Une nouvelle ère s’ouvre à la Banque africaine de développement (BAD). Hier lundi, au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan, Sidi Ould Tah a officiellement pris ses fonctions en tant que neuvième président du groupe, succédant au Nigérian Akinwumi Adesina, qui vient d’achever deux mandats successifs. Élu le 29 mai dernier avec plus de 76 % des voix des actionnaires, un score inédit pour un premier mandat, le Mauritanien de 60 ans arrive avec une feuille de route claire et de fortes attentes. La cérémonie de prestation de serment s’est tenue en présence du président ivoirien Alassane Ouattara et de son homologue mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, mais aussi des anciens présidents de la Banque, Donald Kaberuka et Akinwumi Adesina, des membres du conseil des gouverneurs, des administrateurs, ainsi que de nombreux partenaires internationaux.
Pour Alassane Ouattara, ce passage de témoin marque « un jalon historique dans la vie de notre institution panafricaine ». Son homologue Ghazouani, lui, a rappelé la « lourde responsabilité » de faire de la BAD un outil encore plus décisif au service de la paix, de la prospérité et du développement du continent. L’élection de Sidi Ould Tah, avec la plus large marge jamais obtenue pour un premier mandat, reflète une large confiance. Il hérite d’une institution solide avec 318 milliards de dollars de capital, une notation AAA maintenue depuis dix ans, et plus de 102 milliards de dollars de financements approuvés pour le développement de l’Afrique au cours de la dernière décennie.
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La BAD reste ainsi l’acteur financier multilatéral le mieux noté du continent. Ancien président de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), Sidi Ould Tah y a conduit une transformation institutionnelle marquée par un triplement des actifs et une montée en puissance des décaissements. Il fut également ministre de l’Économie et des Finances de Mauritanie entre 2008 et 2015, mais aussi gouverneur au sein des conseils d’administration de la BAD, de la Banque mondiale et de la Banque islamique de développement.
Dans son discours d’investiture, le nouveau président a décliné les quatre points cardinaux de son action, notamment pour les 100 premiers jours : écouter, c’est-à-dire, être attentif aux besoins exprimés par les États membres, les investisseurs et les populations ; réformer, c’est-à-dire, accélérer la transformation interne afin de rendre la Banque plus agile et moins bureaucratique ; renforcer les partenariats en intensifiant la collaboration avec les gouvernements, le secteur privé, les bailleurs multilatéraux et de nouveaux acteurs comme les fonds souverains et les fonds de pension ; et agir vite en apportant des solutions concrètes et en intégrant un pilier dédié à l’investissement pour la paix. « Nous serons la banque qui comble les fossés entre les régions, entre les ambitions et la mise en œuvre, entre l’urgence et la bureaucratie », a-t-il lancé.
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Pour Sidi Ould Tah, la BAD doit jouer un rôle de boussole face aux défis du XXIe siècle, notamment l’explosion démographique, la transition technologique, les changements climatiques et l’intégration économique. L’enjeu, estime-t-il, n’est pas d’imiter d’autres modèles, mais de tracer une voie africaine. « L’Afrique doit regarder vers le nord, le sud, l’est et l’ouest, non pas pour copier, mais pour puiser la sagesse et la force dans toutes les directions, tout en définissant sa propre voie. »
Catalyseur d’investissements
Le nouveau président a insisté sur la nécessité de sélectivité : la BAD ne doit pas « être tout pour tout le monde », mais concentrer ses ressources sur les domaines où son impact est le plus déterminant, en synergie avec ses partenaires. Dans cette optique, il a salué l’implication des institutions déjà alliées, comme Finance en commun, le Club international de financement du développement ou l’Alliance des institutions financières africaines, tout en ouvrant la porte à de nouvelles coopérations.
Dans les prochains jours, Sidi Ould Tah réunira le personnel de la Banque, qu’il considère comme « la ressource la plus précieuse de l’institution », pour préciser la déclinaison opérationnelle de sa vision. Son ambition est claire : transformer la BAD en un catalyseur d’investissements qui serve les priorités africaines selon les propres conditions du continent. Avec une légitimité renforcée, une expérience internationale reconnue et une institution financière solide, le nouveau président entend inscrire son mandat sous le signe de l’efficacité et du partenariat. Son mot d’ordre : replacer la BAD au cœur des solutions africaines, pour faire de l’institution le levier majeur d’une Afrique plus intégrée, prospère et souveraine.
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