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Mines et énergies

Cameroun : l'État admet que 90 % de l'or échappe à la collecte officielle et lance un redressement fiscal de 95 milliards FCFA

Yaoundé lancera dès le 1er août une vaste opération de contrôle visant à récupérer au moins 95 milliards de FCFA sur la production de 2025 et table sur 300 milliards de recettes supplémentaires en 2026. La mesure vise des opérateurs actifs dans les zones de production de l’Est et du septentrion.

Publiée jeudi 16 juillet 2026 à 13:39:33Modifiée jeudi 16 juillet 2026 à 13:39:35Temps de lecture 4 minPar Albert AMOUGOU

Le gouvernement camerounais a reconnu mercredi que 80 à 90 % de l'or produit dans le pays échappe au système officiel de collecte, annonçant dans la foulée un vaste plan de redressement fiscal destiné à récupérer au moins 95 milliards de FCFA au titre de la production de 2025 dans le secteur de l'exploitation artisanale semi-mécanisée. « Avec le système actuel, 80 % à 90 % de l'or produit n'est pas collecté », a déclaré le ministre des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique par intérim, Fuh Calistus Gentry, lors d'un point de presse conjoint du gouvernement ce 15 juillet.

Selon lui, cette situation résulte principalement des insuffisances du dispositif de déclaration et de contrôle de la phase chimique de récupération de l'or, notamment par cyanuration et lixiviation, où une grande partie du métal précieux échappe aujourd'hui aux mécanismes de traçabilité et de taxation.
Pour corriger ces défaillances, l'État mettra en place dès le 1er août une task force réunissant la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des douanes (DGD) et la Société nationale des mines (Sonamines).

Cette opération doit permettre de récupérer 95 milliards de FCFA sur la production de 2025, un montant équivalent est attendu au titre du premier semestre 2026, tandis que les autorités tablent sur 300 milliards de FCFA de recettes pour l'ensemble de l'année 2026 grâce au nouveau dispositif de contrôle.

Lire aussi : Or : le Cameroun ouvre 3 000 km2 à l’exploitation artisanale

« Il sera procédé à ce titre aux redressements fiscaux et douaniers qui permettront à l’Etat de récupérer au moins quatre-vingt quinze milliards sur la production de 2025. Ce même montant est également attendu pour le compte du premier semestre 2026, et environ trois cent milliards pour l’année 2026 »
Selon le membre du gouvernement, ), ce redressement s'appuie sur des investigations ayant révélé d'importantes défaillances dans le système de déclaration lors de la phase de traitement chimique de l'or (cyanuration et lixiviation) dans les zones de production de l'Est et du septentrion. « Les missions de terrain ont permis d'identifier cinquante-une (51) installations dont trente-trois (33) disposant de réservoirs de grande capacité pouvant traiter jusqu'à trois cent mille (300 000) tonnes de gravier minéralisé par cycle. La task Force a analysé toutes ces données […], une stratégie pour aller collecter l’or dû à l’Etat a été arrêtée », indique la note.

Au-delà du redressement fiscal, le gouvernement entend revoir en profondeur la gouvernance de la filière. Une équipe permanente Sonamines-DGI-DGD sera désormais déployée sur les sites de production afin d'assurer le suivi des volumes extraits et la collecte des taxes à la source. Les autorités prévoient également de recruter un expert international chargé d'évaluer scientifiquement le potentiel de production de chaque site afin d'établir une base de taxation moins dépendante des déclarations des opérateurs.

Ces annonces interviennent alors que le Cameroun tente de répondre aux interrogations soulevées par le rapport 2023 de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), qui faisait apparaître un écart important entre les 22 kg d'or officiellement exportés déclarés par les autorités et les 15 tonnes enregistrées par les statistiques douanières des Émirats arabes unis. Plus récemment, le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno, a indiqué qu'environ 44 tonnes d'or auraient échappé au circuit formel entre 2021 et 2025, dont 8 tonnes pour la seule année 2025. À date, le Cameroun ne dispose pas de mine d’or industrielle favorisant l’émergence d’ »une exploitation artisanale difficile à contrôler.

Lire aussi : Cameroun : 15 tonnes d’or échappent aux circuits formels d’exportation (ITIE)

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