La journée du vendredi 11 avril 2025 a été marquée par une vive agitation sur les réseaux sociaux au Cameroun, après la diffusion d’un document présenté comme un rapport officiel du Groupe d’action financière (GAFI). Intitulé « Lutte contre le blanchiment des capitaux et financement du terrorisme 2024 », ce prétendu rapport accuse plusieurs personnalités camerounaises d’être impliquées dans des activités de blanchiment d’argent et de détournement de fonds publics.
Parmi les personnes nommément citées figurent Louis Paul Motaze, ministre des Finances ; Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence de la République ; ainsi que les hommes d’affaires Paul Fokam Kammogne et Jean Pierre Amougou Belinga. Tous apparaissent dans ce faux document comme figurant sur une prétendue « liste noire » du GAFI. Des allégations explosives, qui ont immédiatement soulevé des doutes sur l’authenticité du rapport.
Anomalies multiples
Une vérification rapide sur le site officiel du GAFI (www.fatf-gafi.org) suffit à lever le voile : aucun document de ce type n’a été publié récemment. Le dernier rapport disponible date de l’année précédente. De plus, la mise en page du faux document, son champ lexical approximatif et la pratique inhabituelle de nommer des individus dans ce genre de publications officielles trahissent une tentative de manipulation.
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En effet, le GAFI — organisation intergouvernementale chargée de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme — ne publie jamais de listes nominatives de personnalités dans ses rapports publics. Une source au sein de l’institution, contactée par EcoMatin, a été formelle : « Tous les rapports du GAFI sont systématiquement publiés sur notre site web. Si un document n’y est pas, c’est qu’il n’est pas authentique ». Cette déclaration vient conforter les doutes déjà exprimés par plusieurs observateurs sur la véracité du document, d’autant que celui-ci n’est accompagné d’aucune référence de session, de mission ou de pays évaluateur, contrairement aux procédures strictes du GAFI.
Mise au point officielle
Face à l’emballement médiatique, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a rapidement réagi. Dans un communiqué officiel, il a dénoncé une opération de désinformation et appelé à la prudence : « les utilisateurs des réseaux sociaux ne doivent accorder aucun crédit aux allégations diffusées dans ce document falsifié, qui présente de nombreuses anomalies, notamment une mise en page douteuse, une manipulation erronée des données, et la publication d’une liste nominative de personnalités, ce qui ne correspond en rien aux usages du GAFI». Il a également invité les citoyens à consulter directement les rapports authentiques sur le site officiel de l’organisation (www.fatf-gafi.org), pour éviter de se laisser abuser par des contenus manipulés.
Un outil de règlement de comptes ?
La publication de ce faux rapport intervient dans un contexte où les tensions politiques et les luttes d’influence sont vives au sein de l’appareil d’État camerounais. Les noms mis en avant dans le faux document ne semblent pas avoir été choisis au hasard, ce qui alimente les soupçons d’une tentative de déstabilisation ciblée — voire d’un règlement de comptes politique ou économique par réseaux interposés.

