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Amir Ben Yahmed : "Notre mission est de contribuer à l’émergence de nouveaux champions africains"

Fondateur de l’Africa Financial Summit (AFIS), rendez-vous annuel coorganisé par Jeune Afrique Media Group et la Société financière internationale (IFC), réunissant des décideurs publics, banquiers, investisseurs, assureurs, fintechs et régulateurs africains, le directeur général du groupe Jeune Afrique dévoile les enjeux de la quatrième édition qui se tient du 3 au 4 novembre, à Casablanca, au Maroc.

Publiée jeudi 25 septembre 2025 à 16:30:38Modifiée samedi 27 septembre 2025 à 13:46:01Temps de lecture 6 minPar EcoMatin

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Amir Ben Yahmed Fondateur de l’Africa Financial Summit (AFIS)

Vous organisez pour la quatrième fois l’Africa Financial Summit. En quatre éditions, quel bilan pouvez-vous dresser après ?

Depuis sa création en 2021, l’AFIS s’est imposé comme le rendez-vous incontournable qui réunit tous les acteurs de la finance africaine autour d’une ambition commune : transformer l’industrie financière en un levier de souveraineté, d’inclusion et de développement réel pour le continent. En quatre ans, nous avons bâti une communauté panafricaine puissante, rassemblant décideurs publics, dirigeants de banques, d’assurances, fondateurs de fintechs ainsi que régulateurs de plus de 70 pays, afin de faire émerger des solutions concrètes et d’accélérer la dynamique des réformes. Au-delà du sommet annuel, l’AFIS est devenu un véritable moteur d’idées et d’actions. Grâce à la mobilisation de nos instances de gouvernance (Supervisory Council et Steering Committee), composées de leaders de l’industrie financière africaine, nous nourrissons le débat avec des propositions régulières qui contribuent à stimuler l’innovation, accélérer les réformes et favoriser l’émergence de nouveaux champions africains de la finance.

Lire aussi : Africa Financial Summit 2025 : les têtes d’affiche de la 4e édition

Comme à chaque édition, de grands noms de la finance sont attendus à Casablanca, y compris des hauts dirigeants. Au-delà, quelles seront les innovations du rendez-vous de cette année ?

L’AFIS s’attache chaque année à offrir une programmation d’excellence, rassemblant des panélistes et conférenciers experts issus de l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie financière africaine : acteurs publics, privés, régulateurs, fintechs, assureurs, marchés de capitaux. Cette diversité garantit une réflexion complète et des échanges riches. Par ailleurs, l’innovation dans les formats — master classes interactives, tables rondes ciblées — est essentielle, d’une part pour garder l’attrait du sommet, et d’autre part pour encourager la participation active et transformer le dialogue en actions. Cette année, la programmation s’articule autour de cinq priorités concrètes : libérer le capital institutionnel en alignant les cadres réglementaires ; donner aux institutions financières africaines les moyens de financer les projets nationaux structurants (énergie, infrastructures, logistique, ressources) ; mettre les marchés de capitaux et les fintechs au cœur de la mobilisation de l’épargne et du financement des PME ; consolider les marchés de l’assurance face aux risques émergents, du climat à la cybersécurité ; assurer une véritable interopérabilité réglementaire pour permettre aux grandes initiatives panafricaines (ZLECAf, PAPSS, AELP) de déployer leur plein potentiel. Enfin, en parallèle du programme principal, nos partenaires, à travers leurs side events, offrent des espaces dédiés pour approfondir des thématiques spécifiques, favoriser les échanges ciblés et multiplier les opportunités de networking. Ces side events jouent un rôle clé dans l’enrichissement de l’expérience de l’AFIS. En apportant des contenus exclusifs et en donnant la parole à une diversité d’acteurs, allant des institutions internationales aux start-ups fintech, ils participent à la pertinence globale du sommet. Cette exigence d’expertise et de dynamisme est ce qui distingue l’AFIS comme la plateforme panafricaine de référence pour faire avancer la finance africaine. Au-delà du sommet annuel et de ses conférences, nous voulons que l’AFIS soit un laboratoire d’idées et de solutions concrètes pour la finance africaine.

Le comité scientifique a placé le curseur sur l’exigence d’autonomie stratégique de l’Afrique et retenu comme thème « Notre capital, notre puissance : libérons la souveraineté financière de l’Afrique ». Qu’est-ce qui vous a motivé à axer la réflexion autour de cette problématique ?

Le thème d’AFIS 2025 s’inscrit pleinement dans la continuité des ambitions portées lors des éditions précédentes. En 2024, nous avions mis l’accent sur l’émergence des puissances financières africaines, et en 2023, sur la construction d’une industrie financière africaine de classe mondiale. Cette progression naturelle nous conduit aujourd’hui à dépasser le modèle de dépendance, pour entrer dans une nouvelle phase de co-construction véritable des écosystèmes financiers. Parce que l’Afrique ne manque pas de capitaux, elle manque de mécanismes pour les mobiliser efficacement. Nos fonds de pension, fonds souverains, banques, assurances et même l’épargne de la diaspora représentent des milliers de milliards de dollars. Cela implique de repenser les architectures existantes pour briser les cloisonnements et instaurer une coordination structurée à l’échelle continentale, fondée sur une confiance mutuelle entre administrations, régulateurs et acteurs privés. C’est aussi placer les champions financiers africains au cœur d’une vision ambitieuse, qui repose sur le leadership régional, la souveraineté économique, et une gestion proactive et intelligente des risques. Le thème choisi cette année exprime cette conviction : l’Afrique n’a pas besoin d’être sauvée, elle a besoin de ses propres économies et de son capital. C’est le moment d’en faire un levier de souveraineté financière et de puissance économique.

Quand on sait que plusieurs pays du continent privilégient encore les importations et s’appuient sur des financements extérieurs, pensez-vous que les États soient véritablement souverains du point de vue financier ? Comment peuvent-ils parvenir à s’émanciper ?

La souveraineté financière est à notre portée. Le Maroc en est un exemple concret. En vingt ans, son taux de bancarisation a progressé de 35 points pour atteindre 58 %, grâce à des réformes ambitieuses et à une stratégie claire d’inclusion financière. Le pays a accéléré la digitalisation des paiements, renforcé ses banques et ses compagnies d’assurance qui sont aujourd’hui des acteurs régionaux majeurs, et développé une place financière solide avec Casablanca Finance City, devenue un hub stratégique pour tout le continent. Cette réussite repose sur une volonté politique assumée, une souveraineté affirmée et des instruments adapté. C’est précisément le modèle que nous défendons à l’AFIS : offrir un espace unique où ces convergences deviennent réalité, grâce au dialogue entre régulateurs, investisseurs et institutions financières africaines. Notre mission est de nourrir le débat avec des propositions concrètes, d’accélérer les réformes et de contribuer à l’émergence de nouveaux champions africains capables de porter cette souveraineté financière.

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