Au Cameroun, le taux de pénétration des services d’assurance reste relativement faible (2 %, selon l’ASAC 2022), avec une contribution de seulement 0,9 % au PIB. Pour redynamiser ce secteur, le Comité national économique et financier du Cameroun (CNEF) et l’Association des sociétés d’assurances du Cameroun (ASAC) ont identifié plusieurs services à rentabiliser afin d’atteindre une contribution de 2 % du PIB à l’horizon 2030. Parmi eux : l’assurance des biens de l’État, des espaces publics, ou encore des entreprises privées.
Assurer les biens de l’Etat
Le rapport du CNEF intitulé « Assurances obligatoires : levier de développement du chiffre d’affaires des assurances au Cameroun » cite l’État comme une opportunité stratégique encore sous-exploitée. « Dans une large mesure, l’État demeure son propre assureur, conservant les risques », peut-on lire. En effet, de nombreux biens publics (bâtiments, véhicules, infrastructures) ne sont pas couverts, ce qui expose l’État à des pertes importantes en cas de sinistre, comme ce fut le cas lors de l’incendie de l’Assemblée nationale en 2018. Le rapport recommande donc de rendre obligatoire l’assurance des biens publics et des espaces collectifs.
Lire aussi : CEMAC: Les compagnies d'assurance frôlent 500 milliards FCFA de chiffre d’affaires annuel (BEAC)
Pour les privés, l’association des assureurs propose également de reconduire l’assurance habitation et responsabilité civile locative en assurance obligatoire. Quatre autres services assurances sont proposés dans la liste de nouvelles assurances obligatoires, notamment : l'assurance santé pour toutes les entreprises d’au moins 50 salariés ; indemnité de fin de carrière ; retraité complémentaire ; en cas de décès et frais funéraires. Aussi, le Cnef recommande le rétablissement du fonds de garantie automobile (FOGAC), institué par la loi N° 2015/ 013 du 16 juillet 2015 et dont les textes d’application ne sont toujours pas disponibles, rendant l’opérationnalisation non effective à date. « Le but du fonds, au regard du nombre élevé des accidents de circulation et pour lesquels de nombreuses victimes ne sont pas indemnisées, est d’assurer l’indemnisation des victimes d’accidents impliquant des véhicules terrestres à moteur, ainsi que leurs remorques et semi‐remorques, qui ne sont pas assurés au moment de l’accident », explique le rapport.
Un bond attendu du chiffre d’affaires
Si ces propositions sont implémentées, le Cnef projette une hausse de 260% du chiffre d’affaires des assurances, soit plus de 1 000 milliards FCFA en 2030 contre 285,045 milliards FCFA à fin 2024, selon les données provisoires de l’Asac. Le segment de l’assurance des biens, représentant plus de 65% de cette enveloppe, a généré 187,91 milliards FCFA la même année. Les bénéfices et volumes d’émission de crédits pour le secteur bancaires seraient également impactés avec une hausse respective de 260% et 72%, ainsi qu'une hausse de 60% du nombre d’emplois dans le secteur.
Des services à optimiser
Au Cameroun, une vingtaine de services d’assurance sont déclarés obligatoires contre 180 pour la France et 18 en Côte d’Ivoire, où ils sont de meilleure application (respectivement 9,5% et 1,29% du PIB en 2021). On peut citer entre autres : l’assurance marchandises importée (pour une valeur supérieure ou égale à 500 000 FCFA), l’assurance tous risques chantiers et responsabilité décennale (pour les constructions d’une valeur supérieure ou égale à 100 millions FCFA), l’assurance location conteneur (en attente d’application) et les assurances obligatoires des professions libérales dépendant des ministère de la Justice, de la santé publique, du tourisme et de l’urbanisme.
Lire aussi : Cameroun : le classement des compagnies d’assurances en 2024
L’assurance automobile, adossée à la garantie obligatoire responsabilité civile, est la première branche contributrice au chiffre d’affaires du marché (35% en 2022) et le service d’assurance obligatoire le mieux appliqué aux côtés de l’assurance maladie (18%). Afin de maximiser les assurances obligatoires existantes, qui représentent un potentiel de 20 milliards FCFA de chiffre d’affaires annuel, l’Asac et le Cnef invitent le gouvernement à mettre en place des mesures pour rendre ces assurances obligatoires d’application effective.

