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Banques et Finance

Cameroun : ce qu’il faut retenir de la Finance Week 2025

Placée sous le thème « Nouvelle réglementation des changes et développement économique en zone CEMAC », la troisième édition de la Finance Week, organisée le 17 juin 2025 à Yaoundé par le journal EcoMatin, a réuni près de 500 experts et décideurs. Entre avancées notables, résistances sectorielles et propositions innovantes, cet événement a permis de faire le point sur l’impact d’une réforme monétaire stratégique pour l’avenir économique de la sous-région.

Publiée samedi 21 juin 2025 à 16:49:41Modifiée jeudi 19 mars 2026 à 12:36:26Temps de lecture 9 minPar Arthur WANDJI

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Quelques participants de la Finance Week 2025

Le 17 juin 2025, Yaoundé a accueilli la troisième édition de la Finance Week, un rendez-vous désormais incontournable du paysage économique d’Afrique centrale. Organisée par EcoMatin, journal de référence en matière d’analyse financière dans la sous-région, cette édition avait pour thème : « Nouvelle réglementation des changes et développement économique en zone CEMAC ». Environ 500 participants — décideurs publics, banquiers, économistes, régulateurs et représentants du secteur privé — ont pris part aux travaux. L’évènement, parrainé par le ministre camerounais des Finances Louis Paul Motaze, représenté par son secrétaire général Gilbert Didier Edoa, a permis d’ouvrir un débat technique de haut niveau sur les effets, les limites et les perspectives de la réglementation des changes adoptée en 2018 et entrée en vigueur en 2019 en zone CEMAC.

Une réforme pour asseoir la souveraineté financière de la CEMAC

Dès l’ouverture des travaux, les termes du débat ont été posés avec clarté. La nouvelle réglementation des changes, adoptée par la CEMAC à travers le Règlement n°02/18/CEMAC/UMAC/CM, vise à renforcer la stabilité extérieure de la monnaie, en améliorant la gestion des devises issues des exportations. Elle poursuit plusieurs objectifs : garantir la couverture des importations et du service de la dette, lutter contre l’évasion fiscale, éviter les sorties incontrôlées de capitaux, attirer les investissements étrangers, mais aussi préserver la parité fixe du franc CFA avec l’euro.

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« Il y a des points de croissance en jeu », a martelé le secrétaire général du ministère camerounais des Finances. L’idée principale est que la gestion des flux financiers internationaux n’est plus seulement une question de respect des règles, mais qu’elle est devenue un levier essentiel de souveraineté économique pour les États de la CEMAC.

Des obstacles persistants à l'application intégrale

Mais cette ambition se heurte à plusieurs freins. Dans son exposé très attendu, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a tiré la sonnette d’alarme sur les retards d’application du texte, notamment dans le secteur extractif. Les sociétés pétrolières en particulier sont accusées de ne pas jouer le jeu du rapatriement des devises, privant la Banque centrale d’un flux estimé à plus de 6 000 milliards FCFA en réserves. Cette catégorie d’acteurs contribue très faiblement à la constitution des devises, malgré les injonctions répétées des autorités monétaires et politiques.

Pour la BEAC, cette situation fragilise toute la stratégie. « Tous les assujettis sont invités à rapatrier l’intégralité des recettes d’exportation, sans quoi nous ne pourrons consolider l’autonomie monétaire de notre sous-région », a rappelé Yvon Sana Bangui. Le représentant du ministre camerounais des Finances a, de son côté, appelé à une application stricte des délais de rapatriement prévus par la réglementation.

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Dans ce contexte, les banques commerciales sont appelées à jouer un rôle clé de relais. Mais leur mission est entravée par plusieurs contraintes : manque d’outils de contrôle automatisés, lourdeurs administratives, retards dans les transferts, complexité de certains textes, etc. Le gouverneur a aussi souligné que les chantiers internes à la BEAC sont encore en cours. Il a fallu, dans des délais courts, mettre en place des plateformes de gestion (e-transfer), structurer des services dédiés, recruter du personnel, établir des procédures, sans compter que l’ensemble des textes d’application ne sont pas encore finalisés.

