Fitch Ratings garde une opinion globalement positive d’UBA Cameroun, tout en soulignant des risques structurels susceptibles de fragiliser la trajectoire de la banque si l’environnement venait à se détériorer. Dans sa dernière revue publiée le 13 novembre 2025, l’agence de notation a confirmé la note de défaut émetteur à long terme (IDR) de la filiale camerounaise du groupe United Bank for Africa (UBA) Plc à « B- », assortie de perspectives stables. Une décision qui reflète à la fois la robustesse opérationnelle de l’établissement et la persistance de vulnérabilités, principalement liées à la qualité de son portefeuille d’actifs.
Pour Fitch, la solidité de la notation repose sur la capacité intrinsèque de la banque, telle que reflétée par sa note de viabilité (VR) à « b- », et sur le soutien potentiel de sa maison-mère notée B/Stable, qui garantit une certaine résilience. UBA Cameroun demeure la deuxième filiale la plus importante du groupe bancaire nigérian, représentant 7% des actifs consolidés et générant 8,7% de son résultat net au premier semestre 2025.
Une performance portée par un modèle rentable
Les résultats semestriels confirment en effet cette dynamique positive. À fin juin 2025, UBA Cameroun a enregistré 29,5 milliards de nairas de bénéfice net (soit 11,1 milliards FCFA), en hausse de 6,5% par rapport aux 27,7 milliards de nairas réalisés un an plus tôt. Elle reste ainsi la filiale la plus performante du groupe en zone CEMAC, contribuant à près de 40% des bénéfices régionaux. Son chiffre d’affaires brut, en hausse de 8,5% sur un an, atteint 90,8 milliards de nairas (33,8 milliards FCFA), soit 43,5% des revenus cumulés de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique centrale.
Cette rentabilité « acceptable » selon Fitch, avec un rendement des fonds propres annuel de 20 %, est soutenue par une structure de financement solide : 92% des ressources proviennent des dépôts de clientèle, dont 70% en comptes courants non rémunérés. Cette configuration offre un coût d’intermédiation particulièrement avantageux. La liquidité est également jugée confortable, grâce à un niveau élevé d’actifs liquides.
Le profil de risque fragilisé
Mais la banque reste confrontée à une réalité : UBA Cameroun est extrêmement dépendante des titres souverains et une activité de crédit à l’économie limitée. À fin juin 2025, les prêts ne représentaient que 29% des actifs totaux, alors que 54% des actifs étaient investis dans des obligations émises par les Etats de la CEMAC, tous notés dans la catégorie spéculative.
Une stratégie rentable, mais exposée. En cas de tensions budgétaires ou de défaut souverain, Fitch avertit que la banque pourrait subir des pertes de valeur substantielles. D’autant que son portefeuille de prêts, déjà restreint, présente un profil de risque élevé : 40% des expositions concernent le secteur pétrolier et gazier, et les 20 plus gros clients concentrent à eux seuls 73% des prêts bruts.
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Cette structure explique la volatilité de la qualité des actifs. Le ratio de prêts non performants (NPL) atteignait 137 % fin juin 2025. Il est certes inférieur à la moyenne régionale (16%), mais reste encore élevé. La couverture des provisions, jugée « modérée » par Fitch, elle, est évaluée à 69%.
Capitalisation correcte, mais insuffisante
Si ses ratios prudentiels apparaissent solides en apparence, Fitch estime la capitalisation « modérée » au regard du niveau de concentration des risques. Le faible taux de pondération des risques sur les titres souverains (0%) gonfle artificiellement les ratios, alors même que les expositions souveraines représentent plus de la moitié du bilan. La densité d’actifs pondérés n’était que de 19% à la fin du premier semestre 2025, ce qui limite la capacité de la banque à absorber des chocs.
Une perspective stable, mais sous surveillance
Pour Fitch, la perspective « stable » reflète la combinaison d’une bonne dynamique opérationnelle, d’un soutien potentiel du groupe et d’un maintien attendu des fondamentaux sur les prochains trimestres. Cependant, l’agence prévient : un affaiblissement de la qualité des actifs ou une dégradation de la solidité financière des États de la CEMAC pourrait entraîner une baisse de notation.

