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Transformation structurelle : l’espoir du plein emploi à l’horizon 2030

Le gouvernement prévoit que l’économie va créer 500 000 emplois cette année et 3 millions d’ici 2023. Au terme de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, le pays devrait compter moins de 5% de chômeurs dans la population active. L’approche Himo, la migration du secteur informel vers le secteur formel et la transformation locale des matières premières au cœur de la démarche.

Faire du Cameroun le commutateur (fournisseur d’énergie électrique), le nourricier (fournisseurs des produits agro-industriels) et l’équipementier (fournisseur de biens d’équipement notamment les meubles) de l’Afrique centrale et du Nigeria. Telle l’ambition du gouvernement dans la cadre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Sur cette période, Sur la période 2020-2030, l’objectif est de porter la part du secteur secondaire dans le PIB de 28,2% en 2018 à 36,8% à l’horizon 2030.

Une telle progression va induire la création de millions d’emplois. Neuf sous-secteurs industriels sont priorisés : l’énergie, l’agro-industrie et le numérique, mais aussi les filières forêt-bois, textile-confection de cuir, mines-métallurgie-sidérurgie, hydrocarbures-pétrochimie-raffinage, chimie-pharmacie et construction-services-professionnels-scientifiques-techniques.

Selon les projections du gouvernement, 500 000 emplois doivent être créés cette année, 3 millions d’ici 2023. La Politique Nationale de l’Emploi (PNE) adopté en décembre 2017 a pour objectif global de « Promouvoir le plein emploi décent au Cameroun, à travers l’élargissement et la valorisation des opportunités de création d’emplois dans l’économie».

La PNE mise sur la promotion des approches à haute intensité de main-d’œuvre (Himo). Elle s’applique de préférence dans les domaines des infrastructures routières, des activités productives, de la création et de l’entretien des installations d’assainissement, de la protection de l’environnement, des bâtiments et des services collectifs, de la collecte et de la gestion des déchets.

Officiellement, le gouvernement compte utiliser davantage le levier de la commande publique, notamment en matière d’investissement, pour promouvoir l’emploi à travers le développement des projets à Himo, y compris les projets bénéficiant de financements extérieurs.

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Secteur informel

Ainsi, des directives générales en faveur de l’utilisation aussi large que possible de l’approche Himo ainsi que des matériaux locaux seront désormais incluses dans les contrats aux prestataires retenus pour la construction des édifices publics, les travaux de cantonage routier, la réalisation des programmes d’habitat social et dans tous les projets dont la réalisation n’exige pas des technologies de niveau élevé dans toutes leurs phases.

Pour l’heure, le ministère de l’Emploi et de la formation professionnelle indique que le chômage se pose avec acuité dans le pays, avec près de 10% de la population jeune au chômage alors que le sous-emploi touche 75% de la population active. Une étude sur la simulation de l’impact des politiques économiques sur l’emploi menée avec l’accompagnement technique du BIT a permis d’identifier la migration de la main-d’œuvre du secteur informel vers le secteur formel comme une des voies les plus pérennes pour lutter contre le sous-emploi. En effet, la main-d’œuvre occupée est essentiellement logée dans le secteur informel (90%).

La formation en question

Par conséquent, recommande l’étude, il faut non seulement créer de nouveaux emplois, mais aussi accroître la productivité et les revenus de celles et ceux qui travaillent déjà pour réaliser une croissance économique plus solidaire au Cameroun. Dans ce cadre, l’éducation est essentielle pour l’accroissement de la productivité de la main d’œuvre.

Les experts des sciences de l’éducation rappellent qu’un système d’éducation et de formation performant s’articule autour d’une éducation de base solide qui permet d’acquérir un ensemble de connaissances élémentaires, notamment celles qui consistent à savoir lire, écrire et compter, ainsi que des compétences générales pour s’adapter aisément à l’évolution du marché du travail ; un enseignement technique et professionnel de qualité, permettant de se doter de compétences utilisables immédiatement sur le marché du travail ; un système d’enseignement supérieur équilibré qui offre des programmes à divers niveaux (y compris des programmes de formation postsecondaire de courte durée), qui est étroitement lié aux besoins du marché du travail, et qui facilite l’adoption de nouveaux fruits de la recherche et de nouvelles technologies. Malheureusement, le système éducatif camerounais ne semble pas encore fournir de tels services.

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Par exemple, la formation technique professionnelle n’est pas toujours en étroite adéquation avec les besoins du marché du travail. Les établissements d’enseignement professionnel n’accueillent que peu d’étudiants, et se concentrent sur quelques filières telles que le bâtiment (environ 25 % du total des effectifs), au détriment d’autres secteurs importants de l’économie comme le tourisme (3 % des effectifs) et l’agriculture (moins de 1 %).

