François Bimogo
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Tendances post- Covid-19 : le retour à l’autosuffisance

Le monde de l’après première vague de la pandémie de la COVID-19 (mars, avril 2020) se des­sine de plus en plus nettement. Certains pays, notamment les plus dévelop­pés annoncent des orientations straté­giques, politiques et économiques de ce qui semble être un réajustement des modèles de développement.

Des certitudes tombent, pied à pied. Comme le dogme de la croissance, de la production industrielle. Emmanuel Macron, le pré­sident de la France est de ceux des dirigeants qui dessinent à grands traits ce monde de l’après. Ainsi, devant les 150 participant de la Convention citoyenne pour le climat dans les jar­dins du palais de l’Élysée le 29 juin dernier, en plein air sous le soleil, va-t-il inau­gurer en mi-mandat, ce qu’il a appelé une démocratie délibérative, faisant recours directement aux citoyens pour des propositions thé­matiques concrètes sur la vie publique.

Au lendemain du second tour d’élections municipales qui ont consacré le contrôle des mairies de grandes villes de France par des écolo­gistes, une première dans le pays, il a fait des annonces qui si elles se réalisent, vont transformer le modèle de développement de la France. Des mots, encore peu poli­tiquement corrects ont été prononcés : la souveraineté alimentaire, l’indépendance, l’autosuffisance.

Ironie du sort, le thème de la souveraineté alimentaire a été pendant près de dix ans, entre 2005 et 2015, l’axe des campagnes de plaidoyer et de lobbying d’une organi­sation de la société civile camerounaise, l’ACDIC (Association Citoyenne de Défense des Intérêts Col­lectifs) pour que le Came­roun consomme ce qu’il produit et produise ce qu’il consomme.

Un autre mot revient dans le discours du présent français depuis le déconfinement du 11 mai, l’autosuffisance. S’autosuffire en produits pharmaceutiques, comme l’aspirine, jusqu’alors pro­duite en Chine. Tirant des leçons de l’épisode doulou­reux de la première vague de la Covid-19, Emmanuel Macron souhaite « désex­ternaliser » la recherche et la manufacture pharmaceu­tique essentielle de son pays. La tendance jusqu’alors était à l’externalisation avec comme argument, la re­cherche de la compétitivité avec la main d’oeuvre bon marché asiatique.

Ainsi que nous l’avions an­noncé dès le mois de mars dans votre bulletin Eco du Marché, la crise sanitaire d’ampleur planétaire iné­dite que connait le monde va faire revenir les pays à l’essentiel : autosuffisance alimentaire, autosuffisance sanitaire, autosuffisance scientifique et technolo­gique, pour ceux qui en sont capables.

Autre tendance lourde, c’est la remise en question des modèles économiques et productifs polluants et dés­tabilisants pour la planète. Il n’y aura pas d’inversion de la tendance industrielle, mais un renversement en termes de choix productifs, de res­sources énergétiques. Ainsi, les énergies fossiles (comme le pétrole) sont parties pour perdre la cote, et donc être remplacées progressivement par des énergies plus rapide­ment renouvelables avec un faible impact sur la biodi­versité terrestre : hydrogène, électrique, éolien, solaire. 7 milliards d’euros de fonds publics ont été investis dans Air France pour sa trans­formation aux nouveaux enjeux, notamment la mise en exploitation des avions à hydrogène dans quinze ans.

Le chef de l’État français a encore annoncé le 29 juin devant les représentants de la Convention citoyenne pour le climat, le déblocage dans les deux années à venir, de la somme de 15 milliards d’euros pour une conversion écologique de l’industrie française.

Ces différentes annonces sont un signal également pour les pays Africains avec qui la France entretient des relations économiques et commerciales.

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