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Zones économiquement sinistrées : les investisseurs peu enthousiastes un an après

La persistance du climat d’insécurité dans les régions du Nord-Ouest, Sud-Ouest et Extrême-Nord développe la réticence des investisseurs, malgré les mesures d’incitations du gouvernement.

Septembre 2019-septembre 2020. Cela fait un an que le Premier ministre Dion Ngute a défiscalisé les régions du Nord-Ouest, Sud-Ouest et Extrême-Nord pour attirer les investissements. Depuis cette période, tout investisseur qui démarre une activité dans ces « zones économiquement sinistrées » (ZES), s’en trouve exempté du paiement de la contribution des patentes, la taxe sur la valeur ajoutée sur les acquisitions de biens et services, les droits d’enregistrement sur les mutations immobilières et la taxe sur la propriété foncière sur les immeubles affectés au projet, pendant trois ans. Et pour cause, ces parties du pays sont en proie à de graves problèmes sécuritaires depuis au moins trois ans, avec des répercussions sur le tissu économique. A travers cette mesure, l’Etat du Cameroun entendait offrir des incitations diverses aux entreprises désireuses de s’installer dans ces zones touchées par l’insécurité.

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Faible engouement

Ces mesures incitatives peinent pourtant à convaincre les hommes d’affaires. Le Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam) a formulé des réserves à l’endroit du gouvernement, appelant à des clarifications sur le régime des zones économiquement sinistrées. Notamment sur des questions relatives au pourcentage minimal d’utilisation de la matière première ; aux modalités de délivrance de l’agrément préalables pour bénéficier desdites incitations, des avantages en matière douanières, le seuil d’investissement dans la définition du plafond du crédit d’impôt dont peuvent bénéficier les investissements de reconstitution, entre autres. A ce jour, aucune entreprise n’a encore entrepris des démarches pour bénéficier des incitations gouvernementales, a appris EcoMatin de sources avisées. Elles redoutent l’impact des conflits permanents sur leurs fonctionnements.

A cela, s’ajoute les effets négatifs de la crise de la Covid-19 sur les structures qui a contraint les chefs d’entreprises à revoir leurs stratégies de développement. Les affrontements entre bandes armées séparatistes et forces de défense camerounaises sont devenues quasi quotidiennes dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis le 01er octobre 2017, date à laquelle les partisans de la sécession avaient symboliquement déclaré l’indépendance du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

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Odeurs d’insécurité

Les affrontements entre bandes armées séparatistes et forces de défense camerounaises sont devenues quasi quotidiennes dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis le 01er octobre 2017, date à laquelle les partisans de la sécession avaient symboliquement déclaré l’indépendance du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Dans un rapport paru en juillet 2018, le Gicam estimait déjà le manque à gagner à près de 270 milliards de francs CFA (environ 412 millions d’euros). Les pertes enregistrées dans le secteur des télécommunications se chiffrent pour leur part à plus de 100 millions de Francs CFA. Sur place, l’activité brassicole a elle aussi connu d’importants dégâts avec des pertes estimées à 40 milliards de Francs CFA en 2017. Outre l’incendie de camions de transport, les exactions des bandes armées ont conduit à des perturbations des circuits de distribution, empêchant de fait la disponibilité des produits dans les zones reculées.

L’agriculture reste le secteur le plus touché par la situation d’insécurité qui sévit dans les régions anglophones. Les effets se manifestent par la baisse des activités, à défaut de leur arrêt. Notamment dans les filières bananes, hévéa et huile de palme et thé. Lesquelles ont enregistré des manques à gagner de plus de 216 milliards de Francs CFA.

Avec une population autrefois estimée à 3,5 millions d’habitants, soit 16 % de la population camerounaise, les deux régions contribuaient encore pour 16,3 % au PIB en 2015. Les taux d’exécution du PIB ont connu une forte baisse courant 2019. Passant à 4% dans le Nord-Ouest et 8% dans le Sud-Ouest au premier trimestre.

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