Une importante délégation de la Direction générale de l'aviation civile (Dgac) de France a séjourné à Yaoundé du 1er au 2 février 2024. Objectif de cette mission : mener des consultations aéronautiques dans l’optique de négocier un nouvel accord bilatéral sur les services aériens avec le Cameroun. Ainsi, au terme de deux jours de travaux, les délégations représentant les autorités aéronautiques des deux pays, conduites respectivement par Paule Assoumou Koki, la directrice générale de la Cameroon Civil Aviation Authority (Ccaa) et Emmanuel Vivet, Directeur adjoint des services aériens à la Direction générale de l'aviation civile française, ont finalisé l’examen du projet de nouvel accord et l’ont ensuite paraphé.
Des négociations complexes sur l’ajout des fréquences
Le problème, c’est que la délégation française n’a pas totalement rempli sa mission en terre camerounaise. Si l’équipe menée par Emmanuel Vivet a pu obtenir la possibilité de désigner plusieurs transporteurs dans le pavillon français, elle n’a cependant pas (encore) convaincu Yaoundé sur le chapitre des fréquences. « Les consultations avec les représentants de la Direction générale de l'aviation civile française visaient en effet également, à discuter de l’évolution du nombre total de fréquences dont bénéficient les transporteurs aériens désignés de chaque partie », révèle un responsable du ministère camerounais des Transports. Ainsi, l’autorité aéronautique française a négocié l’augmentation des fréquences du pavillon français – elles sont de quatorze actuellement et entièrement exploitées par Air France, à raison de sept vols hebdomadaires pour chacun des aéroports internationaux de Yaoundé et Douala.
Selon des informations d’EcoMatin, la négociation à la hausse des fréquences du pavillon français aurait pour objectif de contribuer à faciliter l’entrée de Corsair, une autre compagnie française, dans le ciel camerounais. « Les échanges se poursuivent avec la partie française, souligne notre source. Corsair fait actuellement l’objet d’une enquête de la Commission européenne. Par conséquent, aucune décision ne peut être prise tant que la Commission n’aura pas rendu son verdict ». Pascal de Izaguirre, Président Directeur Général (PDG) de Corsair confirme également dans un entretien avec Jeune Afrique, que « les discussions pour amender l’accord aérien franco-camerounais sont encore en cours ». Le dirigeant français à un intérêt poussé pour « un certain nombre de nouvelles destinations en Afrique ».
Corsair veut desservir la zone Cemac
En effet, le continent noir représente 20% de l’activité et du chiffre d’affaires de Corsair. Son PDG envisage de porter ce ratio à 30% à terme. Dakar, que la compagnie a desservi jusqu’à l’avènement d’Air Sénégal, reste un objectif. De même que le Gabon et le Congo. L’expansion du transporteur français en Afrique comprend aussi une augmentation des fréquences sur les lignes existantes. Corsair projette de renforcer dès le mois de juin, apprend-on, son programme de vols vers Abidjan en Côte d’Ivoire (jusqu’à neuf vols par semaine), Bamako au Mali (au moins six vols hebdomadaires dont quatre vols directs) et Cotonou au Bénin (cinq vols hebdomadaires dont trois vols directs).
Ce redéploiement des capacités de la compagnie, jusqu’ici majoritairement centrée sur les Antilles françaises et l’Océan indien, s’inscrit dans le cadre du Plan de restructuration de la compagnie, articulée autour d'un nouveau tour de table et des mesures de soutien de la part de l'Etat français. La validation dudit Plan de restructuration par la Commission européenne, va permettre l’entrée de la République du Congo dans le capital de l’entreprise, avec une participation de 15 millions d’euros (près de 9,8 milliards de Fcfa) et ainsi peser 40% dans le tour de table. Suffisant pour permettre au transporteur français d’ouvrir comme espéré, une ligne directe entre Paris et l’aéroport de Maya-Maya à Brazzaville. « Corsair desservira le Congo une fois le plan de restructuration validé par la Commission européenne », confirme une source au service de la communication de Corsair.
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Pour mémoire, la Commission européenne a décidé d'ouvrir une enquête approfondie sur le Plan de restructuration de Corsair le 5 février dernier. L'instance a adressé le 5 avril dernier une lettre au gouvernement français, pour justifier les raisons de cette décision, mettant en avant de nombreux doutes aussi bien sur les mesures prises par la compagnie pour renouer avec la rentabilité, que sur la légalité des financements attendus. « Un processus classique », selon l’entreprise qui attend le verdict de l’instance basée à Bruxelles dans la sérénité.

