré l’expansion du groupe dans près de vingt pays, développé Orange Money et posé les bases d’un modèle adapté aux spécificités locales. Sa doctrine était claire : « L’Afrique est une force d’Orange », déclarait-il dans un entretien avec Forbes Afrique. Cette connaissance fine du terrain africain pourrait aujourd’hui se retourner contre son ancien groupe. Car MTN et Orange se livrent une bataille serrée sur plusieurs marchés, comme en témoignent leurs résultats financiers pour le compte de l’année dernière.

Lire aussi : Télécoms : MTN table sur une envolée de ses profits en 2025, tirée par ses filiales du Nigeria et du Ghana

Porté par la dynamique de ses principales filiales, MTN Group affiche en 2025 des performances contrastées mais globalement solides sur le continent africain. Le Nigeria demeure de loin son premier marché, avec un chiffre d’affaires de 3,67 milliards de dollars et une progression spectaculaire de 50,3 %, confirmant son rôle de pilier stratégique. L’Afrique du Sud suit avec 3,04 milliards USD, en léger recul de 2,9 %, tandis que le Ghana (2,12 milliards USD) se distingue par une croissance exceptionnelle de 57,8 %. D’autres filiales connaissent également une expansion soutenue sur des marchés à fort potentiel, à l’image de l’Ouganda (1,06 milliard USD), de la Côte d’Ivoire (597 millions USD) et d’autres pays clés, traduisant la capacité du groupe à consolider sa présence tout en captant la croissance locale.

Du côté d’Orange, l’Afrique et le Moyen-Orient se confirment en 2025 comme le moteur principal de la performance du groupe. La région génère un chiffre d’affaires de 8,42 milliards d’euros (plus de 5 500 milliards FCFA), en progression de 12,2% sur un an, soit près de 21% du chiffre d’affaires du groupe. Cette croissance est tirée par les quatre moteurs stratégiques que sont la Data mobile (+18,6%), le fixe haut débit (+18,4 %), Orange Money (+18,0%) et le B2B (+10,4%). La base mobile atteint 174 millions de clients (+7,9%), avec une montée en puissance des abonnés 4G (+17,3%), tandis que la clientèle fixe haut débit et celle d’Orange Money progressent respectivement de +21,8% et +18,3%, illustrant la solidité du modèle africain et moyen-oriental du groupe français.

Lire aussi : Cameroun : Orange prend le leadership sur le marché des télécoms, une première depuis au moins 20 ans

Notons que Stéphane Richard n’est toutefois pas le seul à faire son entrée au sein de MTN. Le groupe sud-africain accueille également Herman Bosman, Ouma Rasethaba, Ignatius Sehoole et Saf Yeboah-Amankwah comme administrateurs indépendants non exécutifs. « Ces changements s’inscrivent dans le cadre de la planification globale de la succession du Groupe, afin d’assurer la mise en œuvre de notre stratégie Ambition 2030 révisée. Ils traduisent également les efforts continus visant à renforcer la gouvernance, l’expertise et la supervision stratégique », a déclaré le président du conseil d’administration de MTN Group, Mcebisi Jonas.

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