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Agro-industrie : la CDC entre en soins intensifs

L’expertise canadienne et française est à cet effet mise à profit pour restructurer le fleuron de l’agro-industrie camerounaise.

Publiée jeudi 15 novembre 2018 à 08:49:15Modifiée mardi 11 décembre 2018 à 19:56:42Temps de lecture 9 minPar EcoMatin

CDC
La société française, Thyllium SAS et la canadienne Innovative Trailer Design (ITD International). Ce sont là les deux entreprises étrangères à qui il revient de donner un nouveau souffle à la Cameroon Development Corporation (CDC).  Ces structures ont signé des accords de partenariat avec le ministre camerounais en charge de l’Agriculture, Henri Eyebe Ayissi, le 09 novembre 2018 à Yaoundé, en vue de la restructuration de la CDC. D’un coût de 84 milliards de FCFA, les grandes lignes de cette réhabilitation de la CDC portent sur la fourniture des intrants et des engins à cette unité agro-industrielle publique exploitant des bananeraies et des plantations d’hévéa dans les régions du Sud-Ouest et du Littoral du Cameroun. Les partenariats intègrent également la régénération des plantations, les formations et les recyclages du personnel. Cette restructuration de la CDC est annoncée depuis le mois de juin 2018 et trois entreprises étrangères étaient pressenties pour cela. Il s’agissait de deux entreprises françaises, Fertilore, Thyllium SAS et une égyptienne, Timac Agro. Les représentants de ces entreprises avaient d’ailleurs signé un mémorandum d’entente avec le Minader, Henri Eyebe Ayissi. Pierre Vasseur de Timac Agro, promettait à travers ce contrat de sous-traitance, la fertilisation de 400 hectares de bananeraies de la CDC. Pour sa part, Bruno Schambacher de Thyllium, expliquait que son entreprise allait concevoir l’installation et la mise en service de deux usines clé en main. L’une  destinée à la production de l’huile de palme brute et l’autre, à la production du caoutchouc. Ce qui devait permettre de relancer la production actuellement en berne. Mais finalement, ce sont une entreprise française, Thyllium et une canadienne Innovative Trailer Design (ITD International) qui ont été retenues pour mettre en branle cette relance de la CDC. Il faut souligner que ce n’est pas la première fois que la CDC fait recours à une expertise étrangère pour sa survie. Et, c’est la même société canadienne ITD qui de nouveau se chargera de la restructuration de la CDC qui avait d’abord été sollicitée pour l’acquisition des engins à travers une commande de 39 milliards de FCFA. Des équipements qui devaient servir à diversifier la production de la CDC. Comme l’expliquait Benjamin Itoe, son président du conseil d’administration, «Ces engins lourds nous permettront d’accroître notre production, non seulement dans le cadre des produits traditionnels comme la banane et le caoutchouc, mais aussi le manioc, le maïs,  ainsi que le piment. Nous disposons des terres pour le faire. Mais, pour cela, il nous faut des équipements».

>> Lire aussi - Entreprenariat: l'agriculture boud&e par les entreprises camerounaises


