Depuis le 6 mai 2025, Aura Cameroun — qui produit et commercialise l’eau en bonbonnes de marque Aura — est suspendue " à titre conservatoire" par décision du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. L’entreprise est accusée de distribuer une eau "impropre à la consommation".
Dans une interview accordée ce 16 mai au quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, Madi Vondou, directeur de la gestion des ressources au MINEE, a indiqué que cette décision découle de nombreuses plaintes formulées par les usagers concernant la qualité de l’eau distribuée. "À l’issue d’inspections techniques menées les 24 et 25 avril 2025 respectivement dans les unités de production de Tsinga à Yaoundé et d’Akwa à Douala, nous avons constaté des non-conformités graves aux normes sanitaires en vigueur, pouvant entraîner des risques pour la santé publique".
Cette situation n’est pas sans précédent. Le 17 mars 2025, le Fonds d’équipement intercommunal (Feicom), un établissement public dont le siège est à Yaoundé, avait pris une mesure similaire en ordonnant l’arrêt immédiat de la distribution de l’eau Aura dans ses locaux. Cela faisait suite à une analyse effectuée par le Centre Pasteur, organisme technique relevant du ministère de la Santé, dans le cadre d’un audit environnemental. Selon le Feicom, les résultats avaient révélé la présence de traces de matières fécales dans certaines bonbonnes fournies par Aura Cameroun, suscitant aussitôt de vives préoccupations quant à la sécurité sanitaire du produit.
Dans sa réponse datée du 19 mars 2025, Aura Cameroun a exprimé des réserves sur les conclusions du Centre Pasteur, demandant à être informée de la méthodologie employée lors des prélèvements et analyses. L’entreprise a souligné que "la nature de la contamination alléguée, à savoir la présence de matières fécales, nous interpelle vivement". Elle a toutefois rappelé que, bien qu’elle reconnaisse l’impossibilité d’atteindre un " risque zéro", une telle contamination est extrêmement rare et grave.
Jusqu'ici, l’Agence de normes et de la qualité (ANOR) ne s'est pas officiellement prononcé sur ce sujet de santé publique. Au MINEE, on s'attend à ce qu'Aura, après cette suspension, mette en œuvre "un plan d’action correctif" qui devra notamment inclure "des mesures telles que le renforcement des installations de production et de traitement de l’eau, l’amélioration des conditions sanitaires des unités et la formation du personnel aux bonnes pratiques d’hygiène", a expliqué Madi Vondou. Ce n'est qu'après cette étape qu'une levée de suspension sera envisagée.
Selon le Ministère camerounais de la Santé Publique du Cameroun (MINSANTE) et l’OMS, en 2019, le taux de mortalité attribuable à l’insalubrité de l’eau, aux déficiences du système d’assainissement et au manque d’hygiène dans le pays est estimé à 45,2 décès pour 100 000 habitants.

