Abordant la situation du secteur bancaire camerounais dans son dernier rapport sur le pays, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué qu’il faisait preuve de résilience. Toutefois, l’institution a déploré sa forte exposition non seulement sur l’État camerounais, mais aussi sur les autres États de la Cemac. Cela signifie que la part des États dans le portefeuille de prêts des banques commerciales implantées au Cameroun a atteint un niveau critique menaçant l’équilibre du système financier.
Selon le FMI, le portefeuille souverain des banques camerounaises était de 3 500 milliards de Fcfa à fin 2023 avec des expositions importantes au Congo, au Gabon et au Tchad. « L’exposition des banques camerounaises au secteur public de la Cemac, y compris aux entreprises publiques, a rapidement augmenté depuis la crise du Covid-19, passant de 27 % du total des actifs en 2019 à 37 % en décembre 2023 ». Avec cette progression, le Cameroun est logé au 4e rang des pays d’Afrique subsaharienne où les banques sont les plus exposées aux risques souverains. Le Soudan du Sud arrive en tête avec un taux d’exposition de 45%, suivie de la Sierra Leone (38%), et la Gambie 36%.
Cette exposition a plusieurs conséquences sur le système économique du pays. La première est l’effet d’éviction sur le secteur privé, ce qui pourrait entraver les efforts de diversification économique. Ensuite, l’éviction des États eux-mêmes qui commence déjà à se faire ressentir compte tenu de la nécessité pour les banques de respecter certains ratios. « La forte exposition des banques camerounaises aux entités du secteur public dans la Cemac, avec l'un des liens les plus étroits entre les banques et le souverain dans la région de l'Afrique subsaharienne, nécessite un suivi étroit des risques associés, en étroite consultation avec la Cobac », indique l’institution de Bretton Woods.
Pondération de risque nulle
À l’échelle régionale, les services du FMI ont encouragé la Cobac et la Beac à travailler ensemble pour garantir que les spécialistes en valeurs primaires (principalement des banques) ne détiennent pas toutes les nouvelles émissions souveraines. Cela suppose de développer un marché secondaire dynamique. Pour réduire cette exposition des banques sur les États, le FMI a également suggéré à la Cobac de s'éloigner de manière systématique de la pondération de risque zéro attribuée aux États pour leurs emprunts. La pondération de risque nulle attribué par le régulateur permet, en effet, aux États de cette région de lever facilement des financements sur le marché domestique sans que les banques qui y souscrivent ne soient astreintes à provisionner pour couvrir le risque de crédit.
Ces provisions sont pondérées sur la base du respect par le pays émetteur des critères de convergence de surveillance multilatérale. En appliquant la pondération juste, les banques seraient moins enclines à prêter aux États. Si cela est appliqué, il sera plus difficile pour le Cameroun de s’endetter auprès des banques locales.

