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Cemac : la menace d’une dévaluation du Franc CFA, provoque un sommet de chefs d’Etat ce 16 décembre à Yaoundé

Alors que la présidence tournante de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale est assurée par le Centrafricain Faustin Archange Touadera, le chef de l’Etat camerounais actionne son leadership pour éviter à la sous-région, les affres d’un ajustement monétaire. Enjeux et objectifs d’un sommet qui s’annonce houleux.

Publiée mercredi 11 décembre 2024 à 15:22:43Modifiée jeudi 12 décembre 2024 à 13:56:47Temps de lecture 7 minPar Simon Pierre Mbarga

Le chef de l'Etat du Cameroun Paul Biya
Le chef de l'Etat du Cameroun Paul Biya

Courant novembre 2024, Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI a effectué une visite au Cameroun. Au cours de cette descente au Cameroun, le patron du département Afrique a été reçu en audience le 19 novembre 2024 en par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze. Cette visite, selon nos sources dans cette institution, n’avait rien d’anodin. De fait, en précurseur, il venait alerter les autorités sur les menaces qui pèse sur le pays en particulier et la sous-région en général s’agissant de l’équilibre des finances Publiques, de l’endettement des Etats et surtout des risques de crash qui pèsent sur le marché domestique des titres publics en raison des difficultés des Etats à honorer leurs engagements.

Face à cette alerte, le Cameroun, comme en décembre 2016, va utiliser son leadership pour sortir l’espace communautaire de cette situation macroéconomique sujette à préoccupations. De fait, c’est l’exposition de deux pays qui inquiète le plus : d’abord le Congo, qui a décidé de rééchelonner sa dette de 10 ans, et la Guinée équatoriale qui, comme le premier, se trouve au bord de la cessation de paiement.

Alors que la menace se fait grandissante, un sommet des chefs d’Etat est convoqué d’urgence à Yaoundé afin de sortir la sous-région de menaces qui risquent d’hypothéquer ses capacités de mobilisation des financements tant sur le marché domestique des capitaux, les bailleurs de fonds qu’auprès du marché financier international. Une crise similaire avait déjà provoqué en décembre 2016, un sommet extraordinaire à Yaoundé, au cours duquel, des programmes économiques et financiers, assortis de conditionnalités rigides, avaient été adoptés avec le FMI par plusieurs Etats de la sous-région.

Thématiques

Cette fois, c’est dans un contexte de défis économiques, monétaires et sécuritaires, marqué par des enjeux d’intégration régionale et de développement harmonieux des États membres que Yaoundé accueillera le sommet. Entre autres thématiques mises en débat selon nos sources, les réformes économiques et monétaires occuperont une place centrale. De fait, depuis plusieurs années, l’avenir du franc CFA suscite de nombreuses interrogations. Ce projet, ambitieux mais délicat, vise à renforcer la souveraineté monétaire des pays membres de la CEMAC tout en stimulant la confiance des investisseurs et la croissance économique. Toutefois, plusieurs experts penchent pour la mise sur pied d’un fonds de solidarité régional à même de constituer un filet de sécurité pour faire face aux éventuels chocs économiques.

Lire aussi : Sommet de la Cemac : Les chefs d’Etat présents à Yaoundé connus

Les chefs d’Etat vont donc examiner la question de la menace de surendettement et de crise financière sur le marché des titres publics de la CEMAC en profondeur, afin de sortir de la réunion d’urgence avec de nouvelles mesures de redressement financier et budgétaire à même d’abriter les Etats d’un ajustement monétaire.

Mais, affirment des sources, l’enjeu du sommet vise, comme il y a huit ans, à éviter à la CEMAC une dévaluation de sa monnaie et de renforcer les mesures d’assainissement et de redressement des finances publiques des Etats de la sous-région de manière globale. Déjà en 2016, pour écarter le spectre d’une dévaluation, les Etats avaient convaincu le FMI que « le renforcement de la stabilité macroéconomique ne nécessite pas un réajustement de la parité monétaire actuelle, mais plutôt des efforts d’ajustement sur les plans intérieur et extérieur, assortis de réformes structurelles adéquates ;  et l’adoption de mesures pertinentes destinées à inverser durablement les tendances négatives de l’économie de la sous-région, combinant une politique budgétaire adéquate, une politique monétaire appropriée et une coopération internationale renforcée» entre autres.

Franc CFA

 La présence annoncée de la directrice générale du FMI à ce sommet, Kristalina Georgieva, devrait conduire à l’adoption par les six pays de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, RCA et Tchad) de nouveaux programmes économiques et financiers, plus contraignants et drastiques. Mais, contactée, l’équipe de communication de cette institution ne confirme pas l’arrivée dans la capitale camerounaise de Mme Georgieva.  Mais de sources dignes de foi, les chefs d’Etat débattront également de l’avenir du Franc CFA, dont des rumeurs de dévaluation alimentent les commentaires dans les chaumières.

Toutefois, l’on se souvient que lors du sommet du 17 mars 2023, le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et le président sortant de la Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), avaient remis aux chefs d’Etat, un rapport sur le destin du Franc Cfa. Les présidents avaient alors décidé d’étendre la réflexion au niveau ministériel.

Autre thème porté à l’examen des chefs d’Etat la compétitivité économique de la sous-région. Il est question du financement des infrastructures transfrontalières, telles que les corridors routiers, ferroviaires et énergétiques. Ces projets, essentiels pour améliorer les échanges commerciaux, doivent contribuer à la réduction des coûts de transport et renforcer l’attractivité de la région pour les investisseurs. Les mécanismes de financement adaptés pour concrétiser ces ambitions devront être présentés et discutés.

Le Congo : menaces de cessation de paiement en vue

Dans le cas du Congo, le pays est aux prises avec un niveau d’endettement qui frôle les 100% du PIB, fait face à des remboursements qui absorbent plus de 60% des recettes intérieures, dispose d’une trésorerie tendue et accumule de nombreux arriérés intérieurs. Lors du conseil des ministres du 7 octobre 2024, le gouvernement a admis son insolvabilité en précisant que « la situation de trésorerie est plutôt tendue, se caractérisant par une gestion complexe des arriérés intérieurs et extérieurs avec une accumulation d’arriérés intérieurs et extérieurs, notamment ceux liés à la dette de marché des titres de la CEMAC ». 

Ce qui l’a amené à solliciter un allègement de 10 années supplémentaires auprès des investisseurs sur le marché des titres publics de la BEAC pour rembourser sa dette estimée à 2 314 milliards de Fcfa à fin septembre 2024. Mais les autorités de Brazzaville envisagent, grâce au rééchelonnement de la dette, de réaliser une économie de 205 milliards de Fcfa en 2025, et comptent mobiliser un total de 775 milliards de FCFA pour couvrir les besoins de trésorerie et de financement de l’Etat l’année prochaine.

Sur le marché des titres publics de manière globale, la Banque centrale renseigne que l’encours des valeurs du Trésor a augmenté de 16,6 % passant de 5 895,7 milliards en juin 2023 à 6 871,7 milliards en juin 2024. Les montants levés au cours de cette période par les Trésors nationaux se sont situés à 5 042,4 milliards entre juin 2023 et juin 2024, contre 3 589,7 milliards entre juin 2022 et juin 2023.

Dans le même temps, le marché s’inquiète de la faible capacité des Trésors publics à rassurer les investisseurs, à respecter les échéances de remboursement et à communiquer avec le réseau des Spécialistes en Valeurs du Trésor. Au-delà, la dette des pays reste un sujet qui fâche. Le Cameroun, au 30 juin 2024 accumule une dette de plus de 13 mille milliards de FCFA, représentant plus de 43% du PIB ; au Gabon, bien que le gouvernement présente un taux d’endettement public de 54,6% au 31 juillet 2024, le FMI se veut pessimiste en affichant des prédictions de l’ordre de 73 à 78% entre 2024 et 2025. Le Congo frôle les 100%, tandis que la Guinée équatoriale a vu son ratio dette publique/PIB, passé de 34,6% en 2022 à 42,1% en 2023. Un ensemble de préoccupations qui devront être adressées lors de cette rencontre de haut niveau que l’urgence de la situation prescrit.

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