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Théophile Gérard Moulong : «Un sinistre comme celui [de la Sonara] peut être difficile à réparer»

Le président de l'Association des sociétés d'assurances du Cameroun a fait cette déclaration à l’occasion d’une audience accordée le 2 juillet dernier par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute.

L’assurance de la Société nationale de raffinage (Sonara), ravagée par un incendie le 31 mai dernier, a été au cœur d’un échange, le 2 juillet dernier, entre le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, et l’Association des sociétés d’assurances du Cameroun, conduite par son président, Théophile Gérard Moulong. «L’autre préoccupation qui a été posée au Premier ministre, c’est en rapport à l’assurance des grands risques. Vous avez souvenance de l’incendie de la Sonara. Voilà une préoccupation une majeure qui est beaucoup amplifiée par le fait de l’absence des devises car, les assureurs n’arrivent pas à payer les réassureurs. Ce qui veut dire qu’un sinistre comme celui-là peut être difficile à réparer », a déclaré M. Moulong.

Le président de l’Association des sociétés d’assurances a alors proposé : « Notre demande, c’est que les risques nationaux, c’est-à-dire, les barrages, les plateformes pétrolières, fassent l’objet d’une coassurance la plus large possible qui intègrerait l’ensemble des compagnies. Ce qui permettrait une plus grande rétention des primes sur le marché ». M. Moulong propose alors la création d’une compagnie de réassurance locale qui permettrait de retenir sur le marché le maximum de primes avant de recourir à la réassurance du marché international.


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La déclaration de Théophile Gérard Moulong vient remettre au goût du jour la polémique autour de l’assurance ou non de la Sonara au moment où la raffinerie a connu un sinistre. Certains ont soutenu que l’unique raffinerie n’était pas assurée. Pis, que cette assurance avait été réglée après l’incendie. Par conséquent, c’est encore le contribuable camerounais qui devait payer pour la reconstruction de l’usine. Entre temps, ni le gouvernement ou le top management de l’association n’ont jugé utile de communiquer sur le sujet.

Mais il faut rappeler que c’est encore Théophile Gérard Moulong qui a annoncé le 16 juin dernier que la Sonara avait souscrit une police d’assurances contre incendie. Il a rassuré l’opinion nationale et internationale que les frais de réparation et les pertes de production seront couverts par les assureurs Camerounais.

Dans la même veine, un acteur averti dans le secteur des assurances a affirmé : « Voici la réalité: le code Cima, gendarme des compagnies d’assurances africaines, donne une dérogation aux Etats et à leurs démembrements pour les délais de paiement qui sont de 180 jours. La Sonara a payé sa souscription le 61ème jour, soit très largement dans les délais impartis. La Sonara est donc bel et bien assurée et ses assureurs se sont d’ailleurs déjà engagés auprès du haut  management de l’entreprise à prendre en charge leur part de responsabilité pour ce qui est de sa réhabilitation ».

Commission d’enquête

Suite à l’incendie survenu le 31 mai dernier dans les installations de la Société nationale de raffinage dans le Sud-Ouest du pays, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, a signé, le 11 juin, un décret portant création d’une commission d’enquête technique y relative. La Commission est composée d’un président (ministre de l’Eau et de l’Énergie -Minee), de dix membres venus respectivement du ministère de l’Eau, du ministère en charge des Mines, celui de l’Environnement, du Secrétariat d’État en charge de la gendarmerie, de la Sûreté nationale et de la Direction générale de la Recherche extérieure. Les deux rapporteurs sont du ministère de l’Administration territoriale.

La Commission a pour mission de déterminer les causes de l’incendie et de proposer les mesures permettant de prévenir les risques de survenance d’une telle catastrophe à l’avenir. Il sera également question d’établir les responsabilités inhérentes à cet incendie, d’en évaluer la gestion et faire toute proposition pertinente y afférente.


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La commission doit adresser au Premier ministre son rapport d’enquête dans un délai de trente jours à compter de la date de la signature du décret du chef du gouvernement. Ce qui correspond à la date du 10 juillet 2019. Mais il faut noter déjà que, selon un communiqué du ministre de la Communication, rendu public le lendemain du sinistre, « les premiers éléments d’information dont dispose le gouvernement suggèrent une cause accidentelle ». René Emmanuel Sadi prenait le contrepied d’une sortie attribuée à des chefs de file des mouvements sécessionnistes dans la partie anglophone du pays. Il y était revendiqué, l’attaque de l’unique raffinerie du pays.

