En quête de ressources pour combler un déficit budgétaire croissant, le Cameroun a intensifié son recours à l’endettement. Dans cette dynamique, les banques locales se positionnent comme les premiers pourvoyeurs de liquidités, éclipsant les bailleurs internationaux. Ainsi, au premier semestre 2025, le Trésor public a levé 515,8 milliards FCFA sur le marché intérieur à travers l’émission de titres publics, soit près de 53% des ressources mobilisées par l’État au premier semestre, sur une enveloppe globale de 977,4 milliards FCFA.
Une levée dominée par les BTA
D’après les données publiées le 31 juillet par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), les emprunts intérieurs ont été massivement dominés par les Bons du Trésor Assimilables (BTA), qui représentent près de 88% des levées, soit 451,9 milliards FCFA. Les pics ont été enregistrés en janvier (115,4 milliards FCFA), mars (126,9 milliards FCFA) et avril (128,4 milliards FCFA), traduisant une forte pression de trésorerie en début d’exercice budgétaire. Dans le détail, les BTA à 26 semaines concentrent la majorité des souscriptions (225 milliards FCFA), devant les maturités à 52 semaines (181,2 milliards) et à 13 semaines (45,7 milliards). Cette préférence pour des échéances intermédiaires traduit une stratégie de gestion prudente du calendrier de remboursement, privilégiant la flexibilité au coût plus élevé des emprunts à long terme.
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Car à l’inverse, les Obligations du Trésor Assimilables (OTA), titres à plus long terme souvent destinés à des projets d’investissements structurants ou à du reprofilage de dette, ont connu un recours très modéré : seulement 63,9 milliards FCFA émis, soit 12% du total mobilisé. Les émissions se sont concentrées en avril : une OTA à 3 ans (63,9 milliards FCFA), une à 5 ans (40,5 milliards FCFA) et une à 4 ans (10 milliards FCFA). Selon des sources au ministère des Finances, ce repli s’expliquerait à la fois par la hausse des coûts de financement à long terme, la pression sur les taux d’intérêt, mais aussi une volonté de maîtriser le profil de remboursement.
Financements extérieurs en retrait
En parallèle, les décaissements sur financements extérieurs se sont élevés à 461,6 milliards FCFA au premier semestre 2025, soit une exécution à 67% des prévisions inscrites dans la Loi de finances. Ces ressources proviennent à près de 87% de bailleurs multilatéraux (Banque mondiale, FMI, BAD, BIRD, etc.) dont l’apport en financement se situe à 424,4 milliards FCFA. Le Cameroun ayant levé respectivement 5,53 milliards et 31,7 milliards FCFA auprès des partenaires bilatéraux et les créanciers commerciaux. Ce repli relatif des financements extérieurs, pourtant historiquement moteurs du financement public au Cameroun, peut s’expliquer par le recentrage de certains partenaires sur des projets à impact.
Un budget sous pression
Cette réorientation stratégique vers le marché domestique s’inscrit dans un contexte marqué par la révision à la hausse du budget 2025, désormais arrêté à 7 735,9 milliards FCFA, soit 418,2 milliards FCFA (+ 5,71%) de plus que prévu initialement. Une augmentation dictée par la chute des recettes pétrolières (93,3 milliards FCFA, soit -12,7%), une augmentation des charges de la dette de l’ordre de 388,2 milliards FCFA, portant l’enveloppe à 2 369,7 milliards FCF, et les restes à payer de 2024 que l’État peine à éponger.

