Durant la campagne cacaoyère 2023/2024 qui s’est tenue du 1er août 2023 au 15 juillet 2024, le Cameroun a exporté frauduleusement 70 000 tonnes de fèves de cacao vers le Nigeria, soit 26,2% de la production nationale de cacao établie à 266 725 tonnes selon l’Office national du cacao et du café (Oncc). Le volume est révélé dans un compte rendu de la clôture de la 32ème session ordinaire de l’Assemblée générale du Conseil interprofessionnel du Cacao et du Café (Cicc) présidé par Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre camerounais du Commerce (Mincommerce). « Le ministre n’a pas hésité à pointer du doigt certaines pratiques frauduleuses, citant des chiffres d’exportation vers le Nigéria largement sous-estimés à 700 tonnes déclarés contre 70 000 tonnes réelles », peut-on lire.
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Pour ce qui est de cette dernière campagne, le volume de fèves vendues de façon illicite correspond à 37,7% du volume total de fèves de cacao exportées par le Cameroun, soit 185 613 tonnes. Calculette en main et sachant que les exportations de cacao ont généré 488,836 milliards de Fcfa durant la période sous revue, il ressort que le pays aurait perdu environ 184,291 milliards de Fcfa à cause de ces sorties illégales de l’or brun camerounais contre près de 70 milliards de Fcfa pour 30 à 60 000 tonnes exportées illicitement la campagne précédente. Une hausse estimée de 263,2% ; « un écart qui illustre l'ampleur du commerce informel et ses conséquences sur l'ensemble de la filière », selon le Mincommerce.
Le Mincommerce adosse le siphonnage continu de la production cacaoyère du Cameroun par ce pays voisin au manque de transparence des transactions et de solidarité entre les acteurs de la filière. Afin de pouvoir stopper cette saignée et faire face aux différents défis structurels internes et pressions externes croissantes en matière de durabilité et de traçabilité, le Cicc a signé un accord de mutualisation des données de géoréférencement des parcelles cacaoyères et caféières impliquant 6 opérateurs du secteur notamment Telcar Cocoa, Cargill, Ofi Cam, Sic Cacaos, Atlantic Cocoa, Neo Industry et le Fonds de développement des filières cacao (Fodecc).
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L’accord signé en marge de l’entrée en vigueur du nouveau Règlement européen sur la déforestation (Rdue) [qui interdira dès janvier 2025 l’importation de cacao provenant de terres qui ont été déboisées après le 31 décembre 2020] et aura pour but de fournir une cartographie précise qui permettra aux exportateurs de garantir que leurs produits respectent les normes européennes de durabilité afin de consolider sa position sur le marché mondial, contrôler et rentabiliser la production nationale mais également accroître les prix à l'export et la rémunération des producteurs qui pourraient être pénalisés par les nouvelles exigences en raison des coûts associés.
Pour mémoire, le phénomène de siphonage du cacao camerounais par le Nigéria sévit depuis 30 ans selon le Mincommerce et a été aggravé depuis le déclenchement des revendications séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun (crise anglophone), fin 2016. Durant la campagne 2022/2023, c’est près de 20% de la production nationale de cacao qui a été vendu de façon non contrôlée, un volume qui a continué d’augmenter malgré « la suspension, à titre conservatoire et jusqu’à nouvel avis, des exportations du cacao camerounais vers le Nigeria » instruit par le Mincommerce durant ladite campagne.