10 millions de m3 perdus dans l’incendie de la Sonara

Pourtant, il s’est exprimé publiquement sur l’incendie qui a ravagé, le 31 mai dernier, l’unique raffinerie du pays situé à Limbe, dans la région du Sud-Ouest. C’était à l’occasion de la visite des zones sinistrées de la Sonara effectuée par la délégation interministérielle conduite par Gaston Eloundou Essomba, le ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee). « En attendant de procéder à l’inspection complète de toutes nos installations pour déterminer avec exactitude l’étendue des dégâts, l’explosion du 31 mai dernier, suivie d’un incendie, faut-il le rappeler, a endommagé totalement 4 des 13 de nos unités de production et en a partiellement soufflé trois », a déclaré le DG de la Sonara.

Toujours selon lui, parmi les unités dont l’intégrité a été touchée de façon irréversible, on compte l’unité 10. Elle a pour fonction le fractionnement du pétrole brut en coupes pétrolières (essences totales, kérosène base, gasoil léger, gasoil lourd, résidu atmosphérique). Il y a également l’unité 30. Elle sert au fractionnement et à la stabilisation des essences. L’unité 40, quant à elle, sert de fractionnement des gaz plants et de lavage du bupro et du gaz domestique. Enfin, l’unité 70 sert au traitement des eaux de procédés. Il s’agit de l’eau utilisée dans tout le process de fabrication.


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Les unités partiellement touchées sont : l’unité 20 (unité hydro désulfuration des essences), l’unité 50 (pour la production de base de constitution du super), et l’unité 100 (stockage des produits et du pétrole brut). Sur cette dernière unité, le bac A10 (70 769,4 m3 soit 769 400 litres de capacité) a été, selon Jean Paul Njonou, consumé avec plus 10 000 m3 (10 millions de litres) de pétrole brut. Par ailleurs, le bac B20 (stockage des essences légères) et le bac B30 (stockage de Kérosène de base) ont été tous déformés par le souffle de l’explosion. « Avec l’extinction du bac A10 [contenant 10 millions de litres de pétrole brut], nous étions donc arrivés à bout de cet incendie qui aura duré près de trois jours et demi », a affirmé le DG.

L’élan brisé de la Sonara

Selon M. Talba Malla, la Sonara avait ainsi réalisé la connexion des unités de la phase I du projet d’extension et de modernisation aux installations existantes. Ainsi, depuis le 30 novembre 2018, les installations étaient en pleine production et le premier bateau pour la livraison des produits raffinés à la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) de Douala avait été chargé le 15 décembre 2018. « Ce redémarrage permet désormais à notre entreprise d’assurer la constitution du stock et l’approvisionnement continu en quantité et en qualité de produits pétroliers raffinés sur le marché national et à l’exportation », s’était alors félicité Ibrahim Talba Malla.

Au cours de l’année 2018, la Sonara a poursuivi des travaux d’extension et de modernisation dans la perspective de la connexion des nouvelles unités, en vue de l’accroissement de ses capacités de production. «Le démarrage de ces nouvelles unités a connu un retard du fait de l’absence du personnel expatrié dédié aux essais avant la mise en service. Toutefois, ledit démarrage est prévu avant la fin de l’année 2018», indiquait la Sonara.


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Ces nouvelles unités devait permettre à la société de raffiner le pétrole brut lourd camerounais et de la zone Cemac. Cette modernisation devait faire passer la capacité de production annuelle de 2,1 millions de tonnes à 3,5 millions de tonnes. Au cours de l’exercice 2018, la Sonara avait déclaré avoir mis sur le marché national un volume de produits pétroliers de 221 286 m3 issus de la production avant l’arrêt technique des unités de raffinage. Ces produits se déclinaient comme suit : 63 666 m3 de Super, 112 674 m3 de gasoil, 30 570 m3 de Dual Purpose Kerosen (jet A1 et pétrole lampant) et 14 376 m3 de Fuel, entre janvier et avril 2018.

La Rédaction EcoMatin

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