Des résultats déjà significatifs

Malgré ces difficultés, les premiers résultats de la réforme sont encourageants, voire spectaculaires sur certains plans. À en croire les chiffres présentés par le gouverneur, la valeur des devises rapatriées et reversées à la BEAC est passée de 6 201 milliards FCFA en 2019 à 13 898 milliards FCFA en 2024, soit une hausse de 75,6%. Cette évolution a eu un effet direct sur les réserves de change de la Banque centrale, qui ont permis d’écarter pour le moment tout risque de dévaluation de la monnaie.

Dans le même élan, le taux de couverture extérieure de la monnaie, indicateur crucial pour mesurer la solidité financière d’un système monétaire, est passé de 55% en 2018 à 77,5% au 2 juin 2025. Ces performances ont aussi eu des retombées collatérales bénéfiques : la traçabilité des flux a facilité le contrôle fiscal et permis aux États de mieux sécuriser les recettes issues des transactions internationales. Pour la BEAC, cela justifie la légitimité et la nécessité de la réforme.

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Mais un paradoxe persiste. Les sorties de capitaux, elles aussi, ont atteint des niveaux élevés : 13 409 milliards FCFA en 2024. Le paradoxe est saisissant : alors que la CEMAC enregistre des rapatriements record de devises, ces dernières repartent presque aussitôt à l’étranger. Ce flux quasi symétrique entre entrées et sorties affaiblit l’effet stabilisateur recherché, et enferme la sous-région dans une mécanique monétaire épuisante.

Des pistes pour améliorer l’impact de la réforme

Pour aller plus loin, la BEAC mise sur plusieurs leviers. D’abord, la finalisation des outils numériques, comme la généralisation des plateformes de reporting et de suivi automatisé. Ensuite, un renforcement des contrôles, à la fois sur pièces et sur le terrain. Mais surtout, un effort accru de communication et de vulgarisation des textes auprès des entreprises, pour lever les zones d’ombre sur les obligations de chacun.

Le gouverneur Sana Bangui a également insisté sur la mise en œuvre rigoureuse de l’obligation de rétrocession par les banques commerciales, ainsi que sur le rapatriement effectif des fonds de réhabilitation des sites pétroliers, souvent laissés en compte à l’étranger par les multinationales.

Un tournant vers la stratégie d’import-substitution

Lors de la causerie intitulée « Réglementation des changes : incidences et risques sur le système bancaire de la CEMAC », plusieurs panélistes ont plaidé pour un lien plus fort entre politique monétaire et politique industrielle. Selon eux, pour alléger la pression sur les réserves de change, les États doivent accélérer les politiques d’import-substitution. Moins d’importations, c’est moins de transferts sortants.

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Une proposition concrète a retenu l’attention : faire de la réglementation des changes un outil d’orientation du crédit bancaire. Le PDG de La Régionale Bank a ainsi suggéré que les devises rapatriées destinées à l’agriculture soient redirigées vers les banques qui financent effectivement ce secteur. L’objectif : faire de l’agriculture un levier central de la réduction des sorties de devises et un appui structurel à la souveraineté économique régionale.

Une réforme encore jeune, mais essentielle

Ainsi, la troisième édition de la Finance Week a confirmé que la réglementation des changes est aujourd’hui l’un des chantiers les plus sensibles et structurants pour l’avenir économique de la CEMAC. Si la réforme a d’ores et déjà permis de renforcer les fondamentaux monétaires de la sous-région, elle doit désormais surmonter les résistances, clarifier ses modalités d’application, et s’arrimer à une vision plus intégrée de développement économique.

À cet égard, le rôle d’événements comme la Finance Week, initiée par EcoMatin, est essentiel : offrir une plateforme d’échange ouverte, technique et inclusive, pour que la transition financière et monétaire de la CEMAC se fasse en cohérence avec ses priorités de développement.

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