Si les inscriptions ont considérablement augmenté dans l’enseignement supérieur, les programmes proposés et la répartition des étudiants par discipline peuvent laisser supposer un décalage par rapport aux besoins de l’économie nationale. Exception faite des écoles normales, les inscriptions aux cycles d’ingénierie représentaient par exemple moins de 10% du total des effectifs contre 26% en économie et gestion, 24% en droit, 22% en sciences, 20% en sciences humaines. Un ratio en déphasage avec l’ambition du Cameroun d’investir dans de grands projets énergétiques et de transport.

Textile-confection : la valeur ajoutée multipliée par 12 du coton au vêtement

Augmenter la production cotonnière nationale au seuil de 600 000 tonnes/an à l’horizon 2025 (contre 320 000 t en 2019); intégrer la transformation industrielle de la fibre locale pour atteindre un taux minimum de 50% à l’horizon 2030, au lieu de moins de 5% en 2019. Voilà les objectifs poursuivis par le gouvernement dans la filière Textile, Confection et Cuir dans le cadre la SND30. Pour y parvenir, le gouvernement opte pour un rapprochement stratégique entre la Société de Développement du Coton du Cameroun (Sodecoton) et la Cotonnière Industrielle du Cameroun (Cicam). Question de constituer un pôle industriel intégré autour duquel sera structurée la filière coton-textile.

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Dans cette perspective, le gouvernement envisage de développer une industrie de fabrication et de confection des tenues, notamment de sport (maillot, survêtement, basket, etc.), capable de satisfaire au moins 50% de la demande nationale ; et fournir les grands corps de l’Etat (militaires, policiers et civils), en tenues et équipements vestimentaires incorporant au moins 60% du coton camerounais. Par ailleurs, l’Etat va explorer les possibilités de relancer les tanneries et l’industrie de fabrication des articles en cuir (bottes, sacs, ceintures, etc).

Effet, « l’analyse de la filière textile-habillement du Cameroun », une étude financée par la Banque mondiale et la coopération allemande, a établi que l’absence de filière intégrée coton-textile-habillement est extrêmement préjudiciable à l’économie du pays : « la valeur ajoutée, multipliée par 12 entre le coton brut et un vêtement confectionné, est perdue pour le Cameroun ». Ainsi, les auteurs entrevoient quatre opportunités de développement de la filière à court terme.

Valeur ajoutée

Dans un premier temps, on peut imaginer un partenariat Sodecoton-Cicam-Buetec en vue de la production de vêtements en maille de qualité à partir de fils coton peignés. Selon les analystes, le marché européen demande des produits de qualité, de plus en plus élaborés et socialement responsables. La Sodecoton peut offrir des cotons répondant à ce cahier des charges grâce à sa certification CmiA (Cotton made in Africa). En revanche, pour alimenter Buetec et effectuer une montée en gamme de ses propres produits, Cicam devrait investir dans un atelier de peignage et de filature ring. Ces opérations peuvent créer au moins 300 emplois avec une valeur ajoutée de 1 milliard de FCFA/an.

Ensuite il y a la possibilité d’un partenariat Cicam-Buetec-Sitraco pour la production de pansements de gaze stérile à partir de supports tissés par Cicam et blanchis par Buetec. Jusqu’en 2016, Sitraco produisait des pansements de gaze stérile à partir de rouleaux de gaze blanchie importés. En effet aucun des trois tisseurs locaux n’était capable de réaliser cet article avec le matériel installé à cette date. Cette option est présentée comme l’exemple de partenariat industriel qui, sans investissement majeur additionnel, crée de la valeur ajoutée (120 millions de FCFA/an).

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Autre option : partenariat Sodecoton-Cicam-Cofil pour la production de coton hydrophile pour les pharmacies et hôpitaux à partir de déchets de coton issus de Cicam et Sodecoton. La société Cofil blanchit du coton issu des déchets de filature Cicam et d’égrenage de Sodecoton. Ce coton blanchi était entièrement exporté pour être ensuite transformé en produit fini. Ce qui n’est plus le cas. Cofil a ainsi créé une filière complète du coton jusqu’au consommateur final. Ce processus va générer une valeur ajoutée de 200 millions de FCFA/an.

Enfin, il y l’option d’un partenariat Cicam-confectionnneurs-gouvernement pour production d’uniformes pour l’administration. Un segment qui Les uniformes à destination de l’administration représentent échappe en grande partie à la filière locale et représente d’une valeur ajoutée d’au moins 1 milliard de FCFA/an.

Construction-services : 500 entreprises et 6% du PIB

Dans l’optique d’un modèle de croissance économique tiré par l’industrie manufacturière et le développement technologique, une stratégie d’industrialisation accélérée et transformatrice doit tirer avantage d’une industrie de la construction performante et compétitive mettant l’accent sur l’excellence opérationnelle dans la préparation et la réalisation des projets de construction notamment d’usines et d’infrastructures.

D’après l’annuaire statistique du ministère des Travaux publics (Minpt), 517 entreprises, bureaux d’études (BET) et laboratoires sont recensés dans les dix régions a dont 422 entreprises de travaux, 81 BET, dix laboratoires, quatre entreprises locatives de matériel. Sans compter onze organisations professionnelles.

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En 2018, le secteur secondaire a affiché une croissance de 3,8%, contre 1,3% en 2017, après 3,6% en 2016. Cette croissance est principalement tirée par le BTP (8,9%), Production et distribution d’eau et assainissement (6,5%), la Production et distribution d’électricité (5,9%), les industries manufacturières (5,6%). La branche BTP représente 6% du PIB en 2018. L’exploitation de l’Enquête sur l’Emploi et le Secteur Informel (Eesi) réalisée par l’Institut National de la Statistique (INS) en 2010 a permis d’évaluer certains indicateurs du secteur du BTP notamment, la part des secteurs institutionnels dans la valeur ajoutée, les salaires et l’emploi du BTP.

Ainsi, les sociétés représentent près de 30% de la valeur ajoutée du secteur, près de 18% des salaires et cotisations versées et 2% de l’emploi. La place du BTP dans l’économie s’apprécie aussi de manière directe par la valeur ajoutée générée par les activités qui y sont menées, mais aussi par des effets indirects moins mesurables dont la portée économique est pourtant indéniable. En 2015, le BTP a contribué à hauteur de 0,19%1 de l’économie nationale.

La croissance de cette branche sera soutenue par la construction d’infrastructures routières. Selon le Plan directeur routier présenté par le Mintp 9 240 km de routes seront construites sur la décennie pour un coût estimé à 5 373 milliards FCFA. Un programme spécial de construction de routes communales carrossables en toutes saisons sera par ailleurs mis sur pieds en liaison avec les CTD, basé sur l’approche Himo et des technologies innovantes à moindres coûts, de manière à couvrir ainsi en dix ans une partie de plus en plus importante du réseau des routes communales, l’objectif à terme étant de couvrir l’intégralité des 100 000 km de routes communales.

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Forêt-bois : 55 000 emplois directs dans la transformation locale

D’après une étude du Centre de recherche forestière internationale (Cifor), 70% à 90% des ménages, ainsi que de nombreuses petites entreprises, dépendent du bois énergie. Outre la production de biomasse énergie, le développement de cette filière vise à développer rationnellement l’exploitation et l’utilisation du bois et à renforcer la transparence dans la gestion des forêts communales et des forêts communautaires.

Dans le cadre de la SND30, le gouvernement va encourager le développement des plantations forestières ; le renforcement de l’industrie de transformation du bois jusqu’à la troisième transformation, en vue de la fabrication des meubles, la construction des logements et bâtiments et les usages industriels. A cet effet, le gouvernement prescrira notamment l’orientation de la commande publique en matière d’approvisionnement des services publics en meubles et renforcera les normes d’utilisation du bois dans les constructions.

Selon l’étude sur les enjeux et défis de la production et l’exportation du bois au Cameroun, menée par le Centre pour l’environnement et le développement (CED), si le volume de grumes exportées a chuté de manière croissante entre 1998 et les années 2000, à partir de 2005, on note une croissante constante du volume d’exportation. De moins de 200 000 m3 en 2005 on est passé à 900000 m3 en 2017 et 800 000 m3 en 2018.

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Chaînes de valeur

L’analyse comparée des exportations produits en bois présente deux produits dominants : les grumes et les débités (première transformation). Les placages et le contre plaqués représentent moins de 5% des exportations. Sur plus de 11,8 millions de m3 de grumes et sciages exportés par le Cameroun entre 2010 et 2018, les grumes représentent 54% et les sciages 46%. Censée être interdite depuis 1999, l’exportation du bois en grumes cause un manque à gagner inestimable au pays en termes d’emplois, de recettes fiscales, de biodiversité, etc.

Sur les 160 unités de transformation de bois opérationnelles au Cameroun, 124 se limitent à la première transformation, 25 vont jusqu’à la deuxième transformation et 11 procèdent à la troisième transformation. Pour environ 25 000 emplois. Les simulations du CED montrent que si tout le bois exporté en grumes subissait ne serait-ce que la première transformation au Cameroun, cela entrainerait la création d’au moins 55 000 emplois directs. Le secteur forestier contribuerait alors à hauteur de 8% sur l’ensemble des emplois au lieu de 2% tel que représenté actuellement.

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Outre la création d’emplois, la transformation locale du bois actuellement exporté en grumes devrait générer une activité sur toute la filière. Les analystes du CED estiment à 60 milliards de FCFA le manque à gagner subie par la filière bois chaque année du fait de l’exportation du bois en grumes dont 10 milliards représentant les impôts et taxes.

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