Au mois de novembre prochain, députés et sénateurs devraient à nouveau se réunir dans l’optique d’examiner le projet de loi de finances de l’Etat du Cameroun pour l’exercice 2025. Seulement, à près de 30 jours de cette ultime session parlementaire, le flou persiste sur les grandes orientations de la politique budgétaire et des priorités économiques, contenues dans la circulaire du président de la République relative à la préparation du budget de l’Etat. En effet, ce document, généralement signé et publié par le président Paul Biya, entre les mois de juin et août n’est toujours pas rendu disponible. Toute chose qui plonge les parlementaires et les acteurs économiques dans une situation d'incertitude inédite.
« La circulaire présidentielle est une prescription légale définie dans l'article 56 de la loi n°2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier de l'État et des autres entités publiques », explique Engelbert Essomba Bengono, député et ancien cadre du ministère des Finances. « Cette circulaire est généralement considérée comme l'acte déclencheur du processus gouvernemental ou exécutif d'élaboration et de préparation de la loi de finances initiale, poursuit-il. Cela se mesure à son contenu structuré autour de quatre mouvements : elle décrit le contexte macro-économique du projet de loi de finances, fixe les objectifs de l'action publique, prescrit les orientations générales de la politique budgétaire et définit les dispositions pratiques pour l'élaboration du budget de l'Etat de l'année n+1 ».
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Aussi, l'élaboration du budget de l'Etat obéit à deux catégories de dispositions textuelles : celles de la loi portant régime financier de l’Etat et des autres entités publiques du 11 juillet 2018 d'une part, et celles du décret n°2019/281 du 31 mai 2019 fixant le calendrier budgétaire de l'Etat d'autre part. Sur ce dernier point, le décret présidentiel du 31 mai 2019 sus évoqué dispose en son article 28 alinéa 2 que : « la circulaire présidentielle sur la préparation du budget de l’Etat est diffusée au plus tard le 25 juin de l’année N [année en cours, Ndlr.] ». Jamais auparavant, le chef de l'Etat n'avait excédé le 30 août. Un expert en finances publiques explique qu’en l’absence de ladite circulaire, les ministères peinent à ajuster leurs priorités budgétaires de même que le patronat n'a aucune visibilité sur ce qui attend les entreprises en termes d'éventuels nouveaux droits et taxes etc.
Cependant, des sources proches de l’administration publique tentent de rassurer. C’est le cas de l’honorable Engelbert Essomba Bengono. Pour lui, plusieurs étapes clés du processus ont déjà été franchies : « le parlement a organisé en juillet dernier le débat d'orientation budgétaire. Ensuite, le ministre des Finances et celui de l'Economie ont co-organisé du 12 au 21 août 2024, la Conférence Élargie de Programmation Budgétaire et de Performance Associée (CPEB-PA) pour la période 2025-2027 ». Ainsi, susurre-t-on au ministère des Finances, au regard du Document de programmation économique et budgétaire (2025-2027) qui fait des projections pour l’année 2025, l’on n’attendrait plus que les directives de la Présidence pour préparer le prochain projet de loi de finances.
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Or, malgré ces assurances, la non-publication de la circulaire du chef de l’Etat crée des zones d'ombre. Elle complique la planification des investissements, la gestion de la dette publique et les perspectives de croissance. Ce retard pourrait également affecter les relations entre le Cameroun et ses partenaires internationaux dans un contexte où une mission du Fonds Monétaire International (FMI) séjourne actuellement à Yaoundé dans le cadre de la septième revue du Programme économique et financier engagé avec cette institution de Bretton Woods.

