Conjoncture

Vie chère: le gouvernement à court de solutions

Dos au mur, les pouvoirs publics montrent des signes d’essoufflement manifestes dans l’organisation de la résilience au Cameroun.

Cinq membres du gouvernement, en l’occurrence les ministres de la Recherche scientifique et l’Innovation, du Commerce, de l’Eau et de l’Energie, de la Communication et de l’Agriculture et du Développement rural, ont annoncé pompeusement une conférence de presse conjointe le 10 août dernier, pour s’exprimer sur les mesures prises par les pouvoirs publics contre la vie chère, consécutivement à la guerre en Ukraine. L’opinion s’était immédiatement prise à rêver qu’un nouveau train de mesures allaient être annoncées dans la foulée de celles prises précédemment pour juguler la hausse généralisée des prix. Le rêve était d’autant plus permis pour l’immense majorité des ménages camerounais que, quelques jours avant, le 06 août, en Côte d’Ivoire – pays de même niveau de développement que le Cameroun, le président Alassane Ouattara avait, lui-même, annoncé la mise en place d’une pléthore de réformes pour soutenir le pouvoir d’achat de ses concitoyens. Notamment, l’extension du bénéfice de l’indemnité contributive au logement et à sa revalorisation de 20. 000 Fcfa par mois pour l’ensemble des fonctionnaires et agents de l’Etat, l’instauration d’une prime exceptionnelle de fin d’année représentant un tiers (1/3) du salaire mensuel indiciaire de base, la hausse de l’allocation familiale de 5000 Fcfa par mois et par enfant pour les retraités du secteur public, la revalorisation de la prime mensuelle de transport et de l’allocation familiale de 2500 Fcfa à 7500 Fcfa par mois et par enfant pour tous les fonctionnaires et agents de l’Etat.

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Pour le secteur privé, le président ivoirien a annoncé la tenue de discussions prochaines entre son gouvernement et le patronat, en vue d’une revalorisation du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) dans les prochains mois. Au Cameroun, à contrario, l’organisation de la résilience, objet de la conférence de presse des cinq ministres du gouvernement Dion Ngute, s’est limitée à ressasser les actions passées. Notamment, le collectif budgétaire décidé par le chef de l’Etat dans le cadre de l’ordonnance du 2 juin 2022 complétant certaines dispositions de la loi des finances de l’exercice 2022, qui a porté de 120 à 480 milliards Fcfa, le montant des subventions de l’Etat au profit des produits pétroliers. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, s’est félicité de ce que cette décision présidentielle a permis de garder inchangés jusqu’à présent, les prix des hydrocarbures respectivement à la pompe et au détail, « en dépit de l’envolée immédiate et presque généralisée des cours du baril observée sur le marché international ».

Le gouvernement au bout du rouleau

Par le passé et, s’agissant des autres produits, le gouvernement a certes décidé d’un certain nombre de mesures d’accompagnement, au nombre desquelles l’exonération ou la réduction selon les cas, des taxes et droits de douane à l’importation sur certains produits particulièrement visés par les risques d’inflation, notamment, le blé, les produits ferreux, l’huile de palme brut, le riz, le poisson, les matériaux de construction, etc. Bien avant, il avait décidé d’un abattement de 50% de l’acompte de l’impôt sur le revenu, ainsi que la suspension du précompte sur vente pour de nombreuses filières. Mais dans l’ensemble, ces mesures n’ont eu qu’un impact mitigé sur la protection du pouvoir d’achat. Si au plan global, le taux d’inflation se situe à fin juillet 2022 autour de 4,5%, ce qui est déjà largement au-dessus de la norme en vigueur au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) qui est de 3%, les prix de certains intrants et produits de grande consommation ont doublé, au grand dam des ménages dont les revenus restent statiques quand ils ne se dégradent pas simplement.

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La tentative pour le ministère du Commerce de garantir la disponibilité des produits de fabrication locale à travers la suspension provisoire de certaines exportations vers les pays voisins, et les campagnes de vente promotionnelle à bas prix sur l’ensemble du territoire national a échoué lamentablement. La Communication du 10 août a laissé un goût amer aux manages étranglés par la vie chère, et le gouvernement a donné l’impression qu’il était désormais au bout du rouleau et ne disposait plus d’une marge de manœuvre pour arrêter la folie des prix.

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