La montée en puissance du marché de l’asset management dans la CEMAC s’explique en grande partie par le dynamisme de la gestion collective, portée par les Fonds Communs de Placement (FCP), qui sont un sous-ensemble des Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM). À la clôture de l’année 2024, ces véhicules d’investissement totalisent 618,8 milliards FCFA d’actifs sous gestion, soit 64,5 % du portefeuille global, en hausse de 38 % sur un an. Cette croissance soutenue peut s’expliquer à la fois par l’engouement progressif des épargnants, la diversification de l’offre de fonds, mais surtout par une conjoncture macroéconomique favorable. En effet, le resserrement de la politique monétaire conduit par la BEAC (visant à ramener l’inflation sous le seuil des 3 %) a renforcé l’attractivité des produits de taux, en particulier les FCP monétaires et obligataires, qui proposent aujourd’hui des rendements compétitifs.
Autre signe de maturité, au 31 décembre 2024, le marché régional compte 36 FCP agréés contre à peine 14 trois ans en arrière avec des performances en nette amélioration. Dans un contexte où les taux d’intérêt remontent, ces véhicules de placement deviennent de véritables alternatives à l’épargne bancaire traditionnelle, notamment pour les particuliers et les institutionnels à la recherche d’un meilleur rendement-risque.
Pour éclairer les investisseurs, EcoMatin a dressé un classement exclusif des FCP les plus performants de 2024. Basé sur l’évolution des valeurs liquidatives (VL), c’est-à-dire le prix d’achat ou de rachat des parts du fonds, sur la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2024, ce classement distingue les fonds selon leur typologie (monétaire, obligataire, diversifié ou actions) afin de permettre une comparaison pertinente. L’objectif étant d’offrir aux épargnants et aux professionnels un outil d’aide à la décision.
FCP Monétaires : Elite Capital Record en tête du classement
Les FCP monétaires sont destinés aux épargnants qui souhaitent rémunérer leur liquidité à court et très court terme. L'horizon de placement peut aller de quelques jours jusqu'à deux ans. En zone CEMAC, ces fonds doivent investir au moins 60 % de leur actif en titres de créance (BTA, OTA, emprunts obligataires par appel public à l'épargne) dont la maturité initiale n’excède pas un an.
En 2024, la performance moyenne pondérée des 9 FCP habilités à commercialiser cette classe d’actifs est ressortie à 5,43 %. Ce niveau de rendement, supérieur au taux d'inflation régional (4,1% selon la BEAC), souligne l’attractivité de ces placements pour les investisseurs recherchant sécurité, liquidité et rendement à court terme.

Sur le plan des performances individuelles, Elite Capital Record s’est nettement démarqué avec une performance annuelle de 7,3 %, bien au-dessus de la moyenne du marché, confirmant ainsi le positionnement dynamique d’Elite Capital Asset Management sur ce segment. Derrière, ESS Tréso Privilège d’ESS Asset Management affiche un solide rendement de 5,64 %, malgré un encours relativement modeste. D’autres fonds, tels que Harvest Trésorerie, Harvest Liquidités, AB Invest ou encore ESS Promo PME, ont maintenu un rendement stable d’environ 5 %, traduisant une bonne résistance dans un environnement marqué par la hausse des taux. À l’opposé, ASCA Liquidités se situe légèrement en retrait avec 4,22 %, mais reste dans une fourchette acceptable pour un fonds prudent.
Les FCP obligataires : locomotive du marché en 2024
Les Fonds obligataires proposent aux épargnants une rémunération plus attractive, en contrepartie d’un horizon de placement plus long, généralement supérieur ou égal à deux ans. Conformément à la réglementation, l’actif des OPCVM obligataires est investi à hauteur de 60 % au moins en titres obligataires. Cette catégorie, qui regroupe 20 fonds agréés dans la zone CEMAC, a affiché en 2024 une performance moyenne pondérée de 5,79 %, portée par un environnement favorable aux emprunts longs.
En effet, les États de la CEMAC, principaux émetteurs sur le marché, ont intensifié leurs levées de fonds à long terme, ce qui a stimulé le rendement des portefeuilles obligataires. Dans le détail, L’ACM Performance, géré par L’Archer Asset Management, s’est distingué avec une performance annuelle de 8,63 %, soit le meilleur rendement de cette catégorie. Il est suivi par Enko Capital Palmarès (+8,12 %) et plusieurs fonds ayant réalisé plus de 6 %, notamment ASCA Horizon, CRBC Longévité, ESS Confort, et CRBC Prospérité, qui cumulent à eux seuls plus de 89 milliards FCFA d’encours.

FCP diversifiés : un compromis entre rendement et risque
Les Fonds Communs de Placement diversifiés constituent une solution intermédiaire pour les investisseurs à la recherche d’un équilibre entre performance et sécurité. En combinant investissements sur le marché obligataire et sur le marché actions, ces OPCVM permettent une meilleure diversification du portefeuille. Selon les experts, ils offrent généralement des rendements supérieurs à ceux des fonds monétaires ou obligataires, tout en présentant un niveau de risque inférieur à celui des fonds actions.
Trois fonds sont recensés dans ce segment à savoir AB Avenir et AB Diversifié gérés par Africa Bright Asset Management, ainsi que Corridor Rendement de Corridor Asset Management. Ce dernier se distingue avec le rendement le plus élevé du compartiment (10,77 %), malgré un encours encore modeste (629,7 millions FCFA). Les fonds d’Africa Bright, plus massifs en termes d’encours, tirent la moyenne vers le bas avec des rendements compris entre 5 % et 9 %. Cette configuration confirme que, bien que porteurs d’un risque modéré, les FCP di- versifiés peuvent offrir des performances comparables, voire supérieures, à celles de certains fonds obligataires, tout en restant plus résilients que les fonds actions dans un marché encore peu liquide. Avec un encours global de plus de 12,1 milliards FCFA, ces fonds illustrent le potentiel de croissance de cette classe d’actifs encore sous-exploitée dans la région.

FCP actions : des perspectives élevées, un marché encore restreint
L’investissement en actions vise à capter la croissance des entreprises cotées, en s’exposant à des rendements potentiellement élevés mais plus volatils. Les OPCVM actions en zone CEMAC doivent investir au moins 60 % de leur actif dans des actions cotées ou admises aux négociations à la BVMAC, la Bourse régionale des valeurs mobilières. Toutefois, cette stratégie reste contrainte par la faible profondeur du marché, qui ne compte actuellement que six sociétés cotées et un volume d’échanges encore limité sur le marché secondaire.
En 2024, cette catégorie n’a recensé que deux fonds (Harvest Actions CEMAC et FCP ABD Komo d’Africa Bright Asset Management) pour un encours combiné de 396,77 millions FCFA. Leur performance moyenne pondérée ressort à 4,61 %, un rendement inférieur à celui des FCP Monétaires (5,83 %), Obligataires (6,45 %) et Diversifiés (7,36 %). Si Harvest Actions CEMAC (5 %) s’impose légèrement devant ABD Komo (4 %), la faiblesse des volumes et la rareté des titres éligibles limitent la capacité de diversification et d’optimisation des rendements. Pour espérer un véritable essor, cette classe d’actifs devra s’appuyer sur l’élargissement du nombre de sociétés cotées, une meilleure liquidité des échanges et un développement plus affirmé des produits indiciels ou thématiques.

*Performance moyenne pondérée (%) = (∑ (Performance individuelle × Encours du fonds)) ÷ (∑ Encours total de tous les FCP)

