Jamais il n’avait été aussi proche de la victoire à une élection présidentielle. Le 09 août 2022, Raila Odinga qui bénéficiait à l’occasion du soutien du président sortant Uhuru Kenyatta au détriment de William Ruto qui avait été son vice-président durant son dernier mandat, avait mené la course en tête à ce scrutin, avant d’être rejoint puis dépassé par William Ruto, qui a gagné avec une courte avance de 50,49% contre 48,85%. A 79 ans aujourd’hui, l’opposant historique semble avoir participé pour la cinquième et dernière fois à une élection présidentielle depuis 2022, remportée par un autre ancien opposant, Mwai Kibaki. Ces dernières années, le vétéran de l’opposition kényane avait présenté quelques signes d’essoufflement sur le plan de la politique interne et s’était même rapproché de concurrent, l’ex-chef d’Etat Uhuru Kenyatta, qui avait favorisé sa nomination aux fonctions de représentant de l'Union africaine (UA) pour le développement des infrastructures en Afrique entre 2018 et 2023. Son passage au sein de la haute institution continentale semble lui avoir inspiré une ambition panafricaine.
Raila Odinga est en effet candidat déclaré à la présidence de la Commission de l’Union africaine, poste qui permettrait à cet ancien prisonnier politique de sortir par la grande porte après avoir échoué à devenir chef d’Etat. L’on imagine déjà bien ce qui devrait être les sujets de sa campagne : l’émancipation économique de l’Afrique et la lutte contre l’immigration clandestine des jeunes africains, entre autres thèmes sur lesquels l’ancien Premier ministre du Kenya est beaucoup revenu ces derniers temps. Personnalité très écoutée en Afrique, l’ancien président nigérian, Olusegun Obasanjo, a déjà ouvertement soutenu sa candidature à ce poste.
Plus important, il est soutenu par l’Etat kényan au plus haut sommet. Auréolé de sa casquette de président dédié à la réforme de l’Union africaine dans la perspective de la renforcer et la remettre au centre de la diplomatie et des politiques économiques du continent, le président William Ruto, soutient la candidature de son principal challenger à la dernière présidentielle. Il tient là, très probablement, une occasion de récolter d’autres lauriers au plan continental en formant avec le plus sérieux de ses adversaires politiques actuels, un tandem panafricaniste gagnant, avec le double avantage de pouvoir tenir cet opposant politique incisif à bonne distance des joutes politiques internes. L’élection de Raila Odinga viendrait, par ailleurs, renforcer la représentativité du Kenya au sein des organes dirigeants de l’UA.
Rajaonarimampianina et Mahmoud Ali en embuscade
Au vu des règles régissant le scrutin à venir, et sous réserve d’une plus grosse candidature régionale, le président du Mouvement démocratique orange apparaît pour l’heure comme le super favori à la succession du Tchadien Moussa Faki Mahamat, qui se retire en février 2025 après 8 années passées à la tête de la Commission de l’Union africaine. Car, pour le moment, seul Djibouti qui pèse théoriquement moins que le Kenya dans la diplomatie régionale, a annoncé officiellement qu’il présentera une candidature dans le reste des 15 pays d’Afrique de l’est, même si les Comores, la Tanzanie et la Somalie ont, selon divers médias, l’intention de briguer également le poste. Ce candidat officiellement déclaré n’est autre que le ministre des Affaires étrangères, Mahmoud Ali Youssouf, 58 ans. Le principe de rotation par ordre alphabétique (en anglais), entériné par les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’institution panafricaine le 15 mars dernier, accorde la priorité à l’Afrique de l’est pour le poste de futur président de la Commission.
Sur la base du même principe qui est nouveau, c’est l’Afrique du nord qui est censé hériter de la vice-présidence de cette instance pour le prochain mandat. Les deux hauts responsables doivent être élus lors d’un vote à la majorité des deux tiers. Dans la région Afrique de l’est, l’Ouganda, à travers son président Yoweri Museveni, a été le premier à apporter officiellement son soutien à la candidature de Raila Odinga, après avoir préalablement été à la manœuvre dans le rapprochement entre ce dernier et William Ruto. Hors de la région Afrique de l’est, Madagascar a annoncé la candidature de son ancien président Hery Rajaonarimampianina.

