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Transport urbain : les mototaxis, nouveau boulet pour le gouvernement

Véritables égéries pour le pouvoir et l’opposition en période électorale, ces acteurs économiques d’un genre nouveau, qui ont récemment paralysé la circulation à Yaoundé, attendent toujours la « structure d’encadrement massif » annoncée par le président de la République en 2013.

Des barricades érigées sur une vingtaine de carrefours, qui ont paralysé la circulation pendant plusieurs heures, hier mardi à Yaoundé. L’on a assisté à un face-à-face tendu entre conducteurs de mototaxis et forces du maintien de l’ordre (policiers et gendarmes) dans la capitale politique. Les premiers ont, effet, engagé un bras de fer dans le but de faire reculer les autorités administratives qui, par une décision qui entrait en vigueur hier, ont interdit la circulation des mototaxis au centre-ville de Yaoundé et dans certains quartiers alentours. Le 09 mai 2019, ils avaient organisé avec succès une expédition punitive sur les installations de la fourrière municipale contre des agents de la communauté urbaine de Yaoundé qui, lors d’une altercation au lieudit « Montée Manguier », avaient blessé un moto-taximan. Cet incident survenu après deux mois de suspension de la police municipale dans la ville de Yaoundé avait poussé le préfet du Mfoundi, Jean Claude Tsila, à prolonger cette suspension.


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Cette mesure, loin d’être un aveu de faiblesse, s’inscrivait davantage dans une logique d’apaisement. Seulement, les transporteurs par motos profiteront de ce vide pour envahir l’ensemble de la capitale, sur fond de concurrence déloyale vis-à-vis des taximen qui, eux, disposent d’une licence de transport urbain et s’acquittent d’une pléthore d’impôts et taxes. C’est d’ailleurs en partie sous la pression des syndicats des transporteurs urbains dont les membres enregistrent depuis février 2019, un manque à gagner énorme, que les autorités ont renouvelé l’arrêté portant régulation de l’activité de mototaxi, signé conjointement par le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé et le préfet du Mfoundi, en janvier 2002. Ce texte délimitait clairement les zones de la capitale ouvertes à la circulation des motos. Mais, elle n’a jamais véritablement été respectée. Comme dans la plupart des autres secteurs d’activité gangrenés par l’incivisme, le gouvernement a fait preuve de laxisme face à l’invasion flagrante des mototaxis dans le centre-ville.

Les acteurs du secteur ont dès lors surestimé leurs capacités de nuisance et constituent aujourd’hui un véritable boulet pour un pouvoir qui les a que trop dorloté. L’activité de mototaxi doit essentiellement son essor de ces derniers mois dans la ville de Yaoundé au retrait de la police municipale par le préfet. Comme s’ils s’étaient passé le mot, les moto-taximen ont arrêté de s’acquitter de l’impôt libératoire auprès des communes d’arrondissement qui ne disposent plus depuis plusieurs mois de moyens de coercition. Par conséquent, elles ont mis fin à leur identification et au recensement des engins à deux roues en circulation sur leurs territoires. Avec les conséquences que cela entraîne inévitablement en termes d’insécurité.

Du fait des troubles dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, beaucoup de jeunes qui pratiquaient cette activité dans ces régions ont replié dans les villes des autres régions. Des vocations sont même nées chez beaucoup d’autres qui, à la recherche d’un emploi après avoir quitté leur lieu de résidence habituelle, se sont ruées vers la mototaxi. Le mouvement d’humeur d’hier à Yaoundé, le deuxième du genre en moins d’un an, interpelle le gouvernement sur sa propre responsabilité, dans un pays fortement travaillé par le chômage et le sous-emploi en milieu jeune. En 2013, le président de la République, Paul Biya, avait annoncé la création d’un vaste programme d’encadrement des moto-taximen. Celui-ci n’a toujours pas vu le jour, six ans après. En attendant, les politiques de tous bords, comme cela s’est vu lors de la campagne présidentielle de 2018, se tournent tous vers cette catégorie de citoyens qu’ils considèrent uniquement comme du bétail électoral.

L’échec du transport urbain de masse

Dans une enquête publiée en novembre 2012, l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique classait le Cameroun au premier rang des pays importateurs de motos de marques chinoises en Afrique centrale, avec en moyenne 100.000 unités en circulation.

Le secteur a cru de manière exponentielle au cours des dernières années. Entre autres raisons : l’absence d’une règlementation contraignante sur l’importation de ces engins, et surtout à l’échec des politiques publiques en matière de transport urbain de masse, dans un contexte de boom démographique ostensible dans les principales villes. Dans l’optique de maîtrise de l’importation et l’afflux des engins et pièces destinés à l’exploitation des mototaxis, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, avait pourtant signé en un arrêté qui prévoyait pour acquérir une moto à usage commercial au Cameroun, il fallait désormais préalablement monter un dossier de demande d’agrément à lui adressé. Celui-ci est censé comprendre, notamment, une demande timbrée au tarif en vigueur, une expédition de l’immatriculation au registre du commerce et du crédit immobilier, une copie de la carte du contribuable, une attestation de la non-redevance, une attestation d’inscription au fichier d’importation.


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La mise en application de ce texte est à rude épreuve.

Des opérateurs économiques, fort de la bonne santé du secteur, importent massivement les motos bon marché de la Chine, avec la complicité des douaniers. Et parallèlement, des filières de contrebande se sont développées à la frontière poreuse du Cameroun avec le Nigeria, premier importateurs de motos du continent, dans le Nord et dans l’Extrême-Nord. Conséquence, les structures dédiées ont toutes les difficultés du monde à établir des statistiques fiables sur le nombre de motocycles en circulation en ce moment.

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