Cette option de diversification des produits de la CDC avait été prise depuis 2016 par le conseil d’administration qui avait suggéré au top management de cette entreprise de s’intéresser principalement à la production du maïs, du manioc et même du poivre, trois produits «à cycle court» et «directement rentables». Il faut rappeler que la signature des accords pour la réhabilitation de la CDC survient dans un contexte marqué par les violences perpétrées dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun par les sécessionnistes anglophones, dont les exactions ont conduit à la fermeture de plusieurs unités de production de la CDC. Victime de la crise anglophone, la CDC atteint la cote d’alerte C’est sans nul doute le pan le plus important des activités de la Cameroon Development Corporation (CDC) qui paie un lourd tribut de la crise socio-politique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Les exportations de bananes de l’agro-industrie publique qui exploite de vastes plantations d’hévéa et de bananes dans cette partie du pays sont en chute libre. Seulement 1 488 tonnes, c’est le volume de bananes exportées au mois d’août 2018 par cette entreprise. Selon les statistiques compilées par l’Association bananière du Cameroun (Assobacam), la CDC, 2ème employeur du pays après la Fonction publique, enregistre ainsi sa plus mauvaise performance en termes d’exportations sur une période d’un mois, depuis l’année 2005, soit 13 ans. Calculette en main, en août 2018, ce mastodonte de l’agro-industrie au Cameroun a exporté pratiquement six fois moins de bananes qu’en août 2017 (8 560 tonnes), et fait à peine mieux que la société Boh Plantations (Bpl). Selon l’Assobacam, ce petit poucet du secteur local de la banane a exporté 1 164 tonnes de bananes au cours du mois d’août 2018, contre 12 261 tonnes pour la société des plantations du Haut Penja (PHP), le leader du marché. Selon diverses sources, la dégringolade de la CDC sur le marché de la banane est la conséquence directe des revendications violentes des séparatistes anglophones, en cours depuis plus d’un an dans la région du Sud-Ouest du Cameroun, où la CDC possède toutes ses plantations. L’insécurité installée par cette situation est telle que cette société d’Etat a dû fermer la plupart de ses plantations à l’exploitation, laissant ainsi oisive, une bonne partie de ses 22 000 employés. Cette situation d’insécurité a fait chuter les exportations camerounaises de bananes en général. Ces exportations ont chuté de 13 394 tonnes, en septembre et octobre 2018. Au cours des mois de septembre et d’octobre 2018, les producteurs de bananes en activité sur le territoire camerounais ont exporté 29 747 tonnes de produits, selon les statistiques de l’Assobacam. Cette cargaison est en baisse de 13 394 tonnes, en comparaison avec les 43 141 tonnes exportées sur la même période en 2017. La proportion de cette baisse est pratiquement équivalente aux quantités exportées au cours de la même période en 2017 par la CDC (14 442 tonnes), unité agro-industrielle publique, qui affiche des exportations nulles en septembre et octobre 2017, selon le listing publié par l’Assobacam.
Cette situation a obligé le top management de la CDC à mettre 12 sites en arrêt total de production, certains sites étant devenus des camps de base pour des assaillants armés qui en ont délogé les travailleurs
En effet, depuis un an, cette entreprise a vu ses activités plombées à cause des violences orchestrées dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest par des sécessionnistes qui revendiquent la partition du pays. Ces derniers mois, les sécessionnistes ont multiplié des exactions dans les plantations de la CDC, s’attaquant à l’intégrité physique des employés. Cette situation a obligé le top management de la CDC à mettre 12 sites en arrêt total de production, certains sites étant devenus des camps de base pour des assaillants armés qui en ont délogé les travailleurs, pendant que 10 sites ne sont plus que partiellement opérationnels en raison des interruptions sporadiques d’activités suite à des attaques de groupes armés, des interruptions de l’alimentation en énergie électrique ou à cause de l’inaccessibilité à certaines zones. 07 autres sites dont 02 usines (Tiko et Idenau) et 05 plantations (Debundscha, Missellele, Ndongo, Mondoni et Moquo) sont encore entièrement opérationnels. En termes d’emplois, on estime à 6 124 déjà perdus (sites en arrêt de production) et 5 805 autres relevant des sites partiellement opérationnels sont gravement menacés, souligne un rapport du Gicam). Interrogations sur l’expertise des entreprises étrangères retenues Elles étaient donc trois pressenties pour la restructuration de la Cameroon Development Corporation (CDC) au mois de juin dernier. Notamment, deux entreprises françaises, Fertilore, Thyllium SAS et une égyptienne, Timac Agro. Mais finalement, elles ne sont que deux à avoir été retenues pour cette tâche. Donc, une entreprise française, Thyllium et une autre canadienne Innovative Trailer Design (ITD International). Dans leur cahier de charges à la suite des accords de partenariat signés avec le Cameroun, figurent entre autres la fourniture des intrants et des engins à cette unité agro-industrielle publique exploitant des bananeraies et des plantations d’hévéa dans les régions du Sud-Ouest et du Littoral du Cameroun. Mais également la régénération des plantations, les formations et les recyclages du personnel. Mais il reste que les mobiles ayant prévalu pour leur sélection ne sont clairement définis. Si, au ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, des précisions ne sont données dans ce sens, il reste constant que l’expertise de ces deux entreprises dans le domaine de l’agro-industrie n’est pas clairement établie.
Si pour la société canadienne, le profil est facilement repérable, il n’en est pas le cas pour la société française, Thyllium SAS. Celle-ci ne figure même pas parmi les principales entreprises spécialisées dans l’agro-industrie française
Pour l’entreprise canadienne, Innovative Trailer Design (ITD International), il est clair qu’elle est spécialisée dans les remorques sur mesure avec côtés extensibles pour utilisation en tant que salles de classe mobiles, points de vente, présentoirs, etc., camions et remorques d'occasion; pièces, service et modifications; inspections de sécurité. Concessionnaire de remorques Wabash Canada, elle est enregistrée auprès de Transports Canada pour: Semi-Remorque [Air] et est désormais fabricant d’équipements personnalisés, de véhicules, de remorques et de bâtiments modulaires, basée à Mississauga, en Ontario. L’on peut aisément comprendre pourquoi elle avait d’abord été retenue pour l’acquisition des engins à travers une commande de 39 milliards de FCFA. Des équipements qui devaient servir à diversifier la production de la CDC. Mais pour ce qui est des domaines spécifiques concernés par la restructuration de la CDC, l’expertise de cette société canadienne n’est pas clairement établie.

Si pour la société canadienne, le profil est facilement repérable, il n’en est pas le cas pour la société française, Thyllium SAS. Celle-ci ne figure même pas parmi les principales entreprises spécialisées dans l’agro-industrie française, de même des recherches sur internet  ne permettent pas d’en savoir plus sur cette entreprise. Peut-être ces entreprises retenues pour la réhabilitation de la CDC n’apporteront que 84 milliards nécessaires pour cette réhabilitation, ce qui n’est pas clairement dans leurs accords de partenariat. D’ailleurs, la réhabilitation de la CDC avait-elle autant besoin de l’expertise étrangère, pourrait-on se demander.

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