La raffinerie du milliardaire nigérian Aliko Dangote pourrait jouer un rôle accru dans l'approvisionnement en carburants des pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Dans sa note sur l'inflation à fin juin 2026, consultée par EcoMatin, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) recommande aux gouvernements de diversifier leurs fournisseurs de produits raffinés, notamment auprès du complexe de Lekki, près de Lagos.
« Les États de la CEMAC pourraient également diversifier leurs sources d'approvisionnement en fonction de la dynamique des marges dans les différents marchés », écrit la BEAC, qui suggère de s'approvisionner « davantage à la raffinerie Dangote ». Les marges de raffinage y resteraient inférieures aux niveaux exceptionnels observés aux États-Unis et en Europe. La proximité du Nigeria pourrait aussi réduire les coûts logistiques des importateurs. Cette recommandation intervient alors que la marge de raffinage de référence à Rotterdam a atteint 42,13 dollars par baril en juillet 2026, contre un précédent pic de 33,50 dollars en octobre 2022, selon la BEAC. Ce renchérissement alourdit la facture des pays qui importent leur essence et leur gazole.
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La CEMAC est particulièrement exposée. Bien que cinq de ses six États produisent du brut, la sous-région dépend largement des importations de produits raffinés, évaluées à environ 2 000 milliards de FCFA selon une estimation de son gouverneur en juin 2025, faute de capacités locales suffisantes. Au Cameroun, la Sonara n'a pas repris ses activités depuis l'incendie de mai 2019.
Une facture de subventions qui s'alourdit
Pour préserver le pouvoir d'achat des ménages, les gouvernements maintiennent des prix administrés sur certains carburants. Selon la BEAC, les subventions et transferts des États devraient atteindre 3 388,3 milliards de FCFA en 2026, contre 2 605,8 milliards en 2025, soit + 30 %. Leur poids passerait de 3,26 % à 4,03 % du PIB régional. Ces montants ne concernent pas que les carburants, mais les compensations sur les prix à la pompe pèsent lourd dans la pression budgétaire.
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« Les subventions généralisées rigidifient les dépenses, réduisent les ressources disponibles pour l'investissement, la santé et l'éducation », prévient la BEAC, qui recommande une réforme progressive, avec des transferts ciblés vers les ménages vulnérables et une fixation des prix plus transparente. Le risque est aussi inflationniste. La BEAC anticipe une inflation de 3,5 % en glissement annuel en septembre 2026, contre 2,3 % en juin, sous l'effet de l'énergie, du fret et des denrées alimentaires. La moyenne annuelle resterait toutefois inférieure à la norme communautaire de 3 %. Au Cameroun, l'Institut national de la statistique (INS) a relevé une inflation de 3,4 % en juillet, contre 3 % en juin, principalement à cause des prix alimentaires.
Dangote, une option à court terme
Pour la BEAC, les États gagneraient à mutualiser leurs achats de produits raffinés plutôt que de négocier séparément. L'absence de stratégie commune lors de la crise de 2022 a privé la sous-région d'économies potentielles, notamment logistiques. La raffinerie Dangote, d'une capacité nominale de 650 000 barils par jour, peut y contribuer, sous réserve de conditions commerciales et logistiques compétitives.
Cette option ne remplace pas le développement des capacités locales. La BEAC recommande la modernisation de la Sogara au Gabon, la relance de la Sonara et le renforcement des installations du Congo et du Tchad. La Banque centrale évoque aussi un mécanisme régional de stabilisation, alimenté par les recettes pétrolières exceptionnelles. Sans diversification des fournisseurs, réforme des subventions et investissements dans le raffinage, la hausse des coûts risque de peser sur les budgets, les réserves de change et les consommateurs.











