Les recettes publiques issues du secteur extractif camerounais ont connu une forte progression entre 2018 et 2022, malgré un contexte de baisse de la production pétrolière. Selon les données compilées par le Groupe de Travail Pluri-Acteur du Comité ITIE à partir des rapports produits par le pays, les paiements versés par les entreprises extractives à l’Etat sont passés d’environ 763 milliards FCFA en 2018 à près de 1 416,22 milliards FCFA en 2022, soit une hausse de 43% en cinq ans. Cette évolution traduit l’impact direct de la flambée des prix du pétrole sur les marchés internationaux, combinée à l’émergence progressive du secteur minier national.
Les hydrocarbures, moteur de la rente extractive
Selon les rapports consultés par EcoMatin, les hydrocarbures demeurent le pilier du secteur extractif camerounais. En 2022, la valeur de la production pétrolière a atteint 1 501,7 milliards FCFA, contre 937,7 milliards FCFA en 2018, 948,4 milliards en 2019, 599,4 milliards en 2020 et 956,29 milliards en 2021, soit une progression de plus de 60% en cinq ans. Cette hausse s’explique essentiellement par la remontée des cours mondiaux du brut, stimulés par la reprise économique post-Covid et les tensions sur l’offre liées à la guerre en Ukraine.
Pourtant, les volumes produits ont légèrement diminué, passant de 24,26 millions de barils en 2018 à 23,92 millions en 2022, soit une baisse d’environ 1,4% sur la période. Cette érosion s’explique par le vieillissement des champs matures, notamment ceux opérés par Perenco, Addax Petroleum et la Société nationale des hydrocarbures (SNH), mais aussi par des contraintes techniques et des retards d’investissement dans le développement de nouveaux blocs.
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Les paiements en nature, c’est-à-dire les parts de production transférées à l’État, représentent d’ailleurs la composante dominante des recettes, évaluées à plus de 1 047,27 milliards FCFA en 2022, contre 628,96 milliards FCFA en 2018. Les paiements en numéraire ont, eux, progressé de 134,99 milliards FCFA à 368,95 milliards FCFA sur la même période, confirmant la hausse globale des contributions des opérateurs pétroliers.
Un secteur minier en expansion
Parallèlement au pétrole, le secteur minier camerounais a connu une véritable montée en puissance. L’année 2022 a marqué un tournant, avec l’entrée en scène de la Société nationale des mines (Sonamines), chargée de piloter les partenariats et d’assurer la présence de l’Etat dans les grands projets. Des investissements majeurs ont été enregistrés : Sinosteel (6 milliards FCFA) pour le fer de Kribi-Lobe, G-Stones (28,4 milliards FCFA) pour Bipindi-Grand Zambi, ou encore Sundance Resources (88,58 milliards FCFA) dans le mégaprojet de Mbalam-Nabeba, à la frontière du Congo. Même l’or, longtemps dominé par l’exploitation artisanale, a connu une percée : la production a plus que doublé, atteignant 859,9 kg en 2022, valorisés à 27,45 milliards FCFA, contre 353,6 kg l’année précédente.
Selon le rapport ITIE, le secteur extractif a contribué à hauteur de 6,29% au PIB nominal du Cameroun en 2022, contre 3,7% en 2021. Cette contribution correspond à 1 740 milliards FCFA. Cette amélioration intervient dans un contexte de renforcement de la gouvernance dans le secteur extractif au Cameroun. Pour Yaoundé, la stratégie consiste désormais à diversifier la rente extractive et à optimiser la fiscalité pétrolière et minière, afin de réduire la dépendance aux fluctuations des cours mondiaux.

