Selon les résultats de la 5ème enquête camerounaise auprès des ménages (Ecam5) récemment publiés par l’Institut national de la statistique (INS), le taux d’accès à l’électricité en zone urbaine est de 87,6% en 2022 contre 28,4% pour la zone rurale. Dans une interview accordée au quotidien national bilingue Cameroon Tribune en fin avril dernier, Moussa Ousmanou, le Directeur général de l’Agence d’électrification rurale (AER) n’est pas passé par quatre chemins pour relever que « le principal obstacle auquel l’AER fait face est l’insuffisance des ressources, face aux multiples défis à relever en zone rurale ». Pourtant, poursuit-il, la zone rurale représente plus de 70% du territoire national et sa population est plus faible, avec un habitat généralement dispersé, ce qui nécessite des investissements plus coûteux.
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Ces disparités viennent donc remettre au goût du jour l'efficacité du Fonds d’énergie rurale (FER) créé le 10 décembre 2009 par le chef de l’Etat Paul Biya pour « assurer de façon durable le financement des programmes et projets d’énergie rurale ». Des sources contactées au sein de l’AER font savoir que le FER a rencontré quelques problèmes mais la situation se redresse. Et pour le DG de cette institution publique, le principal mécanisme de financement mis sur pied depuis 15 ans, « n’a malheureusement pas pu mobiliser les fonds escomptés. A cet effet, un comité a été mis en place pour la relecture dudit décret », regrette-t-il dans les colonnes du quotidien à capitaux publics. Pourtant, à en croire le décret présidentiel, un compte spécial est ouvert auprès de la banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) ; institution bancaire aux six Etats de la Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, RCA et Tchad).
Longues procédures
A la lecture du décret de création du FER, il est censé se nourrir de 6 sources de financements : budgets d’investissement public (BIP) ; des financements des bailleurs de fonds ; d’une fraction des fonds issus de l’initiative d’allègement des dettes bilatérales et multilatérales ; la dotation budgétaire annuelle allouée au Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (Feicom) et du Programme national de développement participatif (Pndp) ; la fraction des incitations contractuelles dues par des opérateurs privés nationaux et internationaux du secteur de l’électricité et des dons, des contributions des organismes publics ou privés, ainsi que de diverses autres sources de financement.
Or, pour Moussa Ousmanou, le manque de moyens financiers supra indiqué est en partie lié aux procédures administratives régissant le processus de maturation des projets d’investissement public au Cameroun en vigueur depuis le 21 juin 2018. A l’observation, le processus doit suivre jusqu’à 10 étapes partant la déclaration d’utilité publique, l’attestation de disponibilité du site en passant par les rapports d’analyse des risques; l’avant-projet sommaire jusqu’à l’avant-projet d’exécution. « Les procédures et la réglementation en vigueur actuellement sont souvent jugées lourdes par certains bailleurs et investisseurs qui, de temps à autres, soit retirent leurs financements, soit se désengagent », se désole le DG de l’AER.
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Il faut dire que dans son rapport intitulé « Fonds d’énergies rurales » publié en novembre 2008, la Banque mondiale décriait déjà plusieurs points qui freinent le développement de l’électrification rurale au Cameroun. Il s’agissait de : « l’absence d’objectifs et de stratégie précis et validés, pour servir de cadre cohérent à la programmation des projets et l’intervention des acteurs ; l’absence de planification concertée ; et un cadre légal et institutionnel inadapté